Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Alexandre Junca

Procès en appel de l'affaire Alexandre : Claude Ducos, innocent ou menteur ?

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn, France Bleu Gascogne, France Bleu Pays Basque et France Bleu mercredi 14 décembre 2016 à 6:00

Claude Ducos dans le box des accusés lors du premier procès
Claude Ducos dans le box des accusés lors du premier procès © Radio France - Daniel Corsand

Claude Ducos sera seul pendant ces trois prochains jours dans le box des accusés de la cour d'assises des Landes, où s'ouvre ce mercredi le procès en appel de l'affaire Alexandre Junca. Les trois autres condamnés n'ont pas fait appel du verdict prononcé au mois de juin à Pau.

La cour d'assises des Landes a été désignée pour tenir le second procès de l'affaire Alexandre Junca qui s'ouvre ce mercredi. En juin dernier, Mickaël Baehrel a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué l'enfant le 4 juin 2011 dans le centre ville de Pau, près des halles. Le co-auteur de l'agression Christophe Camy a lui été condamné à 15 ans de réclusion. Fatima Enajah, la compagne de Baehrel, à été condamné à trois ans pour non dénonciation de crime, et Claude Ducos à trois ans également pour avoir transporté, découpé et caché le corps d'Alexandre. Il n'y a que ce dernier qui a fait appel de ce jugement. A Mont-de-Marsan il n'y aura que Claude Ducos dans le box des accusés.

Les éléments à charge contre Claude Ducos

Il y a d'abord et surtout ce que dit Mickael Baehrel, le meurtrier d'Alexandre. Il dit qu'il a appelé Claude Ducos juste après l'agression de l'adolescent, et que Claude Ducos est venu récupérer le corps le lendemain, dans l'immeuble de Fatima Ennajah. Il dit qu'il ne sait pas ce qui s'est passé ensuite, mais qu'ils ne se sont retrouvés que deux semaines plus tard au bord du Gave rue Amédée Roussille, pour enfouir le corps d'Alexandre. L' audition de Baehrel pendant ce procès sera sans doute un moment clé, parce qu'on ne sait jamais ce que va dire Mickael Baehrel.

Il y a aussi l'étude de la téléphonie de Baehrel et Ducos. Baehrel qui tente de l'avoir plusieurs dizains de fois la nuit du meurtre. Qui laisse des messages. Ducos qui se lève à l'aube qui écoute le message. Et les deux hommes qui se voient dans la journée. Enfin il y a cette 605, la voiture qu'il aurait utilisé pour emmener le corps. Qu'il a fait détruire après l'été 2011. Il a acheté le même modèle et y a fait poser les plaques de la voiture qu'il venait de faire détruire. A ce sujet, Ducos dit qu'il fait cela systématiquement, pour ne pas payer la carte grise.

Les faiblesses de l'accusation

Déjà, le simple fait qu'il nie, constamment depuis le début, laisse toujours une infime place au doute. Pourtant il a subi toutes les pressions depuis qu'il est suspect dans cette affaire. Ce sont les mots de Baehrel qui l'accablent. Mais on sait que la parole de ce dernier est terriblement changeante et fragile. Ce qui manque dans cette enquête fleuve, c'est une trace ADN. Rien dans la voiture qui aurait ramené le corps d'Alexandre à Pau. Rien sur les innombrables outils qui ont été saisis chez lui. Rien non plus dans les congélateurs. Aucune preuve matérielle de son implication dans ce que la justice appelle pudiquement : atteinte à l'intégrité d'un cadavre.

Claude Ducos a parlé à la presse lors du premier procès - Radio France
Claude Ducos a parlé à la presse lors du premier procès © Radio France - Daniel Corsand

"Je ne peux répondre absolument à rien. Je suis entièrement innocent, ce qui s'appelle innocent. Je ne veux convaincre personne, moi ce que je cherche c'est la vérité. Je ne suis au courant de rien. Je ne peux pas renseigner ni la police ni la justice ni quoi que ce soit, mais ça ils n'arrivent pas à le comprendre. Ils invoquent souvent des choses qui ne sont pas réelles. Qu'est-ce que ça rapporte de hurler son innocence ? J'ai pleuré comme tout le monde, faut pas croire. Quand on vous accuse de découper un gosse... Moi je suis pas comme ça. J'aime les jeunes mais pas pour les découper. Je n'ai rien à regretter, rien à cacher. Rien. Absolument rien." — Claude Ducos

Claude Ducos s'est exprimé sur France Bleu Béarn pendant le premier procès

La froideur de Claude Ducos

Claude Ducos n'est pas un cérébral. Alors cela ne veut pas dire qu'il n'est pas intelligent, mais c'est une personnalité sans réel affect. C'est un homme pratique. Qui ne s'emporte pas. Pendant le procès on l'a vu écouter tout ce qui se disait attentivement, et même parfois réagir comme s'il était dans le public. Il ne hurle pas son innocence. Il n'a même jamais montré de signe de panique depuis sa mise en cause. Une panique bien légitime pourtant, qu'il soit coupable ou innocent d'ailleurs. C'est aussi quelqu'un qui sait dissimuler. Qui sait cloisonner. Personne ne se doutait de son homosexualité parmi ses collègues de travail, ses amis chasseurs, et aussi sa famille. Même si on a bien compris qu'on ne parle pas de ces choses là dans la famille.

L'Algérie, Cabidos et la chasse

Claude Ducos a été placé chez ses grands parents pendant son enfance, mais ne semble plus en avoir souffert outre mesure. Il a fait la guerre d'Algérie, dans une unité qui était au front, qui a essuyé plusieurs embuscades mais là encore, il décrit presque une guerre de planqué. Le stress post traumatique, ce n'est pas son genre. Il a travaillé pour une société électrique sous traitante de la SNCF. Mais sa passion c'est la chasse. La chasse au gros gibier surtout. Il est de toute les battues dans les environs de Cabidos. Une passion qui lui colle à la peau depuis le début de cette affaire. Il ne cesse de répéter qu'il n'a aucune compétence dans la découpe du gibier. Les médecins légistes sont formels : celui qui a découpé le corps d'Alexandre a suivi les mêmes méthodes que celles utilisées par les chasseurs.

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