Faits divers – Justice

Le procès de la reconnaissance pour les mineurs de Moselle

Par Rachel Noel, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu mercredi 23 mars 2016 à 6:30

Les anciens mineurs de charbon de Moselle à la veille du procès à Forbach
Les anciens mineurs de charbon de Moselle à la veille du procès à Forbach © Radio France - Rachel Noel

834 dossiers d'anciens mineurs de charbon seront examinés par un juge professionnel mercredi 23 et jeudi 24 mars 2016 à Forbach. Les mineurs lorrains veulent que soit reconnu leur préjudice d'anxiété, en clair, la peur de contracter une maladie. Une faute qu'ils imputent à leur ancien employeur.

Les anciens mineurs de charbon veulent faire reconnaitre leur préjudice d'anxiété. Ils sont 834 à avoir déposé des dossiers auprès des prud'hommes pour faire reconnaître leur préjudice d'anxiété. Déjà 17 audiences ont eu lieu devant le tribunal des prud'hommes de Forbach entre juin 2013 et novembre 2015, et la justice n'a pas tranché. Les anciens mineurs de charbon de Moselle Est se battent depuis plusieurs années pour faire reconnaître le préjudice d'anxiété. Ils ont peur de tomber malade suite aux substances auxquelles Charbonnage de France les a exposés. C'est un juge professionnel, appellé juge départiteur qui tranchera et présidera ces deux jours d'audiences hors normes. Elles auront lieu dans la salle des congrès de l'hôtel de ville de Forbach. Une salle spécialement installée pour accueillir 450 personnes.

Le procès de la reconnaissance

En moyenne chacun des plaignants a été exposé à 11 substances cancérogènes : amiante, silice, solvants, autant de dangers dont ils ignoraient l'existence. Tous les mineurs sont concernés, qu'ils aient travaillé au fond de la mine, ou au jour.

Ne pas perdre sa vie à la gagner"

Des 30 ans de travail à la mine, dont une grande partie au fond, il reste des souvenirs forts pour Rodolphe, mais aussi depuis quelques années, un cancer qui le ronge. il a été exposé à des cancérogènes. On lui a découvert de l'amiante dans ses poumons suite à un scanner. "Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’aggravation. La silicose, j’ai vu mon père qui en est mort, il avait 65 ans. Mais le cancer, c’est un truc inerte, on le voit pas tout de suite"

Rodolphe a travaillé 30 ans à la mine

Alfred qui a travaillé 17 ans dans les puits se souvient que comme protection, beaucoup n'avait que des gants et des chaussures de sécurité. On ne parlait pas des mesures de sécurité et des maladies qui pouvaient se développer. Le risque, c'était de développer une silicose ou bien pour ceux qui travaillaient au fond, le risque d'explosion. Les expositions aux substances cancérogènes, personne n'en parlait. "Quand moi j’ai signé à Charbonnages de France, je ne leur ai pas donné l’autorisation de saper ma santé"

Albert Nouri a travaillé 12 ans au puit Remaux et 5 ans à Merlebach

On se dit, c'est moi le prochain"

Tous ces mineurs viennent défendre devant le tribunal une notion juridique complexe : le préjudice d'anxiété. C'est la peur de développer des maladies.  François Dosso défend depuis des années les dossiers des mineurs à la CFDT. Lui qui fut délégué des mineur sait que le combat est de longue haleine et que les audiences d'aujourd'hui et demain ne sont pas la fin du combat engagé depuis deux ans déjà. "Dans les cités minières, tout le monde voit les autres partir, et on se dit c'est moi le prochain. On a le même médecin, le même pharmacien, et on voit les gens partir les uns après les autres : c'est ça l'anxiété"

Les audiences ont lieu mercredi 23 mars à 9h et 14h à Forbach dans le salle du centre des congrès, située sous l'hôtel de ville.