Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

Le procès de "la démembreuse du Canal" aux assises de Haute-Garonne cette semaine

Un procès extraordinaire démarre ce lundi aux assises de Haute-Garonne, celui d'une femme accusée d'avoir tué et découpé en morceaux sa collègue à Toulouse en mai 2016. Les membres ont été jetés dans le Canal du Midi. L'accusée, quinquagénaire plutôt ordinaire, a tout avoué et ne regrette rien.

Le tronc avait été découvert à ce niveau du canal, près de la rue Colombette et de l'avenue de la Gloire.
Le tronc avait été découvert à ce niveau du canal, près de la rue Colombette et de l'avenue de la Gloire. © Radio France - Bénédicte Dupont

Toulouse, France

Deux femmes que tout oppose, et que le travail oblige à se côtoyer. D'un côté, Sophie Masala, 51 ans à l'époque en mai 2016, mère de deux enfants vivant à Montpellier, arrivée à Toulouse en décembre 2015, femme massive, exubérante mais trop curieuse, trop mauvaise-langue. Elle se plaint régulièrement, notamment de ses collègues avec lesquels elle a du mal à nouer des liens de confiance. 

De l'autre, Maryline Planche, 52 ans, ronde célibataire lotoise, des années d'ancienneté dans l'association, décrite au travail comme très sérieuse, compétente et appréciée par toute son équipe. Elles ne se sont connues que six mois. La première est accusée d'avoir tué la seconde, de l'avoir démembrée et d'avoir jeté les membres dans le Canal du Midi. Tous sauf la tête, qu'elle enterre dans son jardin. Sophie Masala est jugée du 21 au 25 octobre 2019 pour meurtre et modification de la scène de crime.

Deux femmes ordinaires d'apparence, dans un milieu ordinaire

Sophie Masala a été mutée pour un CDI à Toulouse en décembre 2015. Au départ heureuse, elle se plaint très vite ouvertement de l'éloignement d'avec son mari et ses deux grands enfants âgés d'une vingtaine d'années, restés à Montpellier. Elle s'est installée dans un petit studio près de l'avenue de la Gloire, à quelques minutes à pied de son travail. Depuis 2013, elle travaille pour l'Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées), elle est conseillère en prestation. Les week-ends, elle rentre en covoiturage dans l'Hérault rejoindre sa famille. Rien de très passionnant dans cette vie. 

C'est en fouillant dans son passé, on y reviendra durant le procès, que l'on découvre les failles de cette femme, condamnée par la justice en 2011 pour détournement de 30.000 euros lorsqu'elle travaillait pour l'Université de Montpellier. Ses nouveaux collègues toulousains se méfient de sa langue trop pendue. Aucun ne tiendra par la suite de propos élogieux à son égard.

Les deux femmes travaillaient pour l'association Agefiph, boulevard de la gare à Toulouse. - Radio France
Les deux femmes travaillaient pour l'association Agefiph, boulevard de la gare à Toulouse. © Radio France - Bénédicte Dupont

Maryline Planche mène quant à elle une vie solitaire. Cette native de Gourdon (Lot) est très impliquée dans son travail, elle n'a pour ainsi dire que cela dans sa vie, ni compagnon ni amis qui viennent la visiter dans son appartement du quartier Saint-Georges. Malgré ses secrets (elle est notamment suivie pour sevrage alcoolique) et son handicap (elle est déficiente visuelle), son dévouement est reconnu de tous. C'est elle souvent qui encadre les nouveaux arrivants dans l'association. Elle se montre méticuleuse, mais empathique. Les témoignages de ses collègues se ressemblent tous : c'était une camarade exemplaire, sur laquelle on pouvait compter à défaut de partager avec elle des moments plus privés, extra-professionnels.

Découpée en morceaux, la marque des grands criminels psychopathes

En six mois, les deux femmes qui se côtoient tous les jours n'ont pas noué de liens particuliers, hormis les pauses cigarettes. L'accusée prétend être devenue amie avec sa future victime, avoir même le double des clefs de l'appartement de Maryline Planche. Un mensonge parmi tant d'autres. Le mobile de Sophie Masala dans ce meurtre demeure pendant longtemps des avances amoureuses que lui aurait fait sa collègue, un harcèlement sexuel même. 

