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Faits divers – Justice

Le parquet requiert le renvoi devant le tribunal correctionnel de 18 policiers de la BAC Nord de Marseille

jeudi 10 janvier 2019 à 21:44 Par Mathilde Vinceneux, France Bleu Provence et France Bleu

Après sept ans d'enquête, le parquet a demandé le renvoi devant le tribunal correctionnel de 18 anciens policiers de la Brigade anti-criminalité Nord de Marseille. Pour la majorité, ils sont soupçonnés de vols de drogue, de cigarettes ou d'argent à des dealers.

Le juge d'instruction doit décidé s'il renvoie ou non les anciens policiers devant le tribunal correctionnel
Le juge d'instruction doit décidé s'il renvoie ou non les anciens policiers devant le tribunal correctionnel © Maxppp - VALLAURI Nicolas

Marseille, France

La perspective d'un procès se rapproche, sept ans après les révélations sur les dérives de la Bac Nord, qui avaient fait vaciller la police marseillaise : le parquet a requis, jeudi, le renvoi devant le tribunal de 18 de ses anciens membres, indique l'AFP.  Le sort de ces 18 anciens de la brigade anti-criminalité, dont plusieurs ont fait deux mois de détention provisoire au début de l'affaire, est désormais entre les mains du juge d'instruction qui les renverra, ou non, devant le tribunal correctionnel.  

L'accusation de "bande organisée" n'est pas retenue

Dans un réquisitoire de 120 pages, le parquet reproche à la plupart d'entre eux des vols en réunion de drogue, de cigarettes ou d'argent à des revendeurs, en marge d'interventions dans les quartiers Nord.  Alors que le procureur de l'époque avait parlé d'une "gangrène" minant cette unité lors de la révélation de l'affaire, l'accusation n'a finalement pas retenu la circonstance aggravante de "bande organisée". Faute de preuve, elle a également requis l'abandon des poursuites pour "violences volontaires". 

L'enquête menée par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) "a mis en évidence la réalisation systématique d'infractions pénales, allant bien au-delà d'un simple laisser-aller professionnel ou d'un manque de rigueur", souligne le procureur dans son réquisitoire.  "Chaque opération" des trois groupes de la Bac Nord mis en cause était devenue "prétexte, soit à l'attribution de produits en vue d'une éventuelle rémunération d'informateurs officieux, soit à un enrichissement personnel", poursuit-il.  

De l'argent liquide et du cannabis dans les faux-plafonds des locaux de la BAC

A l'appui de ces accusations, des heures de conversations interceptées au téléphone, ou dans les bureaux et les six voitures de la Bac qui avaient été sonorisées en 2012. Ainsi d'un voleur de chaînes en or que des policiers laissent repartir en échange d'un peu de "shit": "Bon, allez, file-nous deux barrettes et on te laisse tranquille !".  Ou encore ce vol d'argent à un dealer gitan : "On leur avait piqué un peu de pognon, ça c'était marrant !", se remémorent les policiers entre eux. Un autre résume les méthodes pour mettre dans sa poche un paquet abandonné par un dealer ou la cartouche de cigarettes d'un vendeur à la sauvette. Lors des perquisitions, la police des polices découvrira de l'argent liquide et des barrettes de cannabis, au domicile de certains policiers et jusque dans les faux plafonds des douches et des vestiaires de ces unités dédiées aux interventions dans les quartiers sensibles - mais pas particulièrement aux "stups". 

Dans cette affaire à propos de laquelle le ministre socialiste de l'Intérieur Manuel Valls avait promis en 2013 d'aller "jusqu'au bout", les policiers ont déjà reçu des sanctions disciplinaires. Trois ont été révoqués, l'un a été rétrogradé, les autres ont écopé de suspensions allant jusqu'à deux ans dont une partie avec sursis, ou de blâmes.  Avec plus de 4.000 interpellations par an, dont 45% de délits de voie publique, la Bac Nord était, en termes comptables, "la meilleure Bac de France". Elle a depuis été dissoute sur décision ministérielle.  

Pour leur défense, les policiers, des fonctionnaires payés 2.000 à 2.500 euros par mois avec souvent des enfants à charge, ont nié lors de l'enquête tout enrichissement personnel, même si le parquet relève ça et là des voyages ou des rentrées d'argent pas en ligne avec leurs revenus.  De nombreuses conversations sont contestées, les policiers affirmant parfois avoir discuté sur le mode de la plaisanterie. Et pour les vols qui sont reconnus, comme une sacoche avec 750 euros ou des cartouches de cigarettes par exemple, ils plaident l'écart de conduite exceptionnel, ou affirment avoir voulu s'épargner une lourde procédure de saisie avant de détruire la marchandise ou de rémunérer, par la bande, un indic.  "De la gangrène, on est passé au rhume des foins", ironise Me Alain Lothe, avocat de l'un des principaux mis en examen, soulignant un "net recul" par rapport aux accusations initiales. "Quant aux pratiques professionnelles dévoyées, elles étaient connues, tolérées, voire encouragées par la hiérarchie de l'époque au nom de la sacro-sainte culture du chiffre", assène-t-il.