Faits divers – Justice

Lafarge en Syrie : d’anciens employés réclament l’audition de Laurent Fabius par la justice

Par France Bleu, France Bleu vendredi 13 octobre 2017 à 5:06 Mis à jour le vendredi 13 octobre 2017 à 7:21

Trois juges enquêtent sur des soupçons de financement du terrorisme par l'entreprise Lafarge
Trois juges enquêtent sur des soupçons de financement du terrorisme par l'entreprise Lafarge © AFP - Franck Fife

L'une des parties civiles dans l’enquête visant les activités du cimentier Lafarge en Syrie réclame l’audition par la justice de l'ancien ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, révèle Radio France. Des anciens salariés affirment que le Quai d'Orsay poussait l'entreprise à rester en Syrie.

La cellule investigation de Radio France révèle ce vendredi que L’ONG Sherpa, partie civile dans l’enquête visant les activités du cimentier Lafarge en Syrie, réclame l’audition par la justice de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères de mai 2012 à février 2016. L’association demande également aux juges d’entendre deux anciens ambassadeurs de France en Syrie. "La justice française ne doit oublier aucun acteur dans cette affaire, estime la responsable du contentieux de Sherpa, Marie-Laure Guislain. L’Etat doit être exemplaire, les juges doivent donc rechercher son éventuelle responsabilité".

Soupçons de versement à des organisations terroristes

La « demande d’acte » a été déposée cette semaine auprès des juges d’instruction du TGI de Paris. Depuis juin 2017, trois juges enquêtent sur des soupçons de financement du terrorisme et sur une possible mise en danger de la vie d’autrui des salariés. La filiale syrienne de Lafarge (leader mondial des matériaux de construction), est soupçonnée d’avoir versé de l’argent à des organisations terroristes comme Daech entre 2012 et 2014.

Le Quai d'Orsay était-il informé des activités ?

Lafarge était alors la seule multinationale encore présente pendant la guerre civile en Syrie. Onze anciens salariés de l’usine syrienne ont saisi la justice française pour "mise en danger de la vie d’autrui".

Devant les enquêteurs, plusieurs dirigeants du cimentier affirment que le quai d’Orsay était parfaitement informé des activités de l’entreprise sur place. Certains ajoutent même que la diplomatie française a poussé Lafarge à rester en Syrie. "Tous les six mois, on allait voir le Quai d’Orsay, qui nous poussait à rester. (…) Le Quai d’Orsay dit qu’il faut tenir, que ça va se régler", déclare, par exemple, le directeur général-adjoint de Lafarge de l’époque.

De source diplomatique, on conteste vivement cette version. Le ministère des affaires étrangères aurait "alerté le groupe Lafarge sur les risques encourus à rester en Syrie".