Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Bouille

Le "système Bouille" décortiqué devant le tribunal correctionnel de Perpignan

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon vendredi 13 février 2015 à 9:17

Au tribunal correctionnel de Perpignan, à l'ouverture du procès de "l'affaire Bouille"
Au tribunal correctionnel de Perpignan, à l'ouverture du procès de "l'affaire Bouille" © MaxPPP

Le procès de "l'affaire Bouille" est entré dans le vif du sujet jeudi : le tribunal correctionnel a décortiqué le vaste système de corruption mis en place par l'ancien maire de Saint-Cyprien au travers de deux témoignages, ceux d'un agent immobilier et d'un artisan électricien.

Le vaste procès pour corruption qui s'est ouverte la semaine dernière devant le tribunal correctionnel de Perpignan avec 15 prévenus à la barre est enfin entré dans le vif du sujet ce jeudi avec l'audition des premiers prévenus pour décrypter le système mis en place par Jacques Bouille , l'ancien maire de Saint-Cyprien, qui s'est suicidé en prison en 2009.

A la barre notamment, Christiane Patural, ancienne gérante d'une société immobilière, poursuivie pour avoir versé 50 000 euros à Jacques Bouille, une somme qui a permis d'acheter deux tableaux.**

L'enveloppe était censé garantir le classement d'un terrain en zone constructible, ce qui n'a finalement jamais été fait. Ce jeudi, à l'audience, Christiane Patural a expliqué qu'elle regrettait d'avoir payé, elle aurait résisté avant de céder.

"Les cadeaux c'est permis." (Jacques Bouille, ancien maire de Saint-Cyprien)

"J'ai d'abord refusé parce qu'il voulait la somme en liquide, mais il m'a rappelé deux-trois jours après pour me dire que je pouvais payer en chèque : "Les cadeaux c'est permis." Alors je me suis dit, on est pris à la gorge, fallait vivre aussi, voilà, on le fait. Je me suis demandé si on aurait pas des ennuis avec ma société : un chèque ça laisse des traces. Il m'a dit que c'était pour lui personnellement. On avait alors pris des engagements avec les investisseurs... Moi je n'en avais rien à faire de l'art. Les tableaux qu'il m'a fait acheter, je ne les ai même pas regardés ! Aujourd'hui j'ai perdu ma société. Il me tarde de connaître la condamnation pour repartir tranquille"

Procès Bouille Patural

"Il faut penser à payer sinon je ne penserai plus à vous."

A la barre également, Eric Hernandes, un artisan électricien d'une cinquantaine d'années.  En 2007 et 2008,* il a acheté pour plus de 150 000 euros de tableaux* , condition indispensable pour continuer de travailler avec la mairie de Saint-Cyprien.

Au milieu des années 2000, les travaux pour la ville, représentaient 60% de son activité. Son chiffre d'affaire tournait autour du million d'euros. Tout le monde était ravi de son travail. Et puis à partir de 2006,  les choses ont commencé à changer. A la barre, il raconte comment il a mis le doigt dans l'engrenage : un jour, le maire lui explique qu'il a besoin de 10 000 euros. Quelques semaines plus tard, Jacques Bouille lui présente la facture d'un tableau : un peu plus de 4 000 euros. "Eric, il faut penser à régler sinon à l'avenir je ne penserai plus à vous"  .

Alors l'électricien passe à la caisse pour des œuvres dont il se contrefiche. En 15 mois mois il verse 155 000 euros pour 8 tableaux et pour conserver les marchés. "Je vivais mal cette période, c'était très compliqué psychologiquement."  Tout s'accélère fin 2008 : le maire aux abois lui rend ses tableaux en catastrophe, même pas emballés. Eric Hernandez les cache dans son grenier avant d'être convoqué quelques jours plus tard par la police judiciaire.

Aujourd'huin Eric Hernandez n'a plus que deux employés au lieu de huit à l'époque et* il ne veut plus rien avoir à faire avec la mairie de Saint-Cyprien.

En savoir plus : notre dossier sur le procès de "l'affaire Bouille"