Faits divers – Justice

Le voyage dans le froid de 125 lycéens et apprentis normands à Auschwitz

Par Nolwenn Le Jeune, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) jeudi 19 janvier 2017 à 18:56

Le camp d'Auschwitz Birkenau est le plus cimetière de l'humanité. 1 100 000 personnes y ont été assassinées.
Le camp d'Auschwitz Birkenau est le plus cimetière de l'humanité. 1 100 000 personnes y ont été assassinées. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

Malgré les températures glaciales et la neige, 125 lycéens normands sont allés en Pologne ce mercredi visiter le camp d'Auschwitz. Voyage co organisé par la région et le mémorial de la Shoah, avec l'infatigable Ginette Kolinka, qui à 91 ans, continue de venir raconter "son" histoire aux jeunes.

A quelques jours du 72ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, un groupe de 125 lycéens et apprentis normands s'est rendu sur place, accompagné du recteur d'académie. Ce projet pédagogique, mené d'abord en classe, se concrétise par la visite des lieux de mémoire. Plus d'un million de personnes ont été assassinées à Auschwitz pendant la seconde guerre mondiale.

Le camp d'Auschwitz Birkenau a été classé en 1979, ce qui a permis de préserver les vestiges. - Radio France
Le camp d'Auschwitz Birkenau a été classé en 1979, ce qui a permis de préserver les vestiges. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

Auschwitz est le plus grand cimetière de l'humanité

La neige recouvre le camp. Les températures sont déjà largement négatives, mais une bise glaciale accentue la sensation de froid mordant. Emmitouflés dans des vêtements chauds, les jeunes normands découvrent ces lieux terribles. A commencer par le camp d'Auschwitz Birkenau, lieu d'extermination de masse des déportés pendant la seconde guerre mondiale. Un million 100 000 personnes y ont été assassinées. A leurs côtés, pour leur raconter "son" histoire, l'infatigable Ginette Kolinka, 91 ans. Rescapée des camps de la mort, elle n'a commencé à en parler qu'en 2000. Mais depuis, elle participe chaque année aux voyages d'étude, pour livrer un témoignage inestimable.

Les baraquements du camp d'Auschwitz où les déportés s'entassaient dans des conditions inhumaines. - Radio France
Les baraquements du camp d'Auschwitz où les déportés s'entassaient dans des conditions inhumaines. © Radio France - Nolwenn Le Jeune
Le camp d'Auschwitz Birkenau est classé par l'Unesco depuis 1979. - Radio France
Le camp d'Auschwitz Birkenau est classé par l'Unesco depuis 1979. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

"J'ai perdu toute humanité en arrivant à Auschwitz", Ginette Kolinka, 91 ans, rescapée

Ginette Kolinka, déportée à 19 ans, rescapée des camps de la mort, raconte son expérience terrible aux jeunes. - Radio France
Ginette Kolinka, déportée à 19 ans, rescapée des camps de la mort, raconte son expérience terrible aux jeunes. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

Ces jeunes, apprentis ou lycéens, venus de sept établissements de la région, ont mené des projets pédagogiques en classe avec leurs enseignants. Et c'est pour tous, la première fois qu'ils visitent Auschwitz. Le choc est violent. D'autant plus que les conditions météos permettent de ressentir, au moins en les effleurant, les souffrances endurées ici. Ginette Kolinka décrit avec une mémoire intacte, et sans pathos, l'enfer des camps de concentration et d'extermination. "J'ai perdu toute humanité en arrivant ici, raconte-t-elle. Aujourd'hui encore, je ne sais pas comment j'ai réussi à m'en sortir vivante."

Les apprentis du CIFAC de Caen rendent hommage aux victimes de la Shoah. - Radio France
Les apprentis du CIFAC de Caen rendent hommage aux victimes de la Shoah. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

La visite du musée d'Auschwitz

Le camp d'Auscwitz 1 était un camp de travail. Le lieu est devenu un musée. - Radio France
Le camp d'Auscwitz 1 était un camp de travail. Le lieu est devenu un musée. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

Après la visite du camp de Birkenau, la journée se poursuit au musée d'Auschwitz, installé dans l'ancien camp de travail. Un lieu dont le portail en fer est surmonté de la formule "Arbeit macht frei" (le travail rend libre). Ici les jeunes normands découvrent les conséquences de l'horreur nazie, perpétrée à Birkenau. La mort de plus d'un million de personnes, incarnée par exemple par ces tonnes de cheveux exposés derrière une vitrine. Après l'assassinat en chambres à gaz, et avant que les corps ne soient brûlés dans les fours crématoires, les cranes étaient rasés. Les dents en or arrachées. "L'humiliation ne s'arrêtait jamais, même après la mort", explique la guide polonaise Dorotha. Dans cette partie d'Auschwitz, subsiste une chambre à gaz, la première construite. Les autres, situés à Birkenau, ont été dynamitées par les nazis à quelques jours de la libération du camp, pour effacer les preuves.

La chambre à gaz du camp d'Auscwitz 1,  preuve des crimes et de la barbarie des nazis. - Radio France
La chambre à gaz du camp d'Auscwitz 1, preuve des crimes et de la barbarie des nazis. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

"Ne laissez personne réfléchir à votre place", Denis Rolland, recteur d'académie aux jeunes Normands.

Cette visite de mémoire s'accompagne également d'une mise en perspective. "Les juifs d'il y a 72 ans sont les migrants d'aujourd'hui, souligne Dorotha, la guide polonaise. Aujourd'hui, ce sont eux qui frappent à notre porte". C'est aussi la première fois que Denis Rolland se rend à Auschwitz, le recteur d'académie touché par la Shoah à titre personnel confie-t-il, adresse un message fort à tous ces jeunes. "Ne laissez jamais personne réfléchir à votre place, leur lance-t-il. L'horreur est toujours possible. Gardez votre esprit critique".

Le recteur d'académie Denis Rolland demande aux lycéens et apprentis normands de garder leur esprit critique. - Radio France
Le recteur d'académie Denis Rolland demande aux lycéens et apprentis normands de garder leur esprit critique. © Radio France - Nolwenn Le Jeune

Le reportage de Nolwenn Le Jeune