Faits divers – Justice

Le procès Bettencourt en 10 citations (2e partie)

Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde lundi 23 février 2015 à 6:05

Patrice de Maistre : "j’hésitais à prendre ce job. J’aurais mieux fait de me casser une jambe"
Patrice de Maistre : "j’hésitais à prendre ce job. J’aurais mieux fait de me casser une jambe" © Maxppp

ENTENDU AU PROCÈS BETTENCOURT. Suite de notre sélection de citations – parfois étonnantes – extraites des quatre premières semaines d'audience du procès Bettencourt, qui entre dans sa dernière ligne droite devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.

Le procès Bettencourt en 10 citations, 1re partie

"J’hésitais à prendre ce job. J’aurais mieux fait de me casser une jambe" (Patrice de Maistre)

Ce job de gestionnaire de fortune lui vaut à Patrice de Maistre d'être devant le tribunal de Bordeaux, était payé, d’abord, 500.000 euros par an, puis 800.000, puis 1 million 200.000, "l’équivalent de 1000 euros de l’heure. Peu d’experts comptables sont à ce niveau " selon un autre expert comptable. Il touche une "petite retraite" quand il stoppe sa collaboration, 5/6.000 par mois".

A jongler avec la fortune des Bettencourt estimée à 30 milliards de dollars, on perd le sens des réalités... Patrice de Maistre, ratatiné sur le banc des prévenus quand un enregistrement diffusé dévoile qu’il a réclamé une rallonge à Liliane Bettencourt pour s’offrir le voilier dont il rêve ! Le même Patrice de Maistre explique toujours dans un enregistrement que se faire des amis, "c’est pas cher, 7.500 euros, le plafond légal ". Il tend un chèque à signer à l’héritière de l’Oréal, au profit de Valérie Pécresse. "Elle va perdre mais il faut la soutenir ".

"Je ne vais pas porter sur mes épaules toute l’histoire de la maison Bettencourt avec la vie politique française" (Eric Woerth)

Eric Woerth : "Je ne vais pas porter sur mes épaules toute l’histoire de la maison Bettencourt avec la vie politique française" - Maxppp
Eric Woerth : "Je ne vais pas porter sur mes épaules toute l’histoire de la maison Bettencourt avec la vie politique française" © Maxppp

Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un non-lieu. Son ex-ministre et ex-trésorier de campagne, lui, est bien là. Poursuivi pour le recel de 50.000 euros qu‘il aurait été récupérer auprès de Patrice de Laistre, il nie. "La preuve est totalement impossible " dit-il. "Il y a juste des coïncidences de dates ". Selon l’expert chargé durant l’instruction d’éplucher la comptabilité de la maison Bettencourt, "on a des certitudes sur les mouvements financiers, mais pas sur les bénéficiaires des mouvements financiers ".

"J’ai l’habitude de ne pas lire la presse quand je suis nommée expert dans une affaire" (Sophie Gromb)

Sophie Gromb : "j’ai l’habitude de ne pas lire la presse quand je suis nommée expert dans une affaire" - Maxppp
Sophie Gromb : "j’ai l’habitude de ne pas lire la presse quand je suis nommée expert dans une affaire" © Maxppp

La Bordelaise chef du service médecine légale au CHU de Bordeaux, a été nommée (avec quatre collègues) par le juge Gentil en 2011 pour réaliser une expertise médicale de Liliane Bettencourt. Expertise menée à Neuilly et en s’appuyant sur 21 scellés compilant l’historique médicale remontant à 1998 qui conclue à une altération de son état de santé en 2006 : surdité, vieillesse et début de symptômes d’Alzheimer sévère. Expertise sujette à caution.

Dès l’instruction, Sophie Gromb a été soupçonnée de connivence. Elle a été témoin du mariage de la femme du juge Gentil, "votre ami le juge Gentil " comme l’a glissé entre deux phrases l'un des avocats de la défense. Elle a été un peu malmenée à l’audience et accusée de "langue de bois " et de "manque de rigueur intellectuelle " avec les quatre autres experts à la barre.

"On ne coupe plus de tête en France" (Denis Roucou)

Réponse faite par le président du tribunal à François-Marie Banier qui venait de s’exclamer à la barre : "j’existais avant ce procès et j’existerai après ". Denis Roucou, cheveux grisonnant, petite barbe, et lunettes cerclées, connaît presque par cœur les cotes des 40 tomes de l’affaire alignés devant lui. Précis. Cinglant quand il recadre l’avocat de Pascal Wilhelm pour une absence non justifiée. "Ca n’est pas une audience à la carte ".

Adepte aussi de second degré, quand un témoin le prend pour le juge Gentil, ou lors de l’audition en visio-conférence de Claire Thibout, parfois brouillée par le bruit de la rue à Paris : "les inconvénients de la retransmission " selon une avocate. "Non un problème de moyens de la justice ", selon lui.

"Je n’ai pas le côté m’as-tu vu. Et puis l’œil s’use…" (François-Marie Banier)

François-Marie Banier : "je n’ai pas le côté m’as-tu vu. Et puis l’œil s’use…" - Maxppp
François-Marie Banier : "je n’ai pas le côté m’as-tu vu. Et puis l’œil s’use…" © Maxppp

À propos des 300 tableaux de maîtres qu’il garde enfermer dans des coffres plutôt que de les mettre au mur. D’où cette question, très terre-à-terre, du président Denis Roucou, et la réponse de François-Marie Banier, très théâtrale : "remarque très française. Au Japon, on ne se pose pas ce genre de questions, l’œil, s’use, il faut pouvoir les changer ". Le flamboyant ou agaçant François-Marie Banier, amis des stars qui a côtoyé Cardin ou St Laurent, découvert Johnny Depp ou Kate Moss… avant tout le monde, qui a créé aussi "les deux parfums les plus vendus au monde ".

Lui l’artiste, l’écrivain, le photographe, sourit volontiers à l’objectif de ses homologues venus couvrir le procès, plaisante même aisément avec les journalistes aux interruptions d’audience. Il n’est "pas un prédateur, ni un égorgeur de vieille dame " selon son ami Jean-Michel Ribes venu témoigner en sa faveur à Bordeaux.

Le procès Bettencourt en 10 citations, 1re partie

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