Faits divers – Justice

Le guérisseur de Mongauzy, accusé d'avoir mis en danger la vie d'une patiente, devant le tribunal de Bordeaux

Par Valentine Letesse, France Bleu Gironde et France Bleu mardi 11 octobre 2016 à 6:00

Le tribunal correctionnel de Bordeaux
Le tribunal correctionnel de Bordeaux © Radio France - Stéphanie Brossard

Le procès de cet homme de 73 ans s'est déroulé ce lundi au tribunal de grande instance de Bordeaux. Originaire de Sud-Gironde, ce guérisseur était jugé pour exercice illégal de la médecine et mise en danger de la vie d'autrui.

"Affreux" c'est le premier mot de la victime à la sortie de l'audience. Dominique, 68 ans, souffre depuis des années d'une polyarthrite invalidante. C'était la première fois qu'elle faisait face à son ancien guérisseur, depuis son hospitalisation il y a trois ans. Le jour, où il lui a de nouveau injecté une solution inconnue dans les phalanges des deux mains. "J'ai failli claquer, il n'y a pas d'autres mots pour le dire," jette la retraitée tremblante. Hospitalisée en urgence en juin 2013, ses mains présentent à l'époque d'énormes pustules et boursouflures : les médecins diagnostiquent une septicémie, une infection du sang. L'amputation est même envisagée pour la sauver.

Une personnalité aux multiples facettes

Face aux juges, le petit homme de 73 ans, mince au dos tordu, noyé dans un grand gilet gris est tout sourire. À ses cotés, sa femme de 33 ans. Si lui se réjouit de raconter sa jeunesse, d'étaler ses connaissances en naturopathie et en médecine, la salle peine à entendre cette grande femme brune. Elle aussi est jugée pour exercice illégal de la médecine, mais c'est son époux qui attire tous les regards.

"Dans mon cabinet, c'est de la mise en scène. Pour que les gens soient impressionnés." - Le guérisseur de Mongauzy

Ses patients, il les appelle "ses clients". L'argent c'est important pour ce père de deux enfants. Première question du président du tribunal : de combien sont vos ressources Monsieur ? Réponse du prévenu : "je ne paie pas d'impôts". Non seulement le guérisseur ne répond pas à la question, mais en réalité il déclare 60 000 à 110 000 euros par an. Un homme d'affaire donc, guérisseur, magnétiseur et naturopathe, qui est aussi comédien. Les piqûres dont on l'accuse n'auraient jamais existé. Il explique réaliser sur beaucoup de patients des piqûres "placebo" : des seringues sans aiguille cachées par un essuie-tout tâché de sang. Il en sort même une de sa poche en pleine salle d'audience pour la montrer aux juges.

Même si ses nombreux "clients" dans le tribunal et la victime attestent des bienfaits du guérisseur, l'Agence Régionale de Santé le qualifie de charlatan après une visite à son cabinet. Pour y mettre fin, la procureure a requis elle une interdiction définitive d'exercer, deux ans de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende. Le jugement sera rendu le 14 novembre 2016.

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