Faits divers – Justice

L'ex-régisseuse de l'Opéra de Bordeaux en prison

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde et France Bleu jeudi 7 janvier 2016 à 19:03

L'ex-régisseuse a été emmenée par les policiers à la sortie de l'audience
L'ex-régisseuse a été emmenée par les policiers à la sortie de l'audience © Radio France - Rebecca Gil

L'ex-régisseuse de l'Opéra de Bordeaux ne rentrera pas chez elle de sitôt. Elle a écopé ce jeudi de 5 ans de prison dont 2 avec sursis et fait l'objet d'un mandat de dépôt. Elle était accusée de détournement de fonds publics pour un montant de 2,3 millions d'euros entre 2002 et 2012.

Le délibéré est tombé ce jeudi 7 janvier dans l'affaire de détournement de 2,3 millions d'euros de fonds publics de l'ex-régisseuse de l'Opéra de Bordeaux. Le procureur avait requis 5 ans dont 4 ans ferme à son encontre, elle écope finalement de 5 ans d'emprisonnement dont 2 avec sursis. Son mari, quant à lui écope de 3 ans d'emprisonnement ferme dont 1 an avec sursis, il dispose d'une possibilité de réaménagement de peine. Plusieurs biens leur ont été confisqués, parmi lesquels l'immeuble qu'ils possèdent à Bonnetan dans l'Entre-Deux-Mer. Des sommes importantes ont été aussi saisies sur leurs comptes bancaires au profit de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles)Ils sont solidairement condamnés à payer 2.770.000 euros à l'Opéra de Bordeaux. 

Une affaire exceptionnelle jusqu'au bout

Dernier rebondissement en date, lors du délibéré : les deux prévenus et leur avocate Maître Nathalie Noël étaient absents lors de l'audience. Maître Noël a fini par débarquer en plein milieu d'audience près d'une heure plus tard, prétextant une erreur sur l'horaire du délibéré. La présidente du tribunal a exigé la présence de ses clients, qui ont fini par arriver eux aussi quelques minutes plus tard. L'ex-régisseuse a obtenu de la présidente du tribunal un dernier baiser à son mari dans la salle d'audience (ce qui est rare) avant d'être emmenée par les policiers.

C'est un coup de théâtre supplémentaire, additionnel, de trop à mon sens

— Maître Caroline Daigueperse, avocate de la partie civile

L'avocate de l'opéra Maître Caroline Daigueperse a qualifié ce retournement de situation de "déplorable". "À aucun moment je ne crois au motif de ce coup de théâtre de la présence de l'avocate comme par hasard aux alentours de 15h30 au prétexte d'une erreur d'horaire dans le délibéré, c'est absolument impensable, incroyable et cela participe une fois de plus à toutes ces mises en scène et ces comportements peu loyaux dont les époux Auguin ont fait montre dès l'origine de la procédure. C'est un coup de théâtre complémentaire, additionnel, de trop à mon sens et c'est assez désolant compte tenus des enjeux. L'enjeu était évidemment une peine d'emprisonnement avec mandat de dépôt, c'était une évidence, et ils le savaient pertinemment." Elle avance l'argument selon lequel les époux Auguin ont réclamé au tribunal un délai supplémentaire "pour pouvoir passer Noël ensemble".

Pour Maître Caroline Daigueperse, "c'est un coup de théâtre de plus" - Radio France
Pour Maître Caroline Daigueperse, "c'est un coup de théâtre de plus" © Radio France - Rebecca Gil

"C'est un coup de théâtre de trop à mon sens" Maître Caroline Daigueperse

Une affaire marquée par les excès

La présidente du tribunal n'a pas manqué de relever les faits gravissimes qui lui sont reprochés en sa qualité de régisseuse titulaire, avec des responsabilités importantes, ainsi que les sommes considérables en jeu dans cette affaire (3,2 millions d'euros).

Ce qui est exceptionnel aussi, c'est la double personnalité de la prévenue. Apparue abattue, effondrée, presque fragile lors du procès, ce qui contraste avec la femme crainte par ses collègues, la "chienne de garde de la dépense" comme ils l'ont appelée. Bref, tout l'excès qu'elle peut comporter. Tant dans son caractère que dans sa mythomanie : des origines dans la noblesse française, un mari comte espagnol... Et dans son train de vie : maison avec piscine et spa, voitures de luxe... Décidément, l'ex-régisseuse de Bordeaux ne faisait pas les choses à moitié. Elle a trompé tout le monde : ses collègues, sa banque, et même jusqu'à la Chambre des Comptes en 2009.

L'avocate de la défense Maître Nathalie Noël n'a pas souhaité s'exprimer après le délibéré, elle évoque un possible appel.

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