Faits divers – Justice

Le président de l'AS Monaco aurait-il acheté des Picasso volés ?

Par Lauriane Delanoë, France Bleu Azur et France Bleu mardi 15 septembre 2015 à 21:49 Mis à jour le mercredi 16 septembre 2015 à 8:51

Les deux Picasso de Dmitri Rybolovlev - Pablo Picasso - DR
Les deux Picasso de Dmitri Rybolovlev - Pablo Picasso - DR © Radio France

La justice française s'intéresse aux deux tableaux de Picasso achetés en 2013 par Dmitry Rybolovlev. Le marchand d'art suisse à qui l'oligarque russe les a achetés est mis en examen depuis lundi pour recel de vol.

Ces deux gouaches devaient orner les murs du chalet suisse de Dmitry Rybolovlev à Gdstaad. Mais elles sont au coeur d'une vaste enquête, aux multiples rebondissements. Yves Bouvier, le marchand d'art suisse qui les a vendues au président de l'AS Monaco, est mis en examen depuis ce lundi pour recel de vol à titre habituel par un professionnel.

Les explications de Lauriane Delanoë

La plainte, déposée en mars, vient de la belle-fille de Pablo Picasso. Catherine Hutin-Blay assure que ces tableaux lui appartiennent et qu'elle n'a jamais donné son accord pour les vendre. Sur les deux œuvres, elle reconnait le visage de sa mère : Jacqueline Roque, dernière épouse du maître espagnol.

"Ce sont des portraits de sa mère, des œuvres qu'elle n'aurait jamais vendues. Elle pensait qu'elles étaient entreposées chez elle" , Me Anne-Sophie Nardon, avocate de la belle-fille de Picasso.

Espagnole à l'éventail - Pablo Picasso - DR - Radio France
Espagnole à l'éventail - Pablo Picasso - DR © Radio France

Une caution à plusieurs millions d'euros

Catherine Hutin-Blay a découvert ces tableaux dans la collection de Dmitry Rybolovlev__ au cours du premier volet de l'affaire.  L'oligarque russe a acquis les deux gouaches en 2013, trois ans après avoir acheté un cahier de 58 dessins à l'encre. En tout, il a déboursé 36 millions d'euros. Mais en janvier, le patron du football monégasque attaque le négociant en justice. D'après lui, Yves Bouvier l'a escroqué en surfacturant ces œuvres.

"Ces œuvres étaient destinées à être exposées dans le chalet de Dmitry Rybolovlev !" , Marc Comina, porte-parole du marchand d'art.

La belle-fille saisit donc la justice. Elle ne connait pas Yves Bouvier et veut comprendre comment les œuvres sont arrivées jusqu'à lui. "C'est ce que l'instruction en cours devra déterminer", indique son avocate, Anne-Sophie Nardon. De son côté, Yves Bouvier plaide la bonne foi.

Lui-même "les a achetées  avec tous les documents nécessaires". Si la justice prouve que ces tableaux ont été volés avant, le négociant envisage de poursuivre les intermédiaires auprès de qui il les a acquis. Il pourrait même rembourser Dmitry Rybolovlev.

Marc Comina, le porte parole d'Yves Bouvier

C'est ce que le Suisse, résident permanent à Singapour, a expliqué ce lundi à la juge d'instruction. Il est ressorti libre de son bureau à Paris, mais sous contrôle judiciaire. En outre, il a dû s'acquitter d'une caution de 27 millions d'euros... Somme qui correspond au montant de la facture présentée à Dmitry Rybolovlev pour les deux tableaux. Elle pourrait s'alourdir des neuf millions d'euros versés pour les 58 encres.

Tête de femme - Pablo Picasso - DR - Radio France
Tête de femme - Pablo Picasso - DR © Radio France

Un marché "perverti"

Une somme qui peut sembler démesurée, mais qui illustre une tendance du marché de l'art. Les ventes aux enchères battent régulièrement des records. Et les procès se multiplient. En cause : la "perversion" de ce marché par l'argent, selon la galeriste Catherine Issert. Elle travaille dans l'art depuis plus de 40 ans. Nous l'avons rencontrée dans sa galerie à Saint-Paul-de-Vence.

 "Comme tout monde perverti par l'argent, bien sûr que ça va générer des problèmes d'escroqueries, de faux, de vols !", Catherine Issert, galeriste.

La galeriste Catherine Issert déplore les transformations du marché de l'art.