Faits divers – Justice

La justice rouvre l'enquête sur la mort du ministre Robert Boulin

Par Marina Cabiten, France Bleu vendredi 11 septembre 2015 à 7:17

Robert Boulin
Robert Boulin © Max PPP

Suicide ou meurtre ? La justice a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête pour "enlèvement et séquestration" concernant la mort en 1979 de Robert Boulin, ancien ministre du Travail. Une victoire pour sa fille, après un non-lieu et deux refus de réouverture dans cette affaire mystérieuse.

"On va pouvoir progresser sérieusement vers la vérité" a déclaré jeudi la fille de Robert Boulin, suite à l'annonce par le parquet de Versailles de la réouverture du dossier. Une enquête a été lancée pour "enlèvement et séquestration", 36 ans après la mort de l'ancien ministre du Travail. 

Témoin surprise

Fabienne Boulin-Burgeat ne croit pas à la version officielle, selon laquelle son père s'est suicidé à 59 ans dans la forêt de Rambouillet (Yvelines) après avoir été mis en cause dans une affaire immobilière à Ramatuelle (Var). C'est à la suite d'un dépôt de plainte de Fabienne Boulin-Burgeat, en mai dernier, qu'une nouvelle enquête a été confiée à un juge d'instruction, pour "arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat". 

Dans une lettre fournie à la justice par la fille de Boulin, un témoin se dit prêt à déposer devant un juge et raconte que "le lundi 29 octobre 1979, alors" qu'il quittait "Montfort-L'Amaury pour (se) rendre à Saint-Léger", il avait reconnu dans une Peugeot "Boulin assis à la place du passager à l'avant, deux hommes étant avec lui dans le véhicule, l'un à la place du conducteur, l'autre à l'arrière"

Quelques heures avant sa mort, Robert Boulin n'était pas seul dans son véhicule mais accompagné de deux inconnus, dont l'un conduisait. Ces deux personnes ne se sont jamais manifestées auprès de la justice. Robert Boulin n'avait pas de rendez-vous prévu - L'avocate de la fille de Robert Boulin 

Un scandale politique étouffé ? 

 L'ouverture d'une nouvelle instruction est un rebondissement spectaculaire, alors qu'en 2010 le parquet général de la cour d'appel de Paris avait refusé de rouvrir l'enquête pour homicide. Selon Fabienne Boulin-Burgeat, Robert Boulin a été assassiné parce qu'il disposait d'informations sur un financement politique occulte. Pour conclure au suicide, la justice avait notamment retenu les huit lettres envoyées la veille de sa mort par le ministre à des médias et différentes personnalités, dont Jacques Chaban-Delmas, ancien Premier ministre. 

Résistant devenu avocat, Robert Boulin avait entamé une carrière politique en 1958 en devenant député gaulliste de Gironde puis maire de Libourne un an plus tard, constamment réélu jusqu'à sa mort. Mais ce sont surtout ses longues fonctions ministérielles entamées en 1961 qui l'ont fait connaître du grand public, en occupant différents postes dans les gouvernements Debré, Pompidou, Couve de Murville, Chaban-Delmas, Messmer et Barre. Nommé ministre du Travail par ce dernier en 1978, sa popularité avait alors nourri des rumeurs qui le désignaient comme "Premier ministrable" de Valéry Giscard d'Estaing. Le 29 septembre, quittant le ministère du Travail, il dépose des dossiers confidentiels dans son appartement de Neuilly-sur-Seine puis part en voiture pour une destination inconnue. Son corps sera retrouvé le lendemain matin dans 50 cm d'eau dans l'étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines (Yvelines). Officiellement, il se serait suicidé après avoir absorbé des barbituriques.