Faits divers – Justice

L'ex-bâtonnière de Limoges juge "dangereuse et totalement inutile" la loi antiterroriste

Par Fabienne Joigneault, France Bleu Limousin mercredi 4 octobre 2017 à 10:37

Maître Edith Verger-Morlighem est très engagée depuis deux ans contre l'état d'urgence
Maître Edith Verger-Morlighem est très engagée depuis deux ans contre l'état d'urgence © Radio France - Nathalie Col

L'assemblée nationale a voté le projet de loi antiterroriste, qui va permettre de lever l'état d'urgence, en faisant entrer dans le droit commun plusieurs de ses mesures. Pour l'avocate limougeaude Edith Verger-Morlighem, invitée sur France bleu à 8h15, c'est une loi liberticide et inefficace.

La loi sur la sécurité intérieure a été adoptée ce mardi par l’Assemblée nationale. Le texte vise à lutter plus efficacement contre le terrorisme, mais il fait toujours polémique. Pour en parler, nous recevions à 8h15 une avocate de Limoges et ex-batonnière qui s’est vivement opposée à l’état d’urgence ces 2 dernières années. Maître Edith Verger-Morlighem répondait à Nathalie Col.

A la fin du mois, l'état d'urgence sera levé, et remplacé par la nouvelle loi votée par l'assemblée : ça change quoi, à vos yeux ?

Symboliquement, c'est catastrophique. Le message envoyé est vraiment extrêmement inquiétant, c'est à la fois l'avocate et la citoyenne qui parlent. On a une loi liberticide. Le mot est galvaudé, mais totalement d'actualité.

Le souci, pour vous, c'est que ça ne change finalement pas grand-chose par rapport à l'état d'urgence ?

Alors, par rapport à l'état d'urgence, les mesures sont relativement similaires, mais c'est la philosophie qui change totalement : justement, parce qu'on inscrit des mesures dérogatoires au droit commun dans ce droit.

Il y aura des dérives politiques...

La justice ne jouera plus suffisamment son rôle de garant, par rapport à l'autorité administrative ?

De par notre constitution, le juge judiciaire est garant des libertés fondamentales. Et là, on lui donne un rôle de façade, parce qu'il n'aura pas le contrôle effectif des mesures qui lui seront présentées décidées par le préfet. La préfectorale, c'est une administration politique !

Mais que répondez-vous à ceux qui brandissent l'argument de la sécurité ? Qui disent que nous devons sacrifier un peu de liberté pour cela ?

C'est un argument qui ne tient pas. La sécurité nous en avons besoin, mais pas à ce prix-là ! D'autant qu'on ne va pas viser simplement les terroristes, il y aura des dérives politiques. Et on ne va pas atteindre le but recherché. Cette loi est dangereuse et totalement inutile.

Dans l'affaire de Marseille, cette loi n'aurait servi rigoureusement à rien !

Elle est inefficace ?

Absolument. Elle est inefficace contre le terrorisme. Prenez l'exemple de Marseille : quelqu'un de connu seulement pour des faits de droit commun, si la loi avait été votée quelques jours avant, elle n'aurait servi rigoureusement à rien ! Et elle a des effets totalement pervers puisqu'on va "prendre dans la nasse" des personnes qui n'ont strictement rien à voir avec le terrorisme. Les libertés de beaucoup de militants politiques risquent d'être égratignées, et c'est en cela que cette loi est condamnable. Et d'ailleurs même l'ONU s'inquiète, car deux rapporteurs ont interpellé la France en disant "attention à l'exemple que la France qui se voudrait pays des droits de l'Homme est en train de donner". C'est le fondement même de la démocratie qui vacille.

Est-ce qu'il y aussi une crainte de se dire "ça n'aura pas de fin", parce que ce combat contre le terrorisme est engagé pour longtemps ?

Il est engagé pour des années, il faut être lucide. Mais un autre effet pervers de cette loi, c'est qu'on légitime la peur que les terroristes nous inspirent. Il faudrait au contraire répondre par plus d'ouverture, plus de démocratie et ne pas tomber dans le pièges des libertés qu'on supprime, parce ça, ça fait le jeu des terroristes.

Me Edith Verger-Morlighem, invitée de France Bleu Limousin ce mercredi à 8h15