Faits divers – Justice DOSSIER : Le procès AZF

Le troisième procès de la catastrophe AZF de Toulouse s'ouvre à Paris

Par Vanessa Marguet et Oanna Favennec, France Bleu Toulouse et France Bleu lundi 23 janvier 2017 à 16:43

Les familles des 31 victimes d'AZF et les milliers de blessés attendent la vérité
Les familles des 31 victimes d'AZF et les milliers de blessés attendent la vérité © Radio France - Vanessa Marguet

C'est la pire catastrophe industrielle en France depuis 1945, l'explosion de l'usine AZF revient devant la justice. Le troisième procès s'ouvre ce mardi devant la Cour d'Appel de Paris et va durer quatre mois.

Quinze ans après l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, qui a fait 31 morts, des milliers de blessés et 27 000 logements sinistrés le 21 septembre 2001, un nouveau procès s'ouvre ce mardi à 13h30 devant la Cour d'Appel de Paris. L'audience va durer quatre mois, jusqu'au 24 mai, pour juger l'ancien directeur de l'usine AZF Serge Biechlin et la société Grande Paroisse, filiale de Total, en tant que personne morale.

La Cour de Cassation a annulé le précédent procès

Il s'agit d'un nouveau procès en appel, le précédant en 2012 ayant été annulé pour un problème de procédure et surtout à cause d'un doute sur l'impartialité de l'une des magistrates, qui était au moment du procès vice-présidente d'une association d'aide aux victimes en lien avec certaines parties civiles. La Cour de Cassation a donc décidé de faire entièrement rejuger l'affaire en appel, mais cette fois à Paris, où une chambre spécialisée dans les accidents collectifs avec de nombreuses victimes a été créée suite à un décret de décembre 2014.

Cette délocalisation du procès loin de Toulouse est très mal vécue par de nombreuses victimes. "C'est lamentable et incompréhensible" pour Guy Fourest, l'ancien président du Comité de Défense des victimes. Pauline Miranda, la présidente de l'association des sinistrés du 21 septembre, elle, ne décolère pas :

On ne veut pas de nous à ce procès, on nous évince totalement – Pauline Miranda

Pauline Miranda se déplacera à Paris pour l'ouverture du procès. Mais parmi les 2700 parties civiles, elles ne seront que quelques dizaines. Les autres suivront l'audience depuis Toulouse où une retransmission en direct est prévue dans une salle de plus de 700 places au centre des Congrès Pierre Baudis.

On éloigne la justice du justiciable, c’est catastrophique. On évacue des prétoires les victimes, c’est ce que demande Total depuis le début - Maitre Stella Bisseuil

Stella Bisseuil , l'avocate de l'association des familles endeuillées et de nombreuses victimes individuelles , invitée de France Bleu Toulouse, elle fait le point des enjeux de ce 3eme procès AZF

"on éloigne les victimes des prétoires" - Mtre Stella Bisseuil, avocate de l'Association des familles endeuillées

Quelle vérité ?

Avec ce nouvel épisode judiciaire, les victimes espèrent au moins obtenir la vérité et aller plus loin que lors du procès de 2012, quand l'ancien directeur de l'usine AZF Serge Biechlin a été condamné pour homicide involontaire à 3 ans de prison dont 2 avec sursis et 45 000 euros d'amende, et la société Grande Paroisse à 225 000 euros d'amende. La Cour d'Appel de Toulouse avait alors prononcé les peines maximales, en relevant une "pluralité de fautes caractérisées et graves" ayant rendu la catastrophe possible. La plupart des victimes et notamment celles réunies dans le collectif "Plus jamais ça" espèrent cette fois que la justice ira plus loin en condamnant le groupe Total, mais Total n'est pas sur le banc des prévenus et fait juste l'objet d'une "citation directe", comme lors du précèdent procès.

A l'inverse, les avocats de la défense continuent de remettre en cause la thèse d'une explosion due à un mélange de produits incompatibles dans le hangar 221 de l'usine, du nitrate d'ammonium et du chlore et espèrent aboutir à la relaxe comme en première instance. En 2009, le Tribunal correctionnel de Toulouse avait laissé le bénéfice du doute aux prévenus, même s'il avait noté des négligences dans la gestion du site.

On a fait plancher des dizaines d'experts, des centaines de témoins, des centaines de scientifiques, on ne sait toujours pas vraiment ce qui s'est passé. Mais on continue à dire que c'est très simple. –Jacques Monferran , avocat de Grande Paroisse

De son côté, Jacques Mignard le président de l'association "Mémoire et Solidarité", qui regroupe de nombreux anciens salariés d'AZF, ne croit pas non plus à la thèse de l'accident dû à un mélange de produits incompatibles et compte demander à la cour d'appel de Paris d'étudier de nouvelles hypothèses.

Ce procès en tous cas sera long. Il y aura 53 jours d'audience, 187 témoins à entendre et 120 tomes de procédure à éplucher. Et parmi les parties civiles, certaines victimes comme Brigitte Aubert, une femme de 59 ans qui était intérimaire sur le site AZF et qui a été blessée en 2001, seront présentes le plus souvent possible.

Je me bats pour retrouver un travail, un semblant de vie. Je me doit d'être à ce procès, mais sans grande conviction. Je crois qu'on ne saura jamais vraiment ce qui s'est passé. – Brigitte Aubert