Faits divers – Justice

Mort d'un légionnaire en 2008 : ses supérieurs jugés à Paris

Par Julien Baldacchino, France Bleu jeudi 17 septembre 2015 à 17:08

La cour d'Assises de Paris
La cour d'Assises de Paris © Max PPP

Deux anciens officiers de la Légion étrangère sont jugés à partir de ce jeudi par la Cour d'assises de Paris. Ils sont accusés d'avoir laissé mourir un de leurs camarades de régiment, en 2008 à Djibouti. Ils auraient notamment refusé de lui donner de l'eau, malgré les fortes chaleurs.

Ce pourrait être la première fois, depuis la guerre d'Algérie, que des officiers de la Légion Étrangère serait radiés et incarcérés, selon l'avocat d'un des accusés : depuis ce jeudi et pour une semaine, deux anciens légionnaires comparaissent devant les Assises de Paris. Le Français Médéric Béraud, 33 ans, ancien lieutenant, et le Roumain Petru Sabin Suciu, 31 ans, sont accusés d'avoir laissé mourir l'un de leurs camarades, lors d'un exercice. 

La température du corps à 43°C

Les faits remontent à 2008, à Djibouti : le jeune soldat slovaque Jozef Tvarusko, 25 ans, répondant au pseudonyme de légionnaire de Matus Talas, participe à un exercice de manœuvre contre-terroriste en compagnie de plusieurs autres légionnaires. Au deuxième jour de l'exercice, il montre des signes de faiblesse, alors qu'il fait 38°C à l'extérieur

Considéré par ses pairs comme un tire-au-flanc, il reçoit des coups et est contraint de rester au soleil. Le lieutenant Béraud lui aurait même renversé sa gourde dans le sable et pris sa dernière bouteille, interdisant qu'on lui donne de l'eau – alors que chaque soldat est censé recevoir six litres d'eau par jour. Jozef Tvarusko s'effondre dans la dernière ascension du parcours. Son corps a atteint la température de 43°C.

Deux des suspects sous mandat d'arrêt

En tout quatre des supérieurs de Jozef Tvarusko sont poursuivis pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion" : Médéric Béraud et Petru Sabin Suciu, qui figurent depuis ce jeudi dans le box des accusés, mais aussi le sergent chilien Omar Andrés Martinez et le caporal mexicain Wigberto Hernandez Canceo, qui sont visés depuis 2008 par un mandat d'arrêt.

Pendant une semaine de débats, l'épineuse question sur laquelle va devoir plancher le jury reviendra à déterminer si les violences subies, et en particulier la privation d'eau, peuvent être considérés comme des critères ayant "prolongé l'effort" du jeune légionnaire. Car l'instruction a abouti à la conclusion que Jozef Tvarusko était mort d'un "coup de chaleur d'exercice", lié non pas à la déshydratation, mais à la prolongation d'un effort disproportionné par rapport aux capacités du soldat.

"Erreurs d'appréciation"

Les deux accusés ont été radiés de l'armée après les faits. Petru Sabin Suciu est devenu garagiste, Médéric Béraud travaille dans la communication et mène des études de théologie. Selon leurs avocats, s'il y a bien eu des "erreurs d'appréciation", voire des "fautes de commandement", les deux hommes ne méritent pas d'aller en prison. 

"C'est bien qu'on ait huit jours pour décortiquer dans le détail cette journée, du lever du soleil au décès de la victime, expliquer la vie militaire à des profanes, la discipline de la Légion". 

— Me Eric Morain, avocat de Petru Sabin Suciu

Les accusés risquent tous 20 ans de réclusion criminelle. La famille de la victime, originaire de Bratislava, n'assiste pas aux débats, qui se poursuivent jusqu'au 25 septembre.