Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire "Air Cocaïne"

Le point sur l'affaire Air Cocaïne en six questions

Par Julien Baldacchino, France Bleu Isère et France Bleu mercredi 28 octobre 2015 à 8:55

Pascal Fauret (au centre), lors de la conférence de presse donnée mardi
Pascal Fauret (au centre), lors de la conférence de presse donnée mardi © Maxppp

La République dominicaine a annoncé mardi qu'elle allait lancer un mandat d'arrêt international contre les deux pilotes qui ont fui vers la France. "Nous n'extradons pas des citoyens français", a répondu ce mercredi matin le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Retour sur l'affaire.

C'est désormais une bataille diplomatique qui risque de s'engager entre la France et la République dominicaine : même s'il assure que le gouvernement n'y est pour rien dans la fuite, ce week-end, de deux pilotes Français lourdement condamnés en République Dominicaine, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a rappelé ce mercredi matin sur RTL que "nous n'extradons pas des citoyens français lorsqu'ils sont sur notre sol"

Une déclaration qui fait suite à celle de la République dominicaine mardi soir : "Nous nous préparons à lancer un mandat d'arrêt international contre les pilotes impliqués", a expliqué le procureur général de Saint-Domingue Francisco Dominguez Brito. Pour mieux comprendre cette affaire, retour à ses tout débuts, en 6 questions-réponses.

Pourquoi ces Français étaient-ils condamnés ?

Dans la nuit du 19 au 20 mars 2013, un avion Falcon 50 qui s'apprêtait à rentrer en France est intercepté à l'aéroport de Punta Cana, en République Dominicaine. A son bord sont retrouvés pas moins de 680 kilos de Cocaïne (ce qui vaudra à l'affaire son surnom "Air Cocaine"). Quatre Français,  Nicolas Pisapia, Alain Castany, Pascal Fauret et Bruno Odos, sont arrêtés pour trafic de drogue. 

Le 15 août dernier, ils ont été condamnés à 20 ans de prison. Selon les autorités, toutes les preuves sont contre eux : 26 valises remplies de drogue ont été retrouvées à bord de l'appareil. Ils ont donc été condamnés pour "crime d'association en vue de posséder des drogues illicites". En attendant un procès en appel, ils avaient été laissés libres mais ne pouvaient pas quitter la République Dominicaine

Qui sont ces quatre Français ?

Pascal Fauret et Bruno Odos sont les deux pilotes du Falcon qui a été intercepté. Ces deux anciens de l'armée de l'air officiaient pour la société SN-THS, qui effectue des vols d'affaires – c'est-à-dire payés par un commanditaire pour une mission de transport précise, la plupart du temps à bord de jet privés. L'avion qu'ils pilotaient avait été loué par SN-THS au lunetier Alain Afflelou. 

Nicolas Pisapia _était le passager de ce vol privé. Lui assure qu'il a pris ce jet pour trouver des investisseurs pour ses projets financiers en Roumanie. Il aurait dû être le seul à bord... Mais à ses côtés _figurait aussi Alain Castany, qui s'est d'abord fait passer pour un pilote. Il s'est ensuite avéré que ce quatrième passager était un "porteur d'affaires", autrement dit un intermédiaire. C'est lui qui aurait fait le lien entre Nicolas Pisapia (et son commanditaire présumé Franck Colin) et la société SN-THS.

Comment les deux pilotes ont-ils fui ?

Malgré leur condamnation, les quatre Français étaient donc libres. Pascal Fauret et Bruno Odos auraient donc profité d'une balade en mer pour quitter le territoire dominicain, probablement le 24 octobre. Les circonstances exactes de leur évasion sont floues, et les deux pilotes eux-mêmes en ont révélé très peu d'éléments, lors de leur interview mardi soir sur France 2. Le peu de choses que l'on sait, c'est qu'une fois au large, ils auraient été transférés sur un autre bateau, qui les a acheminés en territoire français, en Guadeloupe ou Martinique.

La question qui reste la plus floue, c'est : qui les a aidés à fuir ? Le gouvernement assure qu'il n'y est pour rien. De leur côté, les deux pilotes ont là encore gardé un certain silence sur la question. "Ce sont des amis, que je connaissais, ou pas d'ailleurs, avant, mais ce sont des gens exceptionnels qui sont venus nous tendre une main. J'ai eu affaire à des gens qui savent s'organiser", a raconté mardi soir Pascal Fauret.

Pourquoi fuir ?

Selon leur avocat Eric Dupond-Moretti, les deux Français sont rentrés en France... pour y être jugés. Car il y a aussi un volet de l'enquête ouvert en France. Les forces de l'ordre s'apprêtaient à arrêter l'équipage de l'avion à son atterrissage en France, s'il n'avait pas été intercepté à Punta Cana. Lors d'une conférence de presse, les pilotes ont expliqué leur décision : 

"A partir du moment où l'on a affaire à une justice qui ne fait pas d'enquête, qui ne nous écoute pas, et qui nous condamne à 20 ans (...), je suis désolé, mais mon réflexe, moi, c'est de rentrer dans mon pays". 

— Pascal Fauret, pilote

"Cet Etat n'en est pas un", a ajouté mardi soir Bruno Odos, comparant sa condamnation à "une peine de mort". "Quand vous êtes condamné à mort et que l'on vous remet dans la rue, vous ne courez pas vers l'échafaud", explique-t-il. 

Et les deux autres Français restés là-bas ?

Alain Castany et Nicolas Pisapia sont tous les deux toujours en République Dominicaine. Ils ont tous les deux assuré ne pas avoir eu connaissance des projets d'évasion des deux pilotes. "Je ne sais pas comment les autorités vont réagir, mais moi je suis tranquille ici , je serai toujours à Saint-Domingue s'il faut comparaitre", a déclaré Nicolas Pisapia sur France Bleu Provence, assurant ne pas savoir si les autorités allaient, en réaction à cette évasion, mettre fin à sa liberté conditionnelle. 

Interrogé par le Parisien, Alain Castany a dénoncé un "acte irresponsable et déloyal" de ses compatriotes, "qui [le] met en péril". Lui a déjà demandé son rapatriement : fauché par une moto, il risque une amputation. 

Les évadés à l'abri de tout danger en France ?

Malgré le mandat d'arrêt international qui devrait être lancé par la République Dominicaine, il n'y a pas de risque que les deux hommes soient extradés tant qu'ils ne quittent pas la France. Le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a rappelé mercredi matin que la France n'extradait pas ses propres ressortissants.

En revanche, ils ne sont pas à l'abri d'une nouvelle condamnation... mais cette fois-ci en France. Etant donné qu'il existe un volet français de l'affaire, c'est désormais la justice du pays qui va leur demander des explications sur ces soupçons de trafic de drogue. Les deux hommes devraient maintenir leur ligne de défense, assurant qu'en tant que pilotes, ils ne savaient rien de la cargaison qu'ils transportaient.