Faits divers – Justice

Les surveillants pénitentiaires toujours mobilisés : "On est des laissés-pour-compte"

Par Armêl Balogog, France Bleu Paris et France Bleu jeudi 29 septembre 2016 à 16:39

Blocage de la prison d'Osny, dans le Val-d'Oise, le 19 septembre 2016
Blocage de la prison d'Osny, dans le Val-d'Oise, le 19 septembre 2016 © Maxppp - Vinceactu

Depuis dix jours et l'agression de deux surveillants pénitentiaires par des détenus de l'unité de radicalisation de la prison d'Osny dans le Val-d'Oise, les surveillants pénitentiaires continuent de se mobiliser afin de faire entendre leurs revendications.

Des barricades, des pancartes et toujours le même propos, répété jusqu'à ce qu'il soit entendu. Jeudi, les surveillants pénitentiaires se sont mobilisés devant plusieurs établissements dans toute la France et notamment dans la région francilienne. Le matin, ils ont bloqué la prison de Fleury-Mérogis en Essonne, le plus grand établissement pénitentiaire d'Europe. Mais aussi celle du Bois d'Arcy, dans les Yvelines ou encore d'Osny dans le Val-d'Oise et de Villepinte en Seine-Saint-Denis. Jeudi soir, c'était au tour de la prison de Fresnes, une fois de plus.

A chaque fois, les surveillants ne bloquent pas leurs confrères, eux qui n'ont pas le droit de faire grève sur leur temps de travail, mais empêchent d'entrer les nouveaux détenus ainsi que ceux rentrant de procès. Des blocages comme celui-là, ils en ont fait plusieurs ces deux dernières semaines, entre cet établissement et la prison d'Osny. L'élément déclencheur : une tentative d'attentat contre deux surveillants.

"Les agents travaillent avec la peur au ventre"

Jérôme Nobécourt s'habitue à avoir les journalistes au téléphone. Rappeler ses revendications, faire vivre le mouvement et alerter les politiques. Le syndicaliste a tous les chiffres en tête : en 2015, rappelle-t-il, 4.000 agressions de surveillants pénitentiaires ont été recensées dans tout le pays par le ministère de la Justice. Cette année, le syndicat Force ouvrière en prévoient 5.000 - pour l'instant, 2.760 ont été signalées.

A la prison d'Osny, la dernière agression connue a eu lieu il y a deux semaines : un détenu de l'unité de déradicalisation s'en est pris à deux surveillants. Une tentative d'attentat terroriste. "Le métier est devenu vraiment trop compliqué", confie le syndicaliste en charge de l'Île de France :

Les conditions de travail [sont] insupportables. Les agents travaillent avec la peur au ventre. [...] On ne peut pas travailler dans de telles conditions, c'est tout simplement impossible.

Jérôme Nobécourt de FO pénitentiaire : "On est des laissés-pour-compte"

Et les violences ne concernent pas que l'Île de France : une mutinerie à la prison de Poitiers-Vivonne dans la Vienne, dans la même période, et l'agression de cinq surveillants par un détenu à Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, seulement ce mardi.

Une réponse insuffisante du ministre de la Justice

Lors d'un blocage à Osny le 19 septembre (voir la photo ci-dessus), le ministre de la Justice avait fait la surprise de venir voir les surveillants mobilisés. Jean-Jacques Urvoas leur avait alors demandé d'attendre un peu et avait annoncé ensuite l'ouverture "prochaine" de 10.000 nouvelles places en prison. Un "effet d'annonce" selon Jérôme Nobécourt :

On sait très bien que 10.000 places correspondent à un plan de dix ans, donc c'est beaucoup trop long pour nous. Aujourd'hui, on a vraiment besoin d'actions concrètes.

Le syndicat Force ouvrière voudrait que le nombre de surveillants soit adapté à la dangerosité des détenus. Plus de personnel quand ils sont dangereux, moins quand les détenus sont en bonne voie de ré-insertion. Il faudrait aussi plus de surveillants : aujourd'hui il y en a 27.115, pour près de 68.253 détenus en septembre, occupant les 58.587 places opérationnelles.