Faits divers – Justice

Le procès en appel d'Eysus : la famille de la victime déchirée par la rumeur

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn et France Bleu mercredi 30 novembre 2016 à 19:57

Sonia la nièce de Margot et son mari Bruno ont été placés en garde à vue au début de l'enquête
Sonia la nièce de Margot et son mari Bruno ont été placés en garde à vue au début de l'enquête © Radio France - Daniel Corsand

La famille de Marguerite Lagrave a attendu 12 ans que l'on arrête les auteurs du cambriolage meurtrier. 12 ans durant lesquels la rumeur, qui accusait certains d'entre eux, a fini par les diviser.

Le troisième jour du procès en appel du meurtre d'Eysus a donné la parole à la famille de la victime. Le 12 novembre 2001, Margot Lagrave, 79 ans, a été retrouvée morte dans sa maison cambriolée. Daniel Trey a été condamné à 20 ans à Pau en première instance pour ce meurtre. Sa femme de l'époque Karine Barboure à 13 ans pour complicité et pour avoir fait chanter son ex mari. C'est ce chantage qui a permis de résoudre ce meurtre 12 ans après, en 2013.

Pendant ces 12 années, la famille de la victime a d'autant plus souffert, qu'une partie a été soupçonnée par la gendarmerie. Des soupçons qui ne se sont jamais estompés dans le village et les environs et qui ont fait exploser cette famille. Une partie de la famille est fâchée avec l'autre, parce que l'une accuse l'autre d'avoir alimenté cette rumeur. Toujours est-il qu'ils ne se parlent toujours pas, 15 ans après. Pendant le procès ils se sont partagés la salle d'audience, chacun d'un coté de l'allée centrale.

Les deux camps Lagrave dans la salle d'audience, séparés par l'allée centrale  - Radio France
Les deux camps Lagrave dans la salle d'audience, séparés par l'allée centrale © Radio France - Daniel Corsand

La sale rumeur

Ce sont les errements de l'enquête qui ont déclenché cette rumeur. Les gendarmes ont mis la pression sur cinq proches qui ont été placés en garde à vue. Bruno, un neveu, était le principal suspect. Tous les cinq ont été mis sous écoutes, avant d'être placés en garde à vue. La piste n'était pas bonne. Un non lieu est ordonné en 2005. Mais les doutes ont persisté dans le village et aux alentours.

À propos de cette rumeur, le maire de l'époque, Georges Sanz est venu raconter à l'audience une anecdote. Un samedi, lors d'obsèques à Aramits, "on" lui a dit que Bruno avait été à nouveau arrêté et qu'il avait avoué. Ça sera dans Sud-Ouest Dimanche, lui avait dit cette personne "bien informée". En rentrant à Eysus, le maire a vu Bruno chez lui en train de faire du béton. À la barre, l'ancien maire hausse les épaules : "Les gens aiment avoir des choses à dire. Personne ne sait rien mais tout le monde ajoute quelque chose."

Ce n'était pas vivable. Personne n'a cherché à comprendre. C'était plus simple de dire qu'on l'avait volé. À l'heure actuelle c'est toujours l'enfer. On ne s'en sort pas. Ça continue. Malgré le fait qu'il ait avoué. Mais les humains c'est comme ça (...) On a signé à perpet'. Ça ne s'arrêtera jamais ça c'est sûr. — Sonia la nièce de Marguerite Lagrave

Sonia, la nièce de Margot raconte qu'elle et son mari Bruno subissent encore la rumeur

La rumeur a empoisonné la vie de toute une famille. Les enfants de Bruno se sont fait traiter de fils d'assassin dans la cour d'école. Chez les Lagrave, personne n'est indemne.

Le portrait touchant de la victime : mamie bonbons

Une chose décrit à elle seule Marguerite Lagrave. Elle avait toujours des bonbons chez elle pour les gamins du village. Sa maison est sur le chemin de l'école. Tous le monde l'appelle Margot. Y compris les accusés d'ailleurs. Elle vivait seule. Une vieille fille en blouse. Dans une vieille maison propre mais au confort minimum. Elle faisait ses courses deux fois par mois à la supérette du village, et ne sortait de chez elle que pour aller nourrir ses poules de l’autre côté de la route et pour aller au cimetière. Le maire de l'époque, Georges Sanz, a dit à l'audience qu'elle était dans un autre temps. Margot, c'est aussi une silhouette. Et dans cette affaire ce n'est pas anodin bien sûr. Un petit bout de vieille dame d'1 mètre 50 et entre 45 et 50 kilos. Margot était gentille, mais elle ne se laissait pas faire. Elle avait un caractère bien trempé. Les deux accusés la connaissaient bien, comme tout le monde dans le village. Karine Barboure, enfant, est allée lui demander des bonbons.

Marguerite Lagrave - Aucun(e)
Marguerite Lagrave - La famille Lagrave

Dernier jour d'audience ce jeudi et verdict dans la soirée.

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