Faits divers – Justice

Le procès de la filière jihadiste de Cannes-Torcy s'est ouvert jeudi aux assises de Paris

Par Tifany Antkowiak, France Bleu Azur et France Bleu jeudi 20 avril 2017 à 12:42 Mis à jour le jeudi 20 avril 2017 à 20:18

Un des membres présumés de la filière jihadiste de Cannes-Torcy, le visage masqué, à son arrivée devant la cour d'assises spéciale de Paris jeudi.
Un des membres présumés de la filière jihadiste de Cannes-Torcy, le visage masqué, à son arrivée devant la cour d'assises spéciale de Paris jeudi. © AFP - Patrice Pierrot

Le procès de vingt hommes, suspectés d'appartenir à la filière jihadiste dite de Cannes-Torcy, s'est ouvert jeudi devant la cour d'assises spéciale de Paris. Cette cellule avait été décrite en 2012 par les services antiterroristes comme la plus dangereuse démantelée en France depuis les années 90.

Vingt hommes, âgés de 23 à 33 ans, et originaires de Torcy (Seine-et-Marne) et Cannes (Alpes-Maritimes), comparaissent depuis jeudi matin devant la cour d'assises spéciale de Paris, chargée de juger les crimes terroristes. Ils sont suspectés d'appartenir à la filière jihadiste dite de Cannes-Torcy. Cette cellule serait responsable d'un attentat contre une épicerie casher en 2012 à Sarcelles (Val-d'Oise), qui a fait un blessé. Cette première journée a été consacrée à "une présentation générale de l'accusation", comptant un récit des faits et un rapide tableau de ce "groupe radicalisé".

Dans le box, certains sourient, heureux de revoir leurs copains

Dans le box, certains sourient, heureux de revoir leurs copains. D'autres sont concentrés, les traits tirés.

La plupart d'entre eux encourent entre 30 ans de réclusion criminelle et la perpétuité. Dix des accusés sont en détention provisoire, sept sont libres sous contrôle judiciaire et trois sont visés par un mandat d'arrêt - un en fuite et deux soupçonnées d'être en Syrie. Ils sont amis d'enfance ou ont fréquenté les mêmes mosquées, fédérés autour de Jérémie Louis-Sidney, un délinquant aussi charismatique que "fanatique" selon ses proches, qui a été abattu lors de son interpellation. Leurs moteurs : l'antisémitisme et une radicalisation souvent rapide, favorisée par un séjour dans le sud "entre frères" durant l'été 2012.

Antisémitisme et radicalisation rapide

Le seul fait d'armes abouti du groupe a été nourri par la "haine des juifs" que, selon ses proches, Louis-Sidney avait chevillée au corps : le 19 septembre 2012, à Sarcelles, deux hommes, capuches sur la tête, entrent dans l'épicerie casher Naouri et jettent une grenade. L'engin roule sous un chariot métallique, ne blessant miraculeusement qu'un client. L'enquête est rapide : une empreinte retrouvée sur la cuillère de la grenade permet de remonter à Louis-Sidney. Le 6 octobre 2012, un premier coup de filet est lancé pour arrêter une vingtaine de personnes. Les enquêteurs, qui ont saisi armes, testaments religieux et listes de cibles potentielles, sont convaincus d'avoir démantelé une cellule en plein essor.

Procès fleuve

Le procès s'ouvre dans un contexte d'actualité brûlante, entre l'annonce d'un nouvel attentat déjoué et l'élection présidentielle. "Ce procès a une forte dimension pédagogique parce que les attentats qui sont survenus en 2015 étaient déjà écrits. On va comprendre les modes opératoires, les obsessions", a déclaré à la presse Stéphane Gicquel, secrétaire général de la FENVAC, la fédération nationale des victimes d'attentats, partie civile.

Jusqu'au 7 juillet, 53 jours d'audience sont programmés pour comprendre la genèse et le fonctionnement de ce groupe, dont certains membres, encore fascinés par le jihadiste toulousain Mohamed Merah, se préparaient à des actions ciblées en France mais aussi au jihad en Syrie. Un procès fleuve - 85 tomes de procédure, 80 témoins et 14 experts -, le premier d'une longue série avant celui du frère de Mohamed Merah à l'automne et, plus tard, ceux des filières franco-belges des attentats de 2015.

Plusieurs clients de l'épicerie casher visée en 2012 à Sarcelles, ainsi que des associations antiracistes ou représentant les institutions juives de France, seront présents au long du procès sur le banc des parties civiles.

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