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Faits divers – Justice

Le gang des voleurs de dalles de Bourgogne devant la justice à Dijon

mardi 9 janvier 2018 à 20:41 Par Jacky Page, France Bleu Auxerre et France Bleu Bourgogne

Depuis ce mardi 9 janvier, dix prévenus sont jugés en correctionnelle à Dijon pour avoir volé de grandes quantités de dalles de Bourgogne. Basée dans un camp de gens du voyage de la Haute-Marne, la bande avait sévi entre septembre 2015 et novembre 2016 en Côte d'Or notamment.

Capture d'écran Côte-d'Or Tourisme. La chapelle Sainte-Gertrude à Selongey, dont le dallage a été volé.
Capture d'écran Côte-d'Or Tourisme. La chapelle Sainte-Gertrude à Selongey, dont le dallage a été volé. - S.Lepaul

Dijon, France

Alors que les vols de dalles de Bourgogne se multipliaient en 2016, en Haute-Marne, mais aussi dans l'Aube, dans l'Yonne et surtout en Côte-d'Or, les gendarmes avaient remarqué la présence à chaque fois de traces de pneus spécifiques.

Des témoins avaient aussi signalé un fourgon suspect dont l’immatriculation avait été relevée. Forts de cet indice, les gendarmes étaient parvenus à placer un traceur sur ce véhicule. Un outil qui allait confirmer la présence de la bande sur les lieux de plusieurs forfaits suivants. L’enquête confiée aux gendarmes de la Côte-d’Or s’était vite orientée vers un camp de gens du voyage de la Haute-Marne, dont plusieurs membres avaient déjà été condamnés pour des affaires de vols. Les écoutes téléphoniques et la géolocalisation des appels allaient enrichir le dossier à charge contre la bande. 

270 tonnes de dalles volées

Ils sont ainsi 9 à comparaître, dont trois sont toujours en détention provisoire. Le dixième larron étant leur receleur, un entrepreneur des Vosges spécialisé dans la revente de matériaux anciens, qui n’était pas très regardant sur la provenance des marchandises que la bande lui livrait une à deux fois par semaine.

Il s'agissait de planchers, de margelles de puits, de dalles dérobées dans des lavoirs, mais aussi et surtout de fameuses dalles de Bourgogne, très demandées semble-t-il. Elles étaient cédées entre 80 et 100 euros le mètre carré à l'entrepreneur, qui les commercialisait ensuite entre 100 et 130 euros, selon ses dires. Ce trafic a porté sur 270 tonnes de dalles. 

Des chapelles et même une abbaye saccagées

La bande s’attaquait à des résidences secondaires, d’anciens corps de fermes, ou carrément à des églises. L’abbaye de Quincy à Tanlay dans l’Yonne en a fait les frais, ainsi, entre autres, que la chapelle Sainte-Gertrude à Selongey, et la chapelle Saint-Phal à Vanvey. 

Le maire de Selongey, Gérard Leguay, raconte comment un matin, on a découvert le vol : « le dallage de la chapelle avait disparu, 70 mètres carrés. On doit remettre de nouvelles dalles. Le dossier a été confié à un architecte des Bâtiments de France, pour un préjudice de l’ordre de 25.000 euros ».

L'Association Halte au Pillage du Patrimoine Archéologique et Historique est partie civile dans ce dossier. Maître Jean-Philippe Morel défend ses intérêts : « on est clairement sur du saccage de vieilles chapelles isolées où les prévenus ont sévi la nuit, en laissant un champ de ruines après leur départ. C’est un patrimoine qui ne se renouvelle pas. On ne remplace pas, par des matériaux modernes, ces belles dalles de Bourgogne qui ont traversé les siècles».

Les prévenus, qui admettent volontiers un certain nombre de vols, refusent de reconnaître leur implication dans ceux qui ont affecté des édifices religieux. « Jamais dans des églises, moi je suis très croyant », dira le principal prévenu, impliqué dans 30 méfaits. Il faut dire que les vols d’objets classés, dans des monuments, sont passibles d'une peine plus lourde que pour un cambriolage ordinaire.

Le rôle-clé de l'homme poursuivi pour recel

Le ministère public a requis des peines allant de 18 mois avec sursis à 6 ans de prison ferme. Dont 12 mois de prison pour le chef d’entreprise vosgien qui avait acheté pas moins de 900 mètres carrés de dalles de Bourgogne, et se retrouve poursuivi pour recel. Lui affirme qu’il ignorait l’origine illégale de la marchandise. « Vous saviez pourtant qu’il y avait des vols de dalles ? » s’est étonnée la présidente du tribunal, Karine Renaud, en insistant sur la légèreté avec laquelle l’homme tenait ses comptes et son registre de police, sans mentionner la quantité de dalles qu’on lui livrait. 

Le procureur François Prelot enfonce le clou, en estimant que les vols ont été favorisés par cet acquéreur peu regardant : « C’est lui qui a fait les bénéfices les plus considérables ». De fait selon l’enquête de gendarmerie, l’entrepreneur réalisait 60% de son chiffre d’affaires grâce aux matériaux que lui livraient les voleurs. Le procès se poursuit ce mercredi matin, avec les plaidoiries de la défense.