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Faits divers – Justice

"L'Eglise doit redevenir une maison sûre" : l'appel de l'évêque d'Orléans après une nouvelle enquête pour pédophilie

jeudi 29 mars 2018 à 17:35 Par Anne Oger, France Bleu Armorique, France Bleu Orléans et France Bleu

L'évêque d'Orléans a saisi la justice après des accusations de viol portées contre le recteur de la Basilique de Cléry Saint André, le père Olivier de Scitivaux. Le parquet a ouvert une enquête. L'une des victimes parle de viol durant un camp d'été à Perros-Guirrec dans les années 80

L'évêque d'Orléans Jacques Blaquart
L'évêque d'Orléans Jacques Blaquart © Radio France - Anne Oger

Cléry-Saint-André, France

C'est le témoignage d'un homme, aujourd'hui âgé de 45 ans et qui vit à Vannes, dans le Morbihan, qui est à l'origine de l'ouverture d'une enquête sur le père Olivier de Scitivaux. Après une émission diffusée la semaine dernière sur France 3, "pédophilie, un silence de cathédrale", l'homme a pris contact avec l'association "Notre parole aussi libérée", qui elle regroupe les victimes du père Pierre de Castelet, l'ancien curé de Lorris dans le Loiret. Il s'est confié à Olivier Savignac, un des fondateurs de l'association. "Il m'a dit que son bourreau était du même diocèse que le mien, il m'a raconté les faits, très graves, on parle ici de viol, et l'homme que j'ai eu au téléphone était un homme brisé par cette histoire. Il est resté dans le silence pendant tout ce temps, cette émission a été l'élément déclencheur".

Ecouter le reportage d'Anne Oger et le témoignage d'une des victimes présumées

Aussitôt prévenu l'évêque d'Orléans saisit la justice

Olivier Savignac a alors transmis ce témoignage à la cellule d'appels créée il y a trois ans au diocèse d'Orléans, à la demande de Jacques Blaquart, l'évêque d'Orléans. Une cellule "écoute des blessures" qui regroupe des psychologues, des médecins, d'anciennes victimes de pédophilie, des hommes et femmes d'Eglise, et qui est destinée à recueillir le témoignage des victimes.  

Des faits qui auraient eu lieu dans un camp de jeunes à Perros Guirrec

Cet homme avait dix ans lorsqu'il dit avoir été victime du père de Scitivaux, alors jeune séminariste, dans les années 80. Lors d'un camp de jeunes à Perros Guirrec, dans un centre géré alors par le diocèse du Loiret, il affirme avoir été violé. Un témoignage qui a poussé l'évêque d'Orléans, Jacques Blaquart, à saisir le procureur de la République, Nicolas Bessone, qui confirme l'ouverture d'une enquête, confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie du Loiret. Des faits qui seront sans doute prescrits, en l'état actuel de la loi ils sont au-delà du délai de prescription de 20 ans à partir des 18 ans de la victime.

Des imprudences en jouant avec des jeunes mais en aucun cas des gestes délibérés

Un premier témoignage, qui date de février 2017, n'avait lui pas donné de suites judiciaires, la victime, un homme de 33 ans, qui lui parlait d'attouchements, toujours pendant un camp d'été, ne voulait pas porter plainte. "J'avais rencontré le père de Scitivaux à l'époque, j'étais allé le voir. Il niait toutes ces accusations, je l'ai donc laissé en poste, mais en lui faisant bien comprendre qu'il était sous étroite surveillance" témoigne Jacques Blaquart. "Après le deuxième témoignage, je n'ai pas hésité une seconde, je l'ai suspendu de tous ses ministères". Le père Olivier de Scitivaux était recteur de la Basilique de Cléry Saint André depuis cinq ans. "Auprès de moi il a reconnu des faits". Auprès de France Bleu Orléans il a reconnu des "imprudences en jouant avec des jeunes, mais en aucun cas des gestes délibérés". Il dit qu'il espère une confrontation "pour savoir qui sont ceux qui l'accusent"

Il faut nous entraider pour permettre à l'Eglise de redevenir une maison sûre pour les familles qui lui confient des enfants, des jeunes

C'est donc la deuxième affaire présumée de pédophilie révélée dans le Loiret, et selon Jacques Blaquart, la cellule d'écoute des victimes a permis de recueillir d'autres témoignages. "Ils portent sur des prêtres qui sont décédés, ou bien qui sont très âgés, et malades. Des faits qui sont prescrits" explique Jacques Blaquart. L'évêque d'Orléans estime malgré tout que le travail de cette cellule est essentiel, et il dit vouloir s'adresser aux catholiques du Loiret : "on n'a peut-être pas fait tout ce qu'il fallait pendant des années, la question c'est comment nous veillons les uns sur les autres ? Je dis aux catholiques : quand on voit quelqu'un qui n'a pas une attitude juste il faut intervenir, il faut nous entraider mutuellement pour permettre à l'Eglise d'être un lieu sûr pour les familles qui lui confient des enfants, des jeunes, ou des personnes vulnérables".

La cellule "écoute des blessures" créée en 2015 au diocèse d'Orléans - Aucun(e)
La cellule "écoute des blessures" créée en 2015 au diocèse d'Orléans - capture écran

On brise l'omerta, même si ça fait mal, on le fait pour les victimes qui pendant des années n'ont pas pu parler ou n'ont pas été écoutées

Aujourd'hui Jacques Blaquart revendique sa prise de parole, le fait de révéler ces affaires : "le prêtre est un homme public, nos églises sont ouvertes, donc il faut dire la vérité. Cela va nous aider à redevenir cette maison sûre, il ne fait pas avoir peur de la vérité. Moi je me réjouis que la vérité puisse se dire, pour le bien des victimes, on brise l'omerta, ça fait mal, acceptons-le"

Un appel au témoignage d'autres victimes

Dans l'enquête sur le père Olivier de Scitivaux, Jacques Blaquart appelle d'éventuelles autres victimes à parler : "ma conviction c'est qu'il faut crever l'abcès, que toute personne victime d'un responsable de l'Eglise se manifeste, cela peut être une libération pour notre Eglise, qui se sent trahie aujourd'hui". L'homme à l'origine de l'enquête sur le recteur de la Basilique de Cléry Saint André semble décidé, lui aussi, à aller jusqu'au bout. Malgré la probable prescription des faits dont il accuse le père de Scitivaux, il dit vouloir porter plainte, c'est ce qu'il confiait hier à nos confrères du Télégramme de Brest. "Il y a prescription pour le moment, mais si le projet de loi sur le rallongement du délai passe, et c'est ce que nous espérons, il sera encore temps" précise Olivier Savignac.

Dans l'enquête sur le père de Castelet, l'ancien curé de Lorris, mis en examen pour des agressions sexuelles commises en 1993 dans un camp de jeunes dans les Pyrénées, l'information judiciaire se poursuit, 7 à 8 victimes ont été entendues par le juge d'instruction. Une affaire dans laquelle l'ancien évêque d'Orléans, Monseigneur André Fort, est également mis en examen pour non-dénonciation d'actes pédophiles, des poursuites inédites au sein de l'Eglise Catholique.