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Faits divers – Justice

Les Restos du cœur : l’envers de la collecte

lundi 11 mars 2019 à 7:06 Par Léa Guedj, France Bleu Paris

Trois jours de collecte nationale, les 8 et 9 mars, viennent de conclure la 34ème campagne d’hiver de l’association. Partout en France, les bénévoles ont récolté des dons dans les magasins. Mais que deviennent-ils ensuite ? Plongée dans l’entrepôt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis.

L'entrepôt de Villepinte stocke et redistribue les dons dans les 31 centres des Restos de Seine-Saint-Denis.
L'entrepôt de Villepinte stocke et redistribue les dons dans les 31 centres des Restos de Seine-Saint-Denis. © Radio France - Léa Guedj

Villepinte, France

L’année dernière, ce ne sont pas moins de 860 000 personnes qui ont été accueillies dans les 2027 centres des Restos du cœur. 130 millions de repas distribués grâce aux produits achetés par l’association, aux produits à date courte fournis par les magasins, mais aussi à la collecte nationale. Tous ces produits collectés sont ensuite centralisés dans des entrepôts, contrôlés, triés et redistribués dans les centres d’activité. Celui de Villepinte réunit tous les dons dispatchés dans les 31 centres de Seine-Saint-Denis.

Aux premières heures du matin, l’entrepôt de 1 600 mètres carrés s’anime. Denis charge son camion sur le départ pour le centre de Bobiny, le troisième plus important du département avec près de 700 familles accueillies. Le bénévole retraité transporte environ 800 kilos à chacun de ses trois allers-retours. "Des conserves le lundi, des laitages le mardi, des fruits et légumes le jeudi", précise-t-il. A son arrivée à l’entrepôt, "tout est prêt". "Les arrivages ont été triés et répertoriés" en fonction de leur destination, indique Jean-Claude, directeur des Restos du cœur de Seine-Saint-Denis. 

C'est la course contre la montre

Dominique, lui, supervise le ballet des camions et des palettes. 600 palettes de stockage entassées jusqu’au plafond, "jusqu’à 7,5 mètres de hauteur, sur 3 à 4 niveaux". "Il nous en faudrait plus, commente le responsable bénévole, là l’entrepôt est un peu vide parce qu’on est à quelques jours de la fin de la campagne d'hiver [débutée fin novembre, ndlr], mais en plein dedans, on manque de place." Dominique envisage un déménagement à Noisy-le-Sec, dans un entrepôt  plus grand et "plus central" dans le département, car les distances sont parfois longues et compliquent les livraisons.

Environ 4 millions de repas sont distribués chaque année par les Restos en Seine-Saint-Denis. - Radio France
Environ 4 millions de repas sont distribués chaque année par les Restos en Seine-Saint-Denis. © Radio France - Léa Guedj

"C’est la course contre la montre, confirme Madjid devant son camion, surtout avec les bouchons !" Bondy, Clichy-sous-Bois, Pantin, Bagnolet… A deux chauffeurs, ils doivent alimenter 12 centres avant midi, avec pas moins de 100 colis. A 58 ans, cet ancien chômeur est salarié en insertion depuis septembre. A l’entrepôt, ils sont une trentaine dans le même cas. 

L'entrepôt forme des travailleurs en insertion

Maryam, 45 ans, est en CDD  d’insertion depuis presque un an. Concentrée sur sa préparation en partance pour Noisy-le-Grand, elle vérifie sa commande avec minutie. "Il faut contrôler les quantités, la destination et le placement sur la palette", explique cette maman de 4 enfants, habitante de Sevran. Aux Restos, elle se sent "comme en famille (…) pas de patron ni d’employé". Maryam fait partie d'une équipe de préparateurs travaillant  sous la supervision Pierre-Henry, 59 ans. Lui-même a vécu deux années de chômage avant de trouver cet emploi en CDI. "Les Restos m’ont sauvé la vie", confie-t-il, ému de "travailler pour la bonne cause"

Il y a des personnes qui n'avaient pas travaillé depuis 18 ans

Après sa formation, Maryam compte bien trouver un autre emploi. "C’est comme un envol, on est suivis jusqu’à qu’on s’en sorte, on ne nous laisse pas tombés", se conforte Maryam qui se réjouit d’avoir un travail, un salaire (le Smic) et une formation de préparatrice de commandes. 

A la fin de son CDD d'insertion, Maryam aura son CAP de préparatrice de commandes en poche. - Radio France
A la fin de son CDD d'insertion, Maryam aura son CAP de préparatrice de commandes en poche. © Radio France - Léa Guedj

Les salariés en insertion sont accompagnés par Catherine. Dans son bureau, elle reçoit "des personnes qui recherchent un emploi depuis longtemps ou avec des difficultés particulières qui empêchent leur retour à l’emploi comme la drogue, le surendettement, des complications administratives…". "Dans l’entrepôt, il y a des personnes qui n’avaient pas travaillé depuis 18 ans et l’une d’elles était à la rue pendant 15 ans", souligne la conseillère en insertion. Elle voit ces emplois comme "un moyen de mettre le pied à l’étrier, tout en montant en compétences". Objectif : "qu’ils restent le moins longtemps possible avec nous", insiste Catherine.

Particularité de ce contrat, il peut être suspendu pendant un mois, tout en restant disponible, pendant une période d’essai dans une entreprise, par exemple. A l’arrivée, les salariés sortent avec _"un niveau CAP_, les entreprises ne peuvent plus dire qu’ils ne sont pas qualifiés", décrit-elle. Elle se souvient notamment d’une personne "restée 12 ans sans travailler, elle est venue avec un CV vide. Je lui ai demandé pourquoi je l’embaucherais, se remémore-t-elle, il m’a répondu ; "si vous ne le faites pas, qui va le faire ?"" Quelques années de formation et tentatives d’insertion en entreprise plus tard, elle finit par recevoir un coup de fil lui annonçant qu’il avait trouvé un CDI. "Des histoires comme celle-ci, j’en ai des tas", se félicite Catherine, précisant que ces contrats aboutissent à environ 65% de retours à l’emploi.

L'entrepôt stockera bientôt les dons pour la campagne d'été des Restos du cœur qui démarre le 30 avril. - Radio France
L'entrepôt stockera bientôt les dons pour la campagne d'été des Restos du cœur qui démarre le 30 avril. © Radio France - Léa Guedj

L'essentiel de ce que nous distribuerons pendant la campagne d'été proviendra de la collecte

Les chiffres, c'est le domaine d'Antonio, les yeux rivés sur les comptes sur son écran d'ordinateur. Le directeur adjoint des Restos du département se dit "inquiet" à quelques jours de la fin de la campagne d'hiver, et alors que celle de l'été approche à grands pas. L'année dernière, les besoins auraient déjà augmenté de 75% pendant l'été par rapport à 2017, mais les dons et l'argent pour acheter des produits manquent. "L'essentiel de ce que nous distribuerons pendant la campagne d'été proviendra de la collecte", prévoit Antonio.