Faits divers – Justice

La Poste mise en examen pour travail dissimulé par un juge d'instruction de Besançon

Par David Malle et Christophe Mey, France Bleu Besançon mercredi 5 octobre 2016 à 0:10 Mis à jour le vendredi 7 octobre 2016 à 15:30

La Poste mise en examen à Besançon pour travail dissimulé.
La Poste mise en examen à Besançon pour travail dissimulé. © Maxppp - OLIVIER BOITET

Le début de la procédure date de 2010, mais on ne l'apprend que cette semaine. La Poste est accusée de n'avoir pas respecté la durée normale de travail des facteurs. "J'étais en larmes dans la rue", témoigne Jean-Christophe, facteur remplaçant à Besançon.

La Poste est mise en examen par un juge d'instruction bisontin pour exécution d'un travail dissimulé et obstacle à l'exercice des fonctions d'un inspecteur du travail. Les faits sont déjà anciens, la procédure date de 2010 et la mise en examen de juin 2015, confirmée par un arrêt de la chambre de l'instruction du tribunal de Besançon en avril. Une information dont France Bleu a eu connaissance en ce début de mois d'octobre. Cette mise en examen concerne le travail des facteurs, qui, officiellement, font leur tournée entre 6 h et 13 heures.

Mais, l'inspection du travail l'avait déjà constaté à l'époque, leur tournée est souvent plus longue, surtout pour les remplaçants qui changent régulièrement de secteur et doivent réapprendre les nouveaux circuits. Ils font donc des heures supplémentaires pour finir leur tournée, mais elles ne seraient pas payées. Il n'y a pas de pointeuse pour les comptabiliser. Des heures non payées c'est du travail dissimulé, autrement dit au "noir". A cela s'ajoute, selon le syndicat SUD-PTT, la souffrance au travail dont se plaignent beaucoup de salariés.

J'étais en larmes dans la rue" - Jean-Christophe, facteur remplaçant à Besançon

Jean-Christophe est l'un de ces facteurs remplaçants, il est en arrêt maladie depuis la semaine dernière. Il a craqué à plusieurs reprises : "J'étais en tournée voiture et j'avais des colis, y en avait partout... Et j'ai ouvert le coffre arrière, il était 12 heures et je me suis rendu compte que j'allais encore finir à point d'heure. Je n'ai plus pu sortir une lettre, ou un paquet. J'étais effondré, j'étais en larmes dans la rue. Et un collègue passait par là, il s'est rendu compte de la situation et il est venu m'aider. Mais je ne pouvais plus avancer."

Facteur remplaçant, cela veut dire que Jean-Christophe n'a pas de tournée fixe. A chaque mission, les repères changent, impossible d'avoir des réflexes. Résultat : des journées à rallonge et des heures supplémentaires non comptabilisées. "On a une fatigue physique et psychologique qui est terrible, et on rentre dans un procédé insupportable, où on n'a ni retour ni reconnaissance".

La Poste ne souhaite pas s'exprimer

Malgré les sollicitations de la rédaction de France Bleu Besançon, La Poste a fait savoir qu'elle ne souhaitait pas "commenter cette procédure en cours".

"Je me suis assis sur mon siège et j'ai pleuré. Je ne pouvais plus rien faire." Jean-Christophe, facteur remplaçant à Besançon

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