Faits divers – Justice

Le récit déroutant de la mère infanticide aux assises du Nord

Par Rafaela Biry-Vicente, France Bleu Nord et France Bleu vendredi 30 octobre 2015 à 11:54 Mis à jour le vendredi 30 octobre 2015 à 12:29

Estelle Derieux est jugée pour assassinat.
Estelle Derieux est jugée pour assassinat. © Maxppp

Depuis jeudi, la cour d'assises du Nord juge une mère de 34 ans accusée d'avoir tué sa petite fille de 3 ans. En août 2013, elle avait enfermé Mondolina dans un sac avant de la jeter dans la Deûle à Lille. Elle avait peur que les services sociaux lui retirent sa fille.

Après l'étude de la personnalité de la mère décrite comme une enfant réservée et solitaire, sans amis, qui grandit en supportant mal ses échecs comme un bac S passé en 3 ans, ou encore un passage en master 2 refusé, la journée du drame a été abordée ce jeudi aux assises du Nord à Douai. Estelle, fille d’un général de l’armée férue de culture et jugée pour assassinat, a raconté la manière dont sa petite fille est morte le 13 août 2013.

Si on nous retrouve, on sera séparées, tu iras dans une autre famille 

La petite femme au visage très pâle, au physique et look d’adolescente, énonce très froidement et mécaniquement le fil de la journée. Des lectures de comptines à sa petite fille l’après midi au furet du Nord jusqu'au moment où sur les quais de la Deûle, elle s’assoit vers 5h du matin, sort de sa poche son sac poubelle acheté de nombreuses semaines avant, enferme sa fille dedans en faisant un double nœud, avant de la prendre dans ses bras. 

Elle raconte sans larme que sa petite fille crie et qu’elle lui dit alors : _« si on nous retrouve, on sera séparées, tu iras dans une autre famille ». Mandolina répond alors « Non Maman Câlin »_, mais après trois hésitations, la jeune femme dépose quand même sa fille dans la Deûle, et la regarde se débattre, jusqu’à ce qu’elle ne bouge plus.

C’est là qu’elle se rend compte qu’elle a « fait une bêtise, j’ai tué ma fille » explique-t-elle sans aucune émotion. Elle dit alors qu’elle est effondrée. L’avocat général, perturbé par le profil de la jeune femme, lui rappelle qu’elle est ensuite allée prendre son petit déjeuner, avant d’écrire une lettre aux gendarmes pour avouer son geste et surtout le justifier, en expliquant que la « juge ne lui a pas fait confiance et qu’elle en paie les conséquences ».

Dans ce courrier, Estelle Derieux assure qu’elle est une bonne mère. Elle énonce donc tout ce qu’elle fait de bien pour sa fille qu’elle vient de tuer comme une sorte de « brevet de bonne conduite », selon les termes de Luc Frémiot. « Pourquoi ce décalage ? », demande-t-il perplexe. La jeune femme a du mal à répondre, prise encore une fois dans ces contradictions.

Une femme pleine de contradictions

Elle répète qu’elle était suivie depuis sa grossesse par les services sociaux, un suivi injuste pour elle. Alors lorsque elle est convoquée par le juge des enfants, elle perd pied, pensant qu’on va lui retirer sa fille, elle décide donc qu'elle va la tuer et puis se suicider, mais elle n'a finalement pas le "courage" de mettre fin à ses jours. "Mais ce n’était pas pour placer votre enfant, c’était justement pour trouver une solution alternative, pour vous aider", assure la présidente. Nouvelle contradiction, comme si Estelle vivait dans un autre monde, avec beaucoup plus de ressenti que de réalité.

Même chose quand elle écrit au président du conseil général pour lui dire qu’avec ses 700 euros de RSA elle n’arrive pas à vivre, qu’elle ne peut plus chauffer son logement, et doit rogner sur la nourriture de la petite. Mais pourquoi n’avoir pas accepté les aides des services sociaux, ou les 12.000 euros donnés par les parents ? Pourquoi mettre de l’argent tous les mois sur un PEL ? Par fierté ? « Non, peut-être que c’est mon caractère, je suis économe », tente l’accusée.

Autre contradiction : ses rapports avec sa mère, qu'elle décrit comme « étouffante ». Mais quand on lui demande pourquoi, elle répond "parce qu’elle me pose des questions". Mais un peu plus tard elle regrette un manque de communication dans la famille.

Bref, on reste médusé devant cette jeune femme cultivée, très précise dans ses descriptions. Un des enjeux de ce procès sera donc de déterminer le mécanisme psychologique qui a pu la conduire à un tel acte. Les experts psychiatriques sont attendus mardi. Par ailleurs, l'association de la Voix de l'enfant, qui s'est constituée partie civile, attend aussi de savoir pourquoi les services sociaux ont mis autant de temps à saisir la juge des enfants, alors que Mondolina était en danger dès la grossesse de sa mère.