Faits divers – Justice

A la cour d'assises de Pau, l'accusé tient conférence

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn jeudi 22 septembre 2016 à 20:32

Un Smith et Wesson trouvé chez un des braqueurs
Un Smith et Wesson trouvé chez un des braqueurs © Radio France - Daniel Corsand

Trois jeunes comparaissent pour un hold up au Carrefour City de Billère en février 2013 : les deux braqueurs, et un des employés menacés, qui était en fait dans la combine. A l'audience ce jeudi, il a eu des arguments déroutants

Le procès des trois braqueurs du Carrefour City de Billère le 27 février 2013 s'est ouvert ce jeudi devant la Cour d’assises de Pau. Armés et cagoulés, Jérémy Pérandres et Yohan Pereira Correia se sont fait remettre le contenu du coffre juste après la fermeture du magasin. Il était 21h15. Il sont partis avec 6000 euros en liquide, après avoir agressé les deux employés. Mais l'enquête a révélé qu'un des deux employés est en fait complice des deux autres.Valentin Pontacq. Il a été interrogé en ouverture de ce procès sur les faits, qu'il reconnait, sur sa vie et sa drôle de personnalité.

Un as de l'introspection...

En écoutant Valentin Pontacq, par moment, on oubliait même qu'on était dans une salle d'assises. Il prend des tons de conférencier quand il explique qu'il a été victime pendant son enfance et adolescence de "croyances limitantes" qui ont sapé sa confiance et l'ont conduit vers la drogue et la délinquance. "J'avais une sorte de masque social. C'est universel" s'exclame-t-il depuis le box des accusés. Il poursuit en expliquant qu'on a tous des croyances et des valeurs, que l'on change par la souffrance ou par la sagesse. Ce braquage c'est son moment de souffrance. Depuis il a trouvé la sagesse. On sent le président Bobille agacé mais il laisse faire. Il lui demande quand même, à propos de sa scolarité ratée :"Et l'inquiétude de vos parents ne vous ont pas fait souffrir ? Ses parents sont éducateurs spécialisés. Valentin répond : "l'empathie ne provoque pas d'engagement. Il faut le faire pour soi, par pour faire plaisir aux autres".

"Connaissez-vous Georges Pérec?"

Valentin explique à la cour ensuite qu'il a développé depuis les faits une passion pour le développement personnel et l'expression en public. Il est devenu un spécialiste de la programmation neuro-linguistique. Il anime une chaîne sur Youtube. Francis Bobille ironise : "J'apprends beaucoup avec vous". Valentin répond : "j'en suis ravi monsieur". Et on se met à parler de l'oeuvre de Georges Pérec, qu'il connait mais qu'il n'a pas lu. Si Valentin avait un problème d'estime de soi, avant, il a fait beaucoup de progrès avant son procès.

Le Carrefour City de Billère - Radio France
Le Carrefour City de Billère © Radio France - Daniel Corsand

Un holp up violent

Ce sont les images de la vidéo surveillance qui ont intrigué les enquêteurs. Ils trouvaient que Valentin ne se comportait pas tout à fait comme une victime et que les braqueurs avec lui ne se comportaient pas exactement comme des braqueurs. Ils entrent dans le magasin. Menacent Valentin et son collègue. Il ne connait pas la combinaison du coffre mais Valentin oui. Et c'est lui qu'ils emmènent dans la salle. Ils trouvent étrange aussi que, le coffre une fois ouvert, le braqueur s'agenouille, laissant Valentin dans son dos sans rien craindre de lui visiblement. Étrange également que le braquage soit survenu juste avant que Valentin n'enclenche l'alarme. C’était à lui de le faire ce soir là. Étrange aussi son comportement après le braquage. Il manque souvent sans expliquer pourquoi. Certes il a pris une giclée de lacrymogène quand les braqueurs sont partis. Mais ça n'a pas suffit a tromper les enquêteurs qui ont fini par le placer sous écoutes téléphoniques.

"Il a trahi notre confiance" 

Valentin Pontacq en échec scolaire, a réussi à convaincre Cécile Clemenceau, la gérante de la supérette, de le prendre en apprentissage. Il a gagné sa confiance et celle de ses collègues. Pendant des mois il a joué la vraie/fausse victime.

Je lui ai donné la clef du coffre et les codes de l'alarme. C'est une grosse trahison. — La gérante du magasin

Cécile Clemenceau, la patronne faisait entièrement confiance en Valentin

Verdict ce vendredi soir.