Société

Le Vendredi saint, jour férié en Alsace-Moselle : pourquoi cette exception ?

Par Clément Lacaton, France Bleu Alsace, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Elsass, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu jeudi 24 mars 2016 à 19:01 Mis à jour le vendredi 14 avril 2017 à 12:02

Le Vendredi Saint, un des deux jours fériés spécifiques à l'Alsace-Moselle
Le Vendredi Saint, un des deux jours fériés spécifiques à l'Alsace-Moselle © Maxppp -

La plupart des habitants d'Alsace-Moselle ne travaillent pas ce Vendredi saint, contrairement au reste de la France. De quoi faire des jaloux. Mais pourquoi ce particularisme ? Trois questions à Eric Sander, secrétaire général de l'Institut du droit local, installé à Strasbourg.

Ce vendredi, c'est le Vendredi saint. Deux jours avant le dimanche de Pâques. Vendredi "saint", car les chrétiens commémorent la crucifixion et la mort du Christ. Une fête religieuse qui n'est pas fériée : tous les salariés français travaillent. Tous, sauf dans trois départements de l'est de la France, où la tradition reste ancrée. Tradition qui offre même un deuxième jour férié supplémentaire, le 26 décembre, le lendemain de Noël. Repos avant l'heure donc pour les trois millions d'habitants du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. Mises à part certaines professions soumises à dérogation, par arrêté préfectoral, notamment en Moselle : boulanger, pharmacien, vendeur de souvenirs ou encore restaurateur. Quant aux coiffeurs, ils peuvent couper des cheveux uniquement entre 8h et 13h...

A quand remonte cette exception ?

Eric Sander - "A 1892. A l'époque l'Allemagne (l'Empire allemand), qui avait annexé notre région lors de la défaite française de 1871, a souhaité instaurer par ordonnance le Vendredi saint férié, c'est encore le cas outre-Rhin, et en Suisse par exemple. Chez nous, le droit local a subsisté (même après 1918, et le rattachement de l'Alsace-Moselle à la France), avec bien sûr un fondement religieux, mais aujourd'hui c'est davantage culturel que cultuel."

Certains pensent que le Vendredi saint et le 26 décembre sont deux jours de RTT...

Eric Sander - "Rien à voir, ce n'est pas une RTT ! C'est vrai qu'il y a parfois confusion. Du coup des salariés nous contactent. On a eu deux ou trois cas cette semaine, de problèmes avec leur employeur, surtout par ignorance." Des employeurs qui retirent d'emblée une RTT à leurs salariés ce jour-là, ce qui est illégal.

"Le Vendredi saint et la Saint-Etienne, le lendemain de Noël, poursuit-il, _sont bien deux jours fériés et chômés spécifiques à l'Alsace-Moselle, un droit pour tous les travailleurs des trois départements. Un droit inscrit dans le Code du travail, à l'article L3134-13, il n'a pas de doute possible. Officiellement, il doit y avoir un temple protestant ou une église mixte_ (dédiée aux cultes catholique et protestant) dans la commune où l'on travaille, mais avec le temps ça s'est généralisé."

Le Vendredi Saint, un des deux jours fériés spécifiques à l'Alsace-Moselle - Maxppp
Le Vendredi Saint, un des deux jours fériés spécifiques à l'Alsace-Moselle © Maxppp -

Comprenez-vous que certains souhaitent abroger cette spécificité ?

Eric Sander - "Moi je souhaite bien du courage à ceux qui veulent supprimer ces deux jours fériés ! C'est un droit acquis, ce ne sont pas certaines revendications qui vont le mettre à mal. Ou alors il faut qu'il y ait des parlementaires courageux pour changer la loi. Mais ce ne serait pas vraiment populaire d'un point de vue électoral... Alors je suis sûr que les élus vous répondront 'on ne touche à rien !'"

Pour en savoir plus : site de l'Institut du Droit Local