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Faits divers - Justice

Le film "J'accuse" de Roman Polanski déprogrammé par le cinéma TAP de Poitiers

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Par , France Bleu Poitou

Un collectif de militants féministes a tenté lundi soir d'empêcher la projection du film "J'accuse" au cinéma TAP Castille de Poitiers. Dès le lendemain, la direction de la salle a pris la décision de déprogrammer le long-métrage, "par souci d'apaisement".

Tracts et tags sur la façade du cinéma Tap Castille de Poitiers dénonçant la programmation du film "J'accuse" de Roman Polanski
Tracts et tags sur la façade du cinéma Tap Castille de Poitiers dénonçant la programmation du film "J'accuse" de Roman Polanski - Crédits : EC

Poitiers, France

Lion d'Argent à la Mostra de Venise, en tête du box-office français, le film "J'accuse" ne sera pas projeté dans le cinéma du Théâtre Auditorium de Poitiers. La direction du TAP Castille a décidé mardi de déprogrammer le long-métrage de Roman Polanski au lendemain d'une action coup de poing menée par une quinzaine de militantes féministes. 

Je n'étais pas à l'aise en programmant ce film, je ne suis pas heureux de le déprogrammer

"Polanski violeur" et "Cinéma complice" pouvait-on lire sur de nombreux tracts et pancartes. "L'entrée du cinéma était bloquée par ces personnes, raconte Jérôme Lecardeur, le directeur du TAP. Il y a eu de petites échauffourées. C'était musclé parce que les spectateurs empêchés d'entrer ont bousculé ceux qui bloquaient les portes."

Le message de la direction du TAP Castille expliquant la décision de déprogrammer le film "J'accuse". - Radio France
Le message de la direction du TAP Castille expliquant la décision de déprogrammer le film "J'accuse". © Radio France - Jules Brelaz

"C'est de la censure !"

La déprogrammation du film "J'accuse" est "un véritable scandale" pour Alain, un retraité habitant Poitiers. "C'est encore une atteinte à ma liberté culturelle ! Que Polanski passe devant la justice et après on verra, mais là, si on se transforme en justicier, tout le monde va finir à la trappe. C'est de la censure pure et simple !"

A l'origine des affiches et des tracts, Victoria et Eline assument cette censure, "pour ne pas donner de visibilité à un pédocriminel qui devrait être en prison". Les deux étudiantes poitevines rappellent que Roman Polanski a bien été condamné en 1977 aux Etats-Unis pour abus sexuel sur une enfant de 13 ans. "C'est quand même scandaleux de diffuser les films réalisés par d'horribles personnages comme Polanski. Les cinémas sont complices."

C'est grotesque de dire que je suis complice

Lundi soir, quand le ton est monté entre spectateurs et manifestants, le directeur du TAP a bien tenté une conciliation, en vain. "Tout ce que j'avais à dire n'avait à leurs yeux pas de sens. L'une d'elle a eu le malheur de dire que j'étais complice d'un violeur. C'est grotesque. Je ne suis absolument pas complice des viols de monsieur Polanski, si d'aventure ils sont avérés", affirme Jérôme Lecardeur. 

En revanche, je suis obligé d'admettre que très indirectement, le fait de programmer ce film participe un peu à la notoriété de Roman Polanski

Sur la façade du TAP à Poitiers après la projection de "J'accuse" lundi soir au cinéma Castille. - Aucun(e)
Sur la façade du TAP à Poitiers après la projection de "J'accuse" lundi soir au cinéma Castille. - Crédits : EC

"Je suis emmerdé par cette affaire"

Choquée par la décision de déprogrammer le film, Ghislaine, une spectatrice, appelle à ne pas confondre l'oeuvre et l'artiste. "J'ai vu "J'accuse" dans un autre cinéma et je ne regrette pas, d'autant plus que j'ai un arrière-grand-père qui était dreyfusard membre de la Ligue des Droits de l'Homme".

"Si on s'amuse à brosser toute l'histoire de l'art à travers les méfaits de leurs auteurs, on va supprimer une partie considérable du patrimoine artistique de l'Humanité, prévient Jérôme Lecardeur. Je pense qu'il était juste que celui, qui avait envie de voir le film, le voit, et, celui qui ne le souhaitait pas, ne le fasse pas."

Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans un espace de débat sur la question d'une représentation, nous sommes dans l'empêchement, comme sur les réseaux sociaux, on s'invective, on s'insulte, on s'empêche, c'est un signe du temps catastrophique

Solidaire de la cause féministe et attaché à la liberté individuelle, le directeur du TAP avoue, avec un certain sens baroque, être "emmerdé par cette affaire".

A l'inverse, le collectif mixte et inclusif de La Fouf, qui combat les féminicides et les violences sexistes, salue la déprogrammation de "J'accuse". Certaines de ses militantes comme Anne ont participé à l'opération menée lundi soir au cinéma Castille. "Il n'est pas question de rendre une justice populaire comme je l'entends parfois. Nous, on veut dénoncer le fait qu'un pédocriminel condamné aux Etats-Unis ait la possibilité d'aller sur des plateaux télé, de recevoir des financements publics et d'être encensé alors qu'il a commis un crime."

"C'est un merdier contemporain, résume Jérôme Lecardeur. Le fond de toute l'affaire, c'est que la justice n'a pas fait son travail et que monsieur Polanski arrive dans trois pays à échapper à la justice américaine parce que s'il met un pied aux Etats-Unis, il file en prison. C'est ça qui est intolérable."

Même si le film "J'accuse" était resté à l'affiche du TAP Castille, Jérôme Lecardeur confie qu'il ne serait pas allé le voir. Mais pour parer à d'éventuelles critiques lui reprochant une forme de censure, le directeur du Théâtre Auditorium de Poitiers rappelle qu'il "[sait] aussi protéger une oeuvre". 

En 2012, à Poitiers, lors du spectacle de Romeo Castellucci, "Sur le concept du visage du fils de Dieu", cible d'attaques des catholiques intégristes, la représentation s'était tenue sous la protection de 80 CRS et d'une dizaine d'agents des Renseignements généraux.

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