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L'incroyable disparition des 18 millions d'euros garantis par l'Etat à la Fonderie Aluminium

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Par , France Bleu Poitou, France Bleu

C'est peut-être le casse de l'année au vu du montant qui s'est évaporé : la justice cherche à savoir où se sont volatilisés les 18 millions d'euros garantis par l'Etat à la Fonderie Aluminium d'Ingrandes. Une enquête préliminaire est ouverte. Retour sur ce fiasco bancaire surréaliste.

L'entrée des Fonderies du Poitou à Ingrandes
L'entrée des Fonderies du Poitou à Ingrandes © Maxppp - Agence

Tout a commencé à l'été 2020. Comme bon nombre d'entreprises françaises, l'usine Liberty Aluminium Poitou d'Ingrandes-sur-Vienne (environ 350 salariés avec les intérimaires), propriété du groupe GFG Alliance, dépose une demande de Prêt garanti par l'Etat (PGE), dispositif mis en place par le gouvernement dans le cadre de la crise sanitaire.

Le principe est simple : l'Etat accepte de se porter garant auprès d'une banque agréée. Dans le cas présent pour un emprunt d'un peu moins de 18 millions d'euros. Mais la situation des Fonderies ne rassure guère. Quatorze établissements bancaires français sont sondés. Tous refusent de financer le prêt.

Un versement arrivé puis aussitôt reparti

C'est donc finalement vers l'Allemagne et la banque Greensill que se tourne la direction des Fonderies. Sans surprise, le dossier est accepté. Et pour cause : Greensill, établissement agréé auprès du ministère, est le partenaire financier majeur de GFG Alliance sur le continent européen.

Début décembre, Greensill, fort de la garantie de l'Etat français, verse sur le compte courant de l'entreprise Liberty Aluminium Poitou (ouvert auprès de la Société Générale) un prêt d'environ 18 millions d'euros. L'argent n'y restera pas longtemps.

Des mouvements bancaires suspects

Quarante-huit heures après le versement, il est demandé à la direction locale de l'usine poitevine de renvoyer l'argent à Greensill. Motif invoqué chez GFG : le prêt de l'Etat prévoit un délai de carence de deux mois. En clair, la garantie du gouvernement n'est pas immédiate et elle peut même être suspendue en cas de défaillance du créancier dans les 60 jours qui suivent l'obtention de l'emprunt.

L'ordre est exécuté. Avec la promesse reçue que la somme sera à nouveau créditée sur le compte de l'usine dès le 3 février 2021. Problème : les 18 millions d'euros ne reviendront jamais... Pire, la direction locale de Liberty Aluminium Poitou, détenteur du compte chez Greensill, s'aperçoit que l'argent aurait disparu en Allemagne.

Le directeur de l'usine Alu entendu par les enquêteurs

Des explications sont réclamées. Une mise en demeure est envoyée. Sans réponse. Le directeur de l'usine d'Ingrandes l'avoue à demi-mot en Comité social et économique aux syndicats : "On ne sait pas où est l'argent, et on ne sait pas si on le reverra".

Entre-temps, Greensill, (surnommée dans le milieu "l'Amazon du fonds de roulement" et qui était dans le viseur du gendarme financier allemand), est placée en cessation de paiement début mars. Une faillite qui secoue l'Europe entière. Et qui n'engage pas à l'optimisme quant au recouvrement des 18 millions promis au site industriel poitevin.

Les salaires de mars a priori versés... et ensuite ?

Reste une question majeure : qui a vidé le compte allemand de l'usine poitevine ? Le procureur de la République de Poitiers voudrait bien le savoir*. Il a ouvert une enquête préliminaire. Roberto Avelli, le directeur de l’usine, a été entendu par les gendarmes de la section de recherches de Poitiers la semaine dernière. Et d'autres auditions pourraient suivre.

En attendant, la situation financière de Liberty Aluminium Poitou devient de plus en plus inquiétante. Sans cet argent, l'horizon s'assombrit. La semaine dernière, la direction ne savait même pas si elle pourrait payer les matières premières pour poursuivre la production de culasses.

Le gouvernement prendra le relais si besoin

Selon nos informations, un chèque de Renault serait finalement arrivé ce mercredi, garantissant provisoirement l'activité et le versement des salaires de mars. A confirmer mercredi prochain, jour de la paie. Mais pour la suite, notamment les salaires d'avril, c'est l'inconnue la plus totale. L'Etat volera-t-il au secours d'Ingrandes comme il vient de le faire pour Ascoval (usine de Saint-Saulve dans le Nord) ? 

De source gouvernementale, les services de Bercy suivent le dossier à la loupe et ne lâcheront pas les Fonderies. Le ministère pourrait prendre le relais si les salaires des prochains mois ne pouvaient pas être réglés. En attendant, sur place, l'angoisse monte. Et le mystère des 18 millions reste entier.

*Les syndicats de la Fonderie Aluminium envisagent également avec leur avocate Me Malika Ménard de porter plainte dans ce dossier.

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