Faits divers – Justice

Les chiffres de la délinquance truqués à Paris

France Bleu lundi 3 mars 2014 à 10:53

La préfecture de police de Paris
La préfecture de police de Paris © MaxPPP

Selon un rapport commandé par le préfet de police de Paris et dévoilé ce lundi, un système mis en place il y a une dizaine d'années a permis à la Préfecture de police de dissimuler des dizaines de milliers de faits de délinquance. Malgré la volonté du nouveau préfet, "il est difficile de rompre avec ces nouvelles habitudes", selon un haut fonctionnaire.

Rien qu'en 2011, 16.000 faits commis n'auraient pas été comptabilisés dans les chiffres de la délinquance parisienne. C'est ce que révèle un rapport, commandé en 2012 par le préfet de police de Pairs Bernard Boucault, et que s'est procuré l'AFP ce lundi. Ce rapport devait à l'origine faire un état des lieux des pratiques d'enregistrement des faits de délinquance à Paris ; mais il a finalement mis a nu un système de maquillage des faits . Selon un haut fonctionnaire, le rapport est "explosif". 

Ce système, mis en place depuis une dizaine d'années , serait monté en puissance depuis 2008, sous la direction du préfet Michel Gaudin, un proche de l'ancien président Nicolas Sarkozy. Il repose, selon ce rapport "très sensible ", sur trois types de maquillages :

Minoration des faits : de nombreux cambriolages ont été enregistrés comme dégradations, en particulier lorsqu'aucun préjudice n'est signalé. La raison : "les magistrats ne poursuivent pas, alors, pourquoi se tirer une balle dans le pied ?" a expliqué un commissaire parisien aux rapporteurs du dossier.Report des faits : pour dégonfler les chiffres, les services ont parfois stoppé l'enregistrement des plaintes avant la fin du mois, faisant ainsi passer une partie des chiffres sur le mois suivant.Destruction pure et simple des faits : selon le rapport, 16.000 faits ont disparu en 2011. Ce chiffre fait écho à celui donné par un autre rapport de l'Inspection générale de l'administration, qui faisait état de 130.000 faits disparus sur toute la France entre 2007 et 2012.  

"Difficile de rompre " avec les mauvaises habitudes

Malgré l'arrivée d'un nouveau préfet de police en 2012, Bernard Boucault, nommé par Manuel Valls, ces pratiques ont persisté, relève le rapport. Alors que le ministre de l'Intérieur insiste sur une exigence de transparence, si "le rapport note la fin du report ", les autres pratiques persistent :

"Il semble difficile pour certains de rompre avec certaines habitudes qui avaient été établies pendant des années" — Un haut fonctionnaire de la Préfecture de Paris

Un nouveau logiciel d'enregistrement doit être déployé à la fin du mois d'avril, selon ce même haut fonctionnaire. Il devrait permettre de mettre fin à ces anomalies. D'ici là, elles devraient persister : depuis février 2013 par exemple, un commissariat parisien confie dans le rapport que les délits de vente à la sauvette "ne sont plus du tout annexés ". 

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