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Faits divers – Justice

Le procès des agresseurs du Piss Christ à Avignon

lundi 27 mars 2017 à 19:22 Par Philippe Paupert, France Bleu Vaucluse

En 2011, une photographie de l'artiste américain Andres Serrano avait été vandalisée à la collection Lambert d'Avignon. Deux agresseurs proches à l'époque des milieux catholiques intégristes ont été jugés à Avignon. Leur défense conteste la dégradation de l'œuvre puisque sa valeur à augmenté.

Piss Christ d'Andres Serrano a été vandalisée en 2011 à Avignon
Piss Christ d'Andres Serrano a été vandalisée en 2011 à Avignon - Andres Serrano

Avignon, France

Les deux hommes avaient payé leurs billets pour accéder un dimanche matin d'avril 2011 à l'exposition de la collection Lambert d'Avignon. Ils ont ensuite dégradé la photographie Piss Christ de l'artiste américain Andres Serrano. L'œuvre représente un Christ en croix baignant dans l'urine et le sang de l'artiste. Le Piss Christ avait provoqué la polémique aux Etats Unis et en Australie dans les années 90.

Seuls deux agresseurs ont été identifiés grâce à la vidéo-surveillance : ils avaient été filmés la veille lors des manifestations des groupes religieux intégristes devant la collection Lambert avec cantiques et chants de décontamination en latin.

Les deux hommes ont reconnu leur proximité idéologique avec le mouvement nationaliste catholique le Renouveau Français.

Des coups de massette car c'était foutu pour la bombe de peinture

Devant le tribunal d'Avignon, les deux hommes ont expliqué que "ça a dérapé". Leur plan initial était de recouvrir de peinture noire le Piss Christ puis de le prendre en photo, mais quand un gardien de la collection Lambert a saisi la bombe de peinture, un des accusés a confié qu'il s'est dit "c'est foutu ! J'interviens avec une massette" glissée dans la ceinture de son pantalon.

En mocassins à glands et en manteau de loden, les deux hommes d'une trentaine d'années confient à la barre avoir coupé les liens avec les mouvement catholiques et d’extrême droite. L'un est commerçant en prêt à porter, père de trois enfants. L'autre accusé, ex-chanteur d'un groupe de rap nationaliste et déjà condamné pour révisionnisme, est monteur vidéo indépendant en Belgique.

"Il n'y a pas de dégradation: la valeur est passée de 50.000 dollars à 250.000 euros. Il n'y a pas infraction" Maître Tremolet de Villers

Le procureur de la République a estimé que les deux hommes était entré dans "le monde de l'intégrisme et de l'intolérance la plus totale". Le procureur de la République s'est dit "perplexe devant l'attitude des accusés: ils ont tout faux! Il ont donné une meilleur publicité à cette oeuvre". Le procureur de la République demande quatre mois de prison avec sursis pour le jeune homme qui faisait le guet, cent vingt jours amende à quarante euros pour celui qui avait frappé le Piss Christ.

Maitre Jacques Trémolet de Villers défendait le jeune homme qui a frappé Piss Christ puis endommagé la photographie de Soeur Jeanne Myriam. Il ne reconnait pas l'existence de cette dégradation car il explique que l'oeuvre a pris de la valeur. Maitre Jacques Trémolet de Villers explique que "comme c'est un concept, on ne peut pas le détériorer ou le dégrader. Le Piss Christ est un concept de provocation, mon client est tombé dans la provocation et il a amélioré la valeur marchande de l'oeuvre".

"Il est inadmissible de se défendre en disant que l'oeuvre appelait au passage à l'acte. On rêve" Maître Agnés Tricoire

Maitre Agnes Tricoire défendait la collection Lambert et l'artiste Andres Serrano. Elle dénonce les intentions politiques et religieuses des deux agresseurs: "on est face à l’extrême droite intégriste catholique dans ce qu'elle a de plus désagréable". Maître Tricoire reconnait que "les œuvres nous parlent. Elle peuvent susciter la discussion: c'est bien. La violence, c'est inadmissible". Pour Maître Tricoire, les deux accusés "sont allés au delà du débat pour appliquer l’autorité d'une justice divine. Cela les a conduit à la force et à la haine".

Le directeur de la collection Lambert d'Avignon a demandé 40 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral et matériel. L'oeuvre Piss Christ a été cédé à l'Etat avec les 1 200 pièces du collectionneur Yvon Lambert. Elle est recensée comme "oeuvre vandalisée". Le directeur de la collection Lambert, Eric Mézil, se sent "lavé d'une histoire dégoûtante. Il revendique la liberté d'expression d'un musée. Les extrémistes qui comparaissaient sont monstrueux".

Le tribunal correctionnel d'Avignon rendra son jugement le 15 mai.

Maitre Tremolet de Villers et Maitre Triomphe - Radio France
Maitre Tremolet de Villers et Maitre Triomphe © Radio France - Philippe Paupert