Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

Synthron : le PDG et l'usine de produits chimiques condamnés à des amendes et à une interdiction de gérer la société

jeudi 10 mars 2016 à 5:00 - Mis à jour le jeudi 10 mars 2016 à 14:48 Par Xavier Louvel, France Bleu Touraine et France Bleu

Le tribunal correctionnel de Tours a condamné ce jeudi Synthron, l'entreprise de produits chimiques d'Auzouer-en-Touraine, à une amende pour non-respect des normes environnementales et du code du travail. Son PDG Robert Moor a également été reconnu coupable pour la première fois.

Synthron, Auzouer-en-Touraine
Synthron, Auzouer-en-Touraine - Olivier Hagel

Auzouer-en-Touraine, France

Ce jeudi le tribunal correctionnel de Tours a rendu son jugement dans l'affaire Synthron. L'entreprise de produits chimiques a été condamnée à une peine d'amende d'un montant total de 450.000 euros pour non-respect des normes environnementales et du code du travail. Le PDG de Synthron, Robert Moor, a également été condamné personnellement dans ce dossier, il écope d'une amende totale de 236.000 euros assortie de gérer sa société pendant deux ans. C'est la première fois que le PDG est reconnu coupable d'avoir mis en danger ses salariés sur le site d'Auzouer-en-Touraine. Le jugement sera diffusé par plusieurs titres de presse et les quatre associations qui s'étaient portées partie civiles se partageront des indemnités fixées à 20.000 euros pour la société Synthron et 24.000 euros pour Robert Moor.

Le PDG déjà condamné en 2014

L'usine Synthron et son Pdg Robert Moor étaient poursuivis en novembre dernier pour plusieurs dizaines de manquements aux règles de sécurité et du travail au sein de l'entreprise classée Seveso 2 à Auzouer-en-Touraine, près de Château-Renault. L'usine Synthron, ex-Protex, est inscrite dans la mémoire locale à cause d'un accident industriel en 1988 qui avait affecté prés de 200.000 tourangeaux.

L'usine Synthron, près de Château-Renault - Maxppp
L'usine Synthron, près de Château-Renault © Maxppp - Franck Fouquet

Synthron et son Pdg âgés de 85 ans sont des habitués des prétoires. Sept arrêtés de mise en demeure pour non-respect des règles de sécurité de cette installation ont déjà visé le site. On y trouve des centaines de substances chimiques dont certaines sont cancérogènes, toxiques et inflammables. La justice et la Dréal (la direction régionale de l'environnement) ont déjà publié des rapports accablants. Ils parlent de stockage anarchique, de non-étiquetage des produits, de rejets dans la rivière voisine, d'absence de formation du personnel aux risques chimiques, de recours abusifs aux intérimaires exposés à des substances dangereuses. Les condamnations successives n'ont rien changées, ou si peu.

On faisait des dosages de produits chimiques par l'odorat - E. technicien de fabrication chez Synthron pendant 20 ans

Aujourd'hui, sur le site de treize hectares, des dizaines de manquements à la sécurité ont encore été constatés sur des zones de stockage où les produits chimiques sont répandus à même le sol, les sacs éventrés, les cuves non identifiées. A cela viennent s'ajouter une cinquantaine de pv de la direction régionale de l'environnement pour non-conformité des installations, sans compter des dizaines de PV dressés par l'inspection du travail pour avoir exposé les employés aux risques chimiques et cancérogènes sans protection adéquate.

Plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui malades, atteints de cancers ou en arrêt maladie depuis plusieurs mois et subissent régulièrement des analyses. Au moins deux d'entre eux tentent actuellement de faire reconnaître leur maladie comme étant d'origine professionnelle.

Une surmortalité par cancer

Déjà en 1991, le médecin du travail de Chateau-Renault, le Docteur Estève et un chercheur de l'INSERM, F Derriennic ont mené une étude sur 174 salariés hommes de l'usine Synthron/Protex sur le taux de mortalité générale et par cancer. Ces hommes ont tous travaillé au moins cinq ans dans cette entreprise et le constat est sans appel, il y a une surmortalité générale et une surmortalité par cancer, parmi les hommes en contact direct avec les produits chimiques.

C'est en 1991 cette année que E. (un ancien salarié aujourd'hui âgé de 57 ans et licencié après avoir été reconnu inapte à tous les postes de travail dans l'entreprise en 2012.) embauche chez Synthron comme technicien de fabrication. Son travail l'emmène à manipuler de nombreux produits chimiques et notamment du formol et le métabisulfite. Deux produits qu'il doit mélanger et pour s'assurer que le dosage est bien réalisé, le seul moyen lui a-t-on expliqué est de les sentir.

