Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Merah

Procès de l’affaire Merah : cinq ans après, ce qu’attendent les familles des victimes

Par Olivier Lebrun, France Bleu Gironde, France Bleu Toulouse et France Bleu dimanche 1 octobre 2017 à 18:00 Mis à jour le lundi 2 octobre 2017 à 11:10

Le procès des complicités de Mohamed Merah s'ouvre devant la Cour d'Assises spéciale de Paris
Le procès des complicités de Mohamed Merah s'ouvre devant la Cour d'Assises spéciale de Paris © Maxppp - Maxppp

Cinq ans et demi après les tueries de Mohamed Merah à Toulouse et à Montauban, les familles des victimes de sa folie terroriste espèrent que le procès pour complicité qui s’ouvre devant la Cour d’Assises spéciale de Paris rendra justice à leurs proches, et leur permettra de surmonter leur douleur.

En mars 2012, Mohamed Merah semait la terreur sur son scooter à Toulouse et à Montauban, abattant de sang-froid trois militaires, puis un enseignant et trois écoliers à l’école juive Ozar Hatorah. Ses victimes s’appelaient Imad, Mohamed, Abel, Loïc, Jonathan, Gabriel, Arieh, Myriam. Cinq ans après, leurs familles et leurs proches disent leur douleur intacte et leur besoin de justice.

Voici ce qu’elles attendent des cinq semaines de procès pour complicité d'Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, et de Fettah Malki qui s’ouvre ce lundi 2 octobre devant la Cour d'assises spéciale de Paris.

Latifa Ibn Ziaten : regarder Abdelkader Merah dans les yeux

Depuis la mort de son fils, Latifa Ibn Ziaten la mère d'Imad Ibn Ziaten, le parachutiste de la base Francazal, première victime de Mohammed Merah, porte inlassablement la voix des victimes et se bat pour lutter contre la radicalisation en allant à la rencontre partout des plus jeunes dans les écoles et les quartiers. Cette mère courage récompensée internationalement pour son combat attend beaucoup de ce procès. Elle s’y rendra personnellement pour se confronter au principal accusé Abdelkader Merah.

"J’ai totalement confiance en la justice, j’espère que le frère de Mohamed Merah parlera et dira l’aide qu’il a apportée à son frère pour prendre la vie de nos enfants. Si cet homme a un cœur, il peut nous regarder en face et nous dire comment il a pu faire autant de souffrances."

Hatim Ibn Ziaten : "on attend la vérité, un verdict juste"

Hatim Ibn Ziaten, l'autre fils de Latifa Ibn Ziaten, s’exprime pour la première fois depuis cinq ans pour rendre hommage à son frère.

"Ce procès remue la douleur qui est en nous , mais c’est l’occasion de rappeler que mon frère est un héros, un soldat qui est mort debout, il n’a pas voulu s’agenouiller devant son bourreau. Il a vraiment porté les valeurs de la République jusqu’au bout de sa vie, il nous a légué ce message, on ne lâche rien contre ces fanatiques, on n’est pas comme eux. Nous, famille, on attend la vérité, un verdict juste, au regard des actes commis", explique-t-il au micro de Sophie Parmentier.

"On espère avec ce procès pouvoir enfin faire le deuil" (Radia Legouad)

Radia Legouad est la soeur de Mohamed Legouad, l'un des militaires assassiné par Mohamed Merah à Montauban. Le 15 Mars 2012, il est le premier à s'écrouler sous les balles de 11.43. Merah l'a abattu dans le dos, à bout portant. Comme Merah, il se prénommait Mohamed. Comme lui, il avait 23 ans, et venait d'une banlieue à Lyon.

Cinq ans après, sa famille s'exprime pour la première fois, en exclusivité pour France Info et BFMTV. Sa sœur Radia Legouad veut témoigner pour l'honneur de son frère, pour condamner un islam radical qui n'est pas le sien. Elle assistera au procès, mais elle redoute à la fois des débats qui risquent de raviver sa douleur. "Je suis là pour mon petit frère, je l’accompagne jusqu’au bout, on espère avec ce procès pouvoir enfin faire le deuil".

Samuel Sandler : rien ne les fera revivre

Samuel Sandler est le père de Jonathan Sandler, 30 ans, grand-père de Gabriel et Arieh Sandler, trois et cinq ans. Son fils enseignant s’est écroulé le premier sous les balles de Mohamed Merah, le 19 mars 2012 aux portes de l’école Ozar Hatorah, ses deux petits-fils sont abattus presque en même temps que leur père.

Même s’il n’attend rien de ce procès, Samuel Sandler sera présent dans la salle d'audience pour faire vivre le souvenir de ses morts et des victimes. "Personnellement, je n’attends rien du tout, ça ne m’intéresse pas du tout, rien ne fera revivre mon fils et mes deux petits-fils. Je n’ai jamais accepté ce qui s’est passé, en parlant d’eux, en citant leurs noms, je continue un peu à les faire vivre".

Pierre Lasry : la justice pour aider les enfants à surmonter le traumatisme

Pierre Lasry , ancien président des parents d’élèves, a vécu la tragédie de l'école juive Ozar Hatorah, le 19 mars 2012 à Toulouse. Après avoir garé son scooter devant l'école, Mohamed Merah ouvrait le feu sur un petit groupe aux portes de l'école, tuant un enseignant et ses enfants de trois et cinq ans, avant de poursuivre une petite fille de huit ans et de l'abattre à bout portant.

A Toulouse, la plupart des familles juives qui ont vécu ce drame parlent peu de ce procès qui risque de raviver leur douleur. Pierre Lasry fait partie ses 150 familles qui se sont portées partie civile, ses deux filles ont vécu le drame, elles sont encore suivies par des psychiatres. Pour lui, ce procès sera peut-être une étape nécessaire pour surmonter leur traumatisme.

Franck Touboul (CRIF) : effacer le nom de Merah

La communauté juive de Toulouse redoute que ce procès ne rouvre des plaies, et que les victimes soient les oubliées des débats.

Pour Franck Touboul, le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de Midi-Pyrénées qui a vécu le drame d’Ozar Hatorah : "Il faut que ce procès soit celui de ceux qui autour de Mohamed Merah ont participé au drame que nous avons vécu à Toulouse, quelle a été la chaîne de commandement, la chaîne d’exécution de ces attentats, mais le procès ne doit pas donner l’occasion de remettre sur le devant de la scène les assassins et leurs complices, il faut se concentrer sur la mémoire des victimes et la justice qui doit leur être rendue".

Ce procès sera aussi celui des failles des services de renseignements, celui de la première série d'actes terroristes avant Charlie Hebdo, le Bataclan, Saint-Etienne de Rouvray, Nice, celui de l’islamisme radical et des zones d’ombres à lever pour les familles. "Il est important de ne pas voir les attentats de Mohamed Merah comme un simple fait divers, il est important de l’examiner comme l’apparition d’une pensée radicale et absolue sur notre territoire, c’est à cela que doit servir le procès", estime Nicole Yardeni, la présidente d’honneur du CRIF Midi Pyrénées.

Il y a cinq ans et demi : les tueries de Mohamed Merah à Toulouse et Montauban - Visactu
Il y a cinq ans et demi : les tueries de Mohamed Merah à Toulouse et Montauban © Visactu