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Faits divers – Justice

Les proches de Lucas, mort au quartier disciplinaire de Fleury-Mérogis, ne croient pas à la thèse du suicide

mardi 31 juillet 2018 à 19:49 - Mis à jour le mercredi 1 août 2018 à 8:25 Par Valentin Dunate, France Bleu Paris et France Bleu

Les proches de Lucas, originaire d'Epinay-sous-Sénart (Essonne), contestent toujours la version de l’administration pénitentiaire pour qui, ce détenu de 22 ans s'est suicidé le 21 juillet dernier au quartier disciplinaire de Fleury-Mérogis. Le parquet d'Evry "attend les conclusions de l'enquête".

Les proches de Lucas réunis au sein du collectif "Justice pour Lucas" ne croient pas au suicide Capture d'écran de la vidéo diffusée sur la page Facebook du collectif
Les proches de Lucas réunis au sein du collectif "Justice pour Lucas" ne croient pas au suicide Capture d'écran de la vidéo diffusée sur la page Facebook du collectif - Capture d'écran de la vidéo diffusée sur la page Facebook du collectif

Fleury-Mérogis, France

Lucas H, 22 ans a été retrouvé mort samedi 21 juillet dans une des cellules du quartier disciplinaire de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Selon, l'administration pénitentiaire, ce détenu (qui devait sortir de prison le 29 septembre prochain) a été "découvert par un surveillant, pendu à la grille de sécurité, par le biais d'un drap". Le surveillant a ensuite "procédé aux soins, fait usage d'un défibrillateur avant que les pompiers n'arrivent et que les autorités judiciaires ne soient saisies". Selon les informations de France Bleu Paris, les résultats de l'autopsie (effectuée jeudi) viennent d'être ajoutés au dossier.   

La thèse du suicide contestée

La famille et les proches du jeune homme (condamné à dix mois de prison) ne croient pas à la thèse officielle du suicide. Pour sa mère, "il n'avait aucune raison. Il était apprécié en détention, il avait une petite amie, des projets de formation", déclare-t-elle à l'AFP. 

"Il n'avait aucune raison de se suicider" - Mère de Lucas

Une cagnotte en ligne a été créé pour soutenir la mère de ce jeune homme décrit par certains comme "un costaud qui rigolait tout le temps".  Dans la seule vidéo (vue plus de 26.000 fois) et publiée sur le compte Facebook du collectif "Justice pour Lucas", trois amis de Lucas prennent successivement la parole. 

"Il me disait qu'il faisait beaucoup sport, parce qu'il sortait bientôt. Il était content." - Ami de Lucas 

Le premier d'entre eux explique : "Comme vous le savez tous, samedi 21, un ami est mort en prison dans des circonstances très bizarres. Pour l'instant, d'après ce qu'ils disent (ndlr : l'administration pénitentiaire), il s'est suicidé, alors que je sais que Lucas n'aurait jamais fait ça. Un jour avant, je l'ai eu téléphone, il me parlait d'acheter des habits, il me disait qu'il faisait beaucoup sport, parce qu'il sortait bientôt. Il était content, il avait déjà son code, il se préparait déjà à passer son permis de conduire, tout allait très bien. Quand il a vu sa mère au parloir, il lui a dit "A mercredi !". Donc je ne vois pas pourquoi, il se serait suicidé. Pour moi, la thèse du suicide est complètement fausse et on va trouver la vérité avec vous". 

Une manifestation devant Fleury pour demander "Justice pour Lucas"  

Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis - Maxppp
Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis © Maxppp - IP3 Press

Dans cette vidéo, un autre ami prend la parole et explique que c'est la raison pour laquelle une page Facebook a été mise en place : "pour trouver cette vérité" ajoutant "au nom de l'équipe et de famille" et "avec fermeté, "de ne pas relayer de fausses informations". Le troisième à prendre la parole précise qu'il s'agit là "d'un combat sur le long terme" et que "pour ce faire", on a vraiment besoin de vous". Une marche blanche a d'ailleurs été organisée samedi 28 juillet, quartier des musiciens à Épinay-sous-Sénart, pour demander "Justice pour Lucas". Un message déjà scandé mardi 24 juillet devant l'entrée principale de la plus grande prison d'Europe par une soixantaine de proches mettant en cause le comportement des surveillants de prison. Un blocage vécu comme "une véritable prise d'otage scandaleuse "par le bureau local FO qui alerte par ailleurs "le personnel qu’une vidéo circule sur les réseaux sociaux, incitant les détenus à filmer les surveillants".  

Placé le matin de sa mort au "mitard" pour "agression sur personnel"   

Selon plusieurs sources concordantes, le jour de sa mort, ce détenu a été placé (de manière préventive) au quartier disciplinaire suite à une altercation avec des surveillants. Après un parloir avec sa mère, les surveillants l'ont suspecté d’avoir introduit un téléphone portable, il a refusé la fouille intégrale et des coups ont été échangés avec les surveillants. En prison, une "agression sur personnel" équivaut à 30 jours au quartier disciplinaire. La plus lourde sanction possible. 

Ce samedi 21 juillet, selon les informations de France Bleu Paris, la direction d’astreinte de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis a pris cette décision et lui a notifié. Le placement en quartier disciplinaire doit être réalisée dans l’heure et être postérieurement actée en CDD (Commission de discipline). Une CDD qui était prévue le lundi 23 juillet. Le soir, où 64 détenus du quartier (D4) dans lequel Lucas était incarcéré ont refusé de regagner leurs cellules par solidarité. Les ERIS (Equipes régionales d'intervention et de sécurité de la Pénitentiaire) ont du intervenir.   

Les détenus expliquent avoir vu une deuxième altercation avec les surveillants   

Les détenus, qui ont contacté l'OIP, (l'Observatoire international des prisons) doutent également de la version officielle et disent avoir vu "une deuxième altercation" entre la fouille intégrale et le placement en quartier disciplinaire explique François Bès, coordinateur du pôle enquête de l'OIP. Une version des faits qu'il est, pour l'heure, impossible de vérifier car ni le Parquet d'Evry, ni l'avocate de Lucas H, ne souhaite s'exprimer. Selon l'OIP, 11 détenus sont morts depuis le début de l'année dans la plus grande prison d'Europe (4200 écroués). Si l'on tient compte de la version officielle concernant Lucas H, 9 se sont suicidés, soit déjà deux fois plus que pour l'ensemble des deux années précédentes.   

"Le mitard, c'est le cachot" - OIP  

Selon plusieurs surveillants interrogés par France Bleu Paris, "il n'est pas rare que des détenus fassent des tentatives de suicides une fois arrivé au mitard pour faire intervenir un médecin", l'un des seuls habilité à suspendre l’incarcération en quartier disciplinaire. L'OIP explique de son côté que "certains surveillants utilisent certaines techniques bien rodées pour faire "péter un plomb" aux détenus". "Pendant trente jours, le détenu n'a plus ses affaires, plus de télé, plus qu'un parloir par semaine, une minuscule cour de promenade"

Certains vivent cette sanction comme un réel "sentiment d'injustice". "Ce qui est regrettable dans l’histoire" ajoute François Bès c'est que, "moins l'administration en dit, plus elle laisse les proches douter. A chaque fois, dans ce genre de cas, les proches ont très peu d'informations et ces espaces vides laissent toujours imaginer qu’il a pu se passer quelque chose. Il faudrait désormais une communication sur le déroulé de l’altercation". L'Observatoire international des prisons demandent par ailleurs à ce que les inspections pénitentiaires et sanitaires réalisées en avril dernier par l'ARS soient diffusées.