Pour des raisons qu'il faudra éclaircir cette semaine, la Montpelliéraine nourrit très vite une haine obsessionnelle à l'encontre de Maryline Planche, cette employée-modèle que ses collègues adorent. Elle la critique ouvertement, et réalise que celle à qui rien n'échappe a repéré son petit trafic : Sophie Masala détourne les tickets-restaurants de l'association. Elle dira par la suite l'avoir fait exprès pour être limogée et retourner auprès de sa famille à Montpellier.

Le crime a eu lieu dans l'appartement de la victime, quartier St Georges à Toulouse. - Radio France
Le crime a eu lieu dans l'appartement de la victime, quartier St Georges à Toulouse. © Radio France - Bénédicte Dupont

Durant ce procès qui prendra fin vendredi, Sophie Masala et les experts psychiatres vont devoir donner des explications sur le meurtre, le déchaînement de violence, le démembrement. Le jeudi 12 mai 2016, en tout début d’après-midi, elle se rend au domicile de sa collègue, une dispute éclate. Maryline Planche ne s'attend pas à cette visite, elle est en t-shirt et en culotte. Un voisin entend les cris, sort sur son pallier, voit de ses propres yeux l'impressionnante Sophie Masala agripper par les cheveux Maryline Planche. Mais celle-ci, calmement et froidement explique au voisin que Maryline fait une crise de nerfs, qu'il ne s'inquiète pas, elle s'en occupe. 

La suite est terrible : Sophie Masala assomme à coups de bouteille de vin (pleine) sa victime, elle s'acharne sur elle, lui fracasse le crâne avant de la laisser gisante dans son appartement. Elle repart chez elle, non sans avoir sous-tiré 300 euros avec la carte bleue de sa victime. Le lendemain, comme d'habitude, elle rentre tranquillement à Montpellier, en Blablacar. Elle revient le mardi seulement, achète des outils à Auchan-Gramont et entame son funeste plan : démembrer sa victime, dont elle aura un temps tenté de faire croire qu'elle avait tenté de se suicider (en simulant des coupures aux poignets). Lentement, avec une force herculéenne, elle découpe le tronc, les bras, les jambes, la tête à l'aide d'une scie et d'un couteau en céramique. Elle place les morceaux dans des sacs-poubelles qu'elle va ensuite, à l'aide d'un caddie, disséminer dans le Canal du Midi à divers endroits, de Jean-Jaurès à Saouzelong. 

La tête enterrée juste à côté de sa chambre à coucher

Entre temps, les proches de Maryline Planche signalent à la police toulousaine, le 22 mai 2016 soit dix jours après sa mort, la disparition de leur sœur. L'histoire retiendra aussi entre temps les textos envoyés depuis le portable de Maryline à sa famille, SMS troublants, écrits dans un style très inhabituel et qui vont très vite susciter l'inquiétude de ses frères et sœur. Le 24 mai, un premier membre, une jambe est découverte par un passant au niveau de la passerelle du bâtonnier Viala surplombant le canal, quartier Saouzelong. En trois jours, cinq sacs-poubelles sont retrouvés contenant des membres humains. La Police Scientifique identifie la victime le 26 mai.

Les parties du corps ont été découvertes dans le canal, à plusieurs endroits différents, en l'espace de trois jours. - Radio France
Les parties du corps ont été découvertes dans le canal, à plusieurs endroits différents, en l'espace de trois jours. © Radio France - Julien Laignez

Très rapidement, l'enquête mène sur la piste de Sophie Masala, interpellée à Montpellier le 26 mai. Telle l'amatrice qu'elle est, elle a laissé des tas d'indices : le téléphone portable de sa victime qu'elle a embarqué et qui la localise, les témoignages qui affluent de l'association et la désignent. Lors de la perquisition au domicile de la suspecte, sont retrouvés le sac à main et les papiers de Maryline Planche

La tête est même découverte enterrée à côté du balcon, au rez-de-chaussée, à dix centimètres de profondeur seulement, juste à côté du mur contre lequel Sophie Masala dort. L'Héraultaise, très vite acculée, avoue dès la première garde-à-vue. Elle se perd dans nombre d'explications, de circonstances atténuantes. Mais elle assume. À la deuxième audition, elle confie "il fallait qu'elle paie pour la souffrance que je ressentais. Je ne dirais pas qu'elle mérite ce qu'elle a eu, mais...".

Choix de la station

À venir dansDanssecondess

France Bleu