Faits divers – Justice

La prostitution en Bretagne : état des lieux et dérive des jeunes

Par Benjamin Bourgine, France Bleu Breizh Izel mardi 7 avril 2015 à 18:27

Clone of Prostitution (illustration)
Clone of Prostitution (illustration) © MaxPPP

Quelle est la réalité de la prostitution en Bretagne ? Nous avons interrogé une ancienne prostituée, une représentante du mouvement du Nid à Lorient, la Directrice de la Sécurité Publique en Finistère et la sénatrice Maryvonne Blondin

Le projet de loi visant à renforcer la lutte contre la prostitution fait la navette en ce moment entre l'Assemblée Nationale et le Sénat. La semaine dernière, l'Assembéle Nationale a défait ce qu'une majorité de sénateurs avaient fait. Le délit de racolage passif serait donc de nouveau abrogé, et le client bel et bien pénalisé. Cet aller-retour entre Sénat et Assemblée devrait très vraisemblablement se terminer par le dernier à l'Assemblée. Mais il illustre le débat en France. Faut-il ou non pénaliser les clients des prostituées ? La question divise l'opinion.

En Bretagne, une prostitution qui change de visage

"Ce sont des activités qui rapportent gros avec un investissement minimum. Vous avez un téléphone portable à acheter, un ordinateur, quelques petites annonces et un appartement. En quelques mois, on peut se faire des dizaines de milliers d'euros" . Nelly Jauneau-Poirier, la directrice départementale de la sécurité publique dans le Finistèr e fait ce constat d'une prostitution qui change ses habitudes. Cachée, mais bien visible sur internet via des sites complaisants, cette prostitution n'a jamais cessé, et elle rapporte toujours autant d'argent. Elle tente même de plus en plus de jeunes.

Les jeunes, sans tabou

La banalisation de la sexualité, l'accès facile à internet et le besoin d'argent peuvent faire basculer certains en très peu de temps. Fin mars par exemple, une jeune fille de Lorient a été incarcéré dans l'attente de son procès. Elle a organisé la prostitution de 3 jeunes filles. Plus jeunes qu'elle encore, alors qu'elle n'a même pas 20 ans. Marie-Renée Jamet, la délégué départementale du mouvement du Nid, dans le Morbihan , connaissait cette jeune femme. Son parcours n'est selon Marie-Renée Jamet, qu'un symptôme du contexte général. Elle intervient régulièrement dans les écoles pour faire un travail de prévention. Elle entend parfois des choses étonnantes. Pas très rassurantes. "Il y a des jeunes qui nous disent : "On ne se prostitue pas, mais on fait des plans culs". On entend ça en collège. Des gamins de 15 ans, des gamins de 15 ans ! "

Le témoignage d'une "rescapée"

Laurence Noëlle est une ancienne prostituée . Elle a raconté son expérience dans ce livre, Renaître de ses hontes : "S'il y avait de la prévention, comme c'est prévu dans le projet de loi initial, beaucoup d'entre elles [des jeunes filles tentées par la prostitution, ndlr] n'iraient pas. Elles pensent à l'argent, mais elles ne se rendent pas compte de ce qu'est la prostitution. Après, elles sont fracassées. Moi je suis resté un an. J'étais un vrai automate. 30 clients par nuit, pendant 12 mois. On reconnait une femme comme victime quand elle subit un viol, mais on ne reconnait pas une femme prostituée par un réseau de proxénétisme quand elle est violée 30 fois par nuit !".

 

Couverture de renaitre de ses hontes de Laurence Noëlle - Aucun(e)
Couverture de renaitre de ses hontes de Laurence Noëlle - Capture d'écran

 

Alors le futur texte (s'il est bien adopté), fera-t-il changer les choses ? C'est un travail de longue haleine selon la Sénatrice PS du Finistère, Maryvonne Blondin , il faut tenter de changer les mentalités : "C'est une éducation au respect. On n'a pas le droit de vendre son sang. C'est un don du sang. Et bien la loi doit dire qu'on ne peut pas acheter le corps de quelqu'un d'autre... ça ne s'achète pas."