"C'est le dosage avec l'odorat" 

"C'est le dosage avec l'odorat, notamment pour le formol et le métabisulfite. Quand on fait le dosage, si ça sent encore trop le formol, on ajoutait du métabisulfite et si ça sentait trop le métabisulfite, on ajoutait du formol; le bon dosage c'est quand on ne sentait plus"

En 2012, il se découvre un ganglion à la gorge, après biopsie, le diagnostic tombe : cancer de la thyroïde, il est opéré en mai 2012 et depuis est sous traitement à vie. Le médecin du travail le déclare inapte à tous les postes de travail chez Synthron. E. est licencié en juin 2013. Depuis, il se bat avec son avocat pour faire reconnaître le caractère professionnel de son cancer. Son dossier est en cours de procédure.

Même histoire pour l'un de ses collèges de 54 ans, P. est en arrêt maladie depuis un an. Il est pris en charge à l'hôpital Trousseau et les médecins ont diagnostiqué un problème au foie sans pour l'instant préciser l'affection. Lui aussi ne peut plus, selon le médecin du travail, retourner travailler chez Synthron, il espère lui aussi faire reconnaître ses problèmes de santé comme maladie professionnelle.

Et l'on pourrait encore évoquer le cas de Philippe Schmitt  (la NR 25/02/2016) mort en mars 2015 d'un cancer pulmonaire reconnu maladie professionnelle par la Caisse d'assurance-Maladie. Dans les années 70, il avait embauché chez Protex jusqu'en 1989. Il a été en contact avec de l'acide chromique, des chromates  et des bichromates alcalins. Son cancer s'est déclaré près de 30 ans après.

Une grosse éponge imbibée de produits toxiques pour l'homme et l'environement  - Maxppp
Une grosse éponge imbibée de produits toxiques pour l'homme et l'environement © Maxppp -

Il y a une crainte permanente. Tout le monde sait que cette usine et dangereuse. Malgré tout, il faut vivre avec" - Mireille, une riveraine de l'usine Synthron

Pour les riverains de l'usine, le choix est simple : vivre avec ou partir. Mais lorsque l'on a acheté sa maison, construit sa vie, "on vit finalement avec" expliquent Mireille et son mari Olivier installé dans une charmante petite maison à 3 kilomètres de l'usine chimique.  Ils étaient déjà installés lors de la catastrophe de 1988, lorsque tout a explosé. Se sentent-ils menacés ? "oui, bien sûr" répond Olivier. Font-ils régulièrement des examens de santé ? "encore faut-il savoir quoi chercher et sur ce site, il y a des centaines de produits chimiques différents et les médecins ne peuvent trouver que ce qu'ils savent devoir chercher".

Le puit dans leur jardin n'est plus là que pour la décoration car depuis 2009, tout puisage est interdit car les nappes phréatiques sont dangereusement polluées y compris l'immense nappe du Cénomanien (qui s'étend de la Sarthe à la Région parisienne),  à cause d'enfouissement de produits chimiques sur le site, les égouts qui fuient dans la nappe, la station d'épuration de l'usine qui elle-même n'est pas totalement étanche.

"Pour décrire Synthron, on imagine une grosse éponge imbibée d'un tas de choses pas du tout bonnes pour l'environnement et les hommes" - Mireille riveraine de l'usine chimique

Mireille et Olivier ont milité pendant des années pour avoir un droit de regard sur la situation dans l'usine elle-même et c'est la catastrophe d'AZF à Toulouse (21/09/2001) qui a débloqué la situation. La Préfecture d'Indre et Loire a alors mis en place une commission de surveillance à laquelle les associations de défense de l'environnement ont été associées.

Mais la lutte pour l'environnement est compliquée par le fait que Synthron est le grand employeur de la région de Chateau-Renault et les risques pour l'emploi sont chaque fois dosés avant toute action ou revendication.

Pour l'avocat des parties civiles, Me Adrien Debré et le procureur de la République, Robert Moor le patron, porte la plus grande part de responsabilité, déjà condamné en 2014 pour des faits similaires par le tribunal de grande instance de Paris. Lors de l'audience en novembre, le procureur avait d'ailleurs demandé à l'encontre de Robert Moor l'interdiction de gérer pendant 5 ans toute entreprise ou d'avoir toute activité commerciale et 216 500 euros d'amendes. Contre l'entreprise, 491 500 euros d'amendes ont été requis.