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Faits divers – Justice DOSSIER : Procès Jacques Rançon

Procès de Jacques Rançon : Nous, les ex-femmes du "tueur de la gare de Perpignan"

mercredi 7 mars 2018 à 20:11 Par François David, France Bleu Picardie, France Bleu Roussillon et France Bleu

Chaque jour qui passe, la cour d'assises des Pyrénées-Orientales plonge un peu plus dans l'intimité de Jacques Rançon. Ce mercredi, trois de ses anciennes compagnes sont venues témoigner. Le portrait qu'elles dressent de lui est glaçant.

© Radio France -

Perpignan, France

Elles s'appellent Chantal, Carole et Marie-Claude. Pendant des années dans la Somme, elles ont partagé le lit de celui qui allait devenir le "tueur de la gare de Perpignan", elles ont lavé ses pantalons, mangé à sa table. Le portrait qu'elles dressent de lui devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales est glaçant. Violent. Jaloux. Effrayant. "Il ne fallait surtout pas lui dire non", se souvient Chantal, sa première compagne qui n'avait alors que 16 ans. 

Carole, la "survivante"

Carole, elle, avait 20 ans lorsqu'elle a rencontré Jacques Rançon dans un bal de la Somme, en 1986. Elle l'a d'abord trouvé "charmant et agréable". Mais pendant six ans, elle va vivre l'enfer, "en esclave" de Jacques Rançon. "Il claquait des doigts, j'accourrais", dit-elle. Il fallait que la viande soit coupée dans son assiette. Et si le repas n'était pas assez chaud, si la table n'était pas mise à temps, il frappait.  

Lorsqu'elle est tombée enceinte, la violence a redoublé d'intensité. Coups de poing au visage. Coups de poing au ventre. "J'ai failli perdre mon enfant". Carole finit par s'enfuir, dort dans une voiture. Mais il la traque. Un jour, alors qu'il s'est caché derrière un arbre, il lui saute dessus, commence à l'étrangler. C'est l'arrivée d'une voisine avec un fusil de chasse qui va le mettre en fuite.  

"Faut pas le relâcher !"

"Mais dans mon malheur, j'ai eu de la chance", dit-elle. Elle a survécu, contrairement à Marie-Hélène, contrairement à Moktaria avec qui la ressemblance physique est absolument troublante. À l'avocat des parties civiles qui lui demande si elle a peur, pour le jour où Jacques Rançon va sortir de prison, elle répond, soudain prise de panique. "Faut pas le relâcher !"

David, le fils abandonné

Vient le tour de David, le premier fils de Jacques Rançon, de témoigner devant la cour. Il ne ne dit pas "papa", ni "mon père", mais "Monsieur Rançon". Et on a de la peine à croire que ce jeune homme élégant est bien le fils de l'individu obèse et frustre assis dans le box des accusés. 

De son enfance, David n'a qu'un seul et unique souvenir de son père "lui nettoyant la langue avec une éponge".  Il a cinq ans lorsque Jacques Rançon est incarcéré pour un premier viol. En cachette de sa mère, il entreprend une correspondance avec lui. Son père lui promet qu'il rattrapera le temps perdu, qu'il lui achètera une mobylette. Mais le jour même de sa sortie de prison, il l'abandonne et file à Perpignan.  

Ce n'est que 10 ans plus tard que les deux hommes reprennent contact. Mais visiblement  Jacques Rançon supporte mal l'homosexualité de son fils. Il aurait tenté de convaincre sa nouvelle compagne Lolita de coucher avec lui pour le remettre dans le "droit chemin".

À l'avocat général qui lui demande pourquoi il a fait effacer le tatouage sur son bras avec le nom de son fils dans un cœur, Jacques Rançon répond : "Je ne sais plus". Debout dans son box, d'une voix blanche et sans émotion apparente, il s'adresse à David : "Je te demande pardon d'avoir été un mauvais père. Et comme c'est la dernière fois qu'on se voit, adieu."

Un portrait à nuancer

"Jacques Rançon, ce n'est pas que cela", tentent de nuancer les avocats de la défense. Maitre Brivet-Galaup rappelle que l'accusé a su aussi "faire preuve d'amour", notamment avec les deux enfants qu'il a eus avec Lolita. Et que ses anciens copains et collègues le décrivent comme un individu "agréable, gentil et ponctuel"

Maitre Brivet-Galaup, l'un des avocats de Jacques Rançon

"C'est ce qui fait la complexité de cette personne et toute la difficulté de ce procès" conclut l'avocat, "un père attentif, soucieux de ses enfants, mais également capable d'une monstruosité qui nous choque et nous interroge en tant qu'humain".