Faits divers – Justice

Laval : 20 mois de prison ferme pour avoir consulté des sites djihadistes

Par Claudia Calmel, France Bleu Mayenne et France Bleu mercredi 28 septembre 2016 à 19:55

Le palais de justice de Laval
Le palais de justice de Laval © Radio France - Claudia Calmel

C’est la quatrième personne en France à être condamnée pour ce motif. Ce Lavallois de 34 ans, fiché S, comparaissait ce mercredi 28 septembre devant le tribunal correctionnel. Il a été condamné à un an et huit mois de prison ferme.

Il est repassé par la case tribunal. Rachid S., assigné à résidence depuis le mois de janvier dans le cadre de l’état d’urgence, a retrouvé le box des prévenus. Ce trentenaire, soupçonné d'avoir des liens avec la mouvance djihadiste, avait déjà pris 2 mois de prison en début d’année. Motif ? Il avait menacé des policiers, lors d’un de ses 3 pointages quotidiens obligatoires.

Fusil d’assaut et vidéos de décapitation

Cette fois-ci, il comparaissait pour avoir consulté à plusieurs reprises des sites de propagande djihadiste. Sauf que depuis l’entrée en vigueur de la loi du 3 juin 2016, qui renforce la lutte contre le terrorisme, ces faits sont passibles de 2 ans de prison et de 30.000 euros d’amende.

Le 9 août, suite à la fermeture du son compte Facebook, les policiers lavallois perquisitionnent l'appartement, de Rachid S. dans un foyer du quartier du Gué d'Orger. Ils saisissent un ordinateur et deux téléphones. Les analyses mettront à jours tout un tas de téléchargement de fichiers de propagande et de contenus suspects : des retranscriptions de prêches radicaux, des vidéos d'enfants qui manient des armes en Syrie, un mode d'emploi pour fusil d'assaut AK47 et même des vidéos de scènes de décapitation... Les policiers découvrent deux logiciels qui permettent de crypter des communications sur son ordinateur, Tor et Telegram : des modules fréquemment utilisés par les membres de l’Etat islamique.

«Moi, mon truc, c’est la magie noire et le vaudou»

Le président du tribunal demande donc au prévenu ce que ces contenus font sur son ordinateur. Mais l'homme rejette la faute sur le dos d'une connaissance qui venait chez lui régulièrement. Un homme qui a été repéré mais qui n’a pas pu être interrogé. Rachid S. tente alors une sortie :

"Tous ces sites, ça ne m'intéresse pas. C’est mon ami qui allait dessus pendant que moi je regardais la télé. Ce qu’ils ont fait à Paris, au Bataclan, j’étais le premier à être touché. Moi, mon truc : c'est le vaudou. D'ailleurs, je suis en contact avec des sorciers au Bénin"

Quand on lui demande de se justifier sur les appels passés en Syrie et en Turquie, Rachid S. rétorque qu’il « cherchait une femme ».

Le procureur, pas franchement convaincu, demande la peine maximale : 2 ans. C’est ce à quoi ont été condamnés les trois premiers condamnés dans ce genre d’affaire cet été à Chartres, à Marseille et à Angers.

L'avocat du prévenu Maître David Buron plaide la clémence : "ce n'est pas parce que mon client regarde des vidéos djihadistes qu'il adhère à l'idéologie ! »

Le tribunal est finalement un peu moins sévère que le procureur et condamne Rachid S. à 1 an et 8 mois de détention.