Faits divers – Justice

Les trafiquants de la cité de la Castellane face aux juges

Par Gabriel Massenot et Isabelle Lassalle, France Bleu Provence et France Bleu mardi 15 septembre 2015 à 18:09

Cité de la Castellane / Marseille
Cité de la Castellane / Marseille - Vincent Shurch

1,3 million d’euros en liquide. C’est la somme astronomique saisie par les policiers le jour du démantèlement de ce réseau de trafiquants en juin 2013. Vingt-huit personnes comparaissent à partir de ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Marseille.

Les chiffres donnent le tournis. Sur un document saisis par la police, l’un des gérants du réseau indique que ses vendeurs ont distribué en une semaine 7 450 sachets contenant différents types de barrettes. Pour un montant total de 213 500 euros. On comprend mieux comment le chef présumé de cette équipe de dealers, âgé de 34 ans, est parvenu à s’acheter un cheval de courses et à prendre des parts dans deux restaurants des quartiers nord de Marseille.

Far West urbain

Organigramme du trafic de cannabis du réseau «K» à la cité de la Castellane. - Radio France
Organigramme du trafic de cannabis du réseau «K» à la cité de la Castellane. © Radio France - Gabriel Massenot et Isabelle Lassalle

Pour gérer son « business », il s’appuyait sur le surnommé « Œilleton » qui payait les vendeurs, les licenciait le cas échéant et possédait un 357 magnum pour régler ses litiges commerciaux. Un père de famille jouait le rôle de banquier. Deux hommes d’une trentaine d’années avaient pour mission de trouver des caches et des « nourrices » : des personnes de la cité, au-dessus de tout soupçon, pour entreposer chez elles argent, armes et drogue.

Le lieu central du trafic était la Tour K, la plus haute du quartier. Un supermarché de la drogue pour les clients et le symbole de la marginalisation du quartier pour ses habitants.

Reportage à la Castellane

Enquête à haut risque

Pour interpeller les principaux membres de ce réseau, les policiers ont employés les grands moyens : micros cachés dans les voitures des trafiquants, prélèvements d’ADN sur les armes et les kilos de résines de cannabis saisis, et filatures avec photos jusqu’aux abords d’une belle villa de la Fare-les-Oliviers qui servait de lieu de lieu de rencontre discret.

Pendant les interrogatoires, les mis en cause n’ont pas parlé ou quasiment pas. Femmes comprises, même quand les écoutes téléphoniques montrent qu’elles poussaient leurs compagnons à « décrocher » du deal.

Guerre des gangs

Le démantèlement de ce réseau avait provoqué une véritable guerre des gangs au sein de la cité entre deux autres équipes qui souhaitaient récupérer le marché. Affrontement qui s’était terminé par une fusillade à la kalachnikov en février dernier, le matin même où le Premier Ministre Manuel Valls était en visite à Marseille.

Détruire la tour K

L’État a d’ailleurs programmé un grand chantier de réhabilitation de la cité. Avec la création de jardins partagés, et d’une route qui traversera le quartier. Première étape très symbolique : la démolition de la tour K qui démarrera en décembre. Les travaux devraient durer dix ans. Dix ans, c’est justement la peine de prison maximale que risquent les prévenus. Le procès va durer trois semaines.