Faits divers – Justice

Procès des bagagistes de Roissy : "Pour obtenir un CDI, on devait voler dans les valises"

Par Géraldine Houdayer, France Bleu Paris Région et France Bleu jeudi 22 octobre 2015 à 19:29

Des agents de piste montent des valises en soute - image d'illustration
Des agents de piste montent des valises en soute - image d'illustration © Maxppp - Matthieu de Martignac

Dix-sept bagagistes, employés d'une société sous-traitante d'Air France, comparaissent au tribunal de Bobigny pour des vols dans les valises. Tous dénoncent un système de vol généralisé, voire obligatoire.

Depuis mercredi 21 octobre, 17 agents de piste de la société Europe Handling Roissy, un sous-traitant d'Air France qui emploie 400 personnes , comparaissent devant les juges pour avoir volé des ordinateurs, des parfums ou des téléphones portables dans les bagages des passagers d'Air France, entre 2008 et 2011. Le préjudice est estimé a au moins 176 000 €. 

Pour obtenir un CDI, il fallait voler dans les valises" Un bagagiste mis en cause  Des hommes, pères de famille, sans antécédents pour la plupart, qui ont participé a un système de vols très organisé. En fait, tout le monde savait ce qui se passait  dans cette société. Le vol dans les bagages était même un système... de promotion! "Il fallait passer par là pour se faire bien voir et obtenir un CDI," avoue un prévenu. Son avocate confirme.

Maître Marlène Viallet, avocate de l'un des bagagistes

Le mode opératoire était bien huilé : Pour opérer en toute discrétion, les agents de piste attendaient le moment de placer les bagages en soute. A cet endroit, aucune caméra, aucun agent ne les surveille. Là,  les équipes de trois se séparent : un guetteur au pied de l'avion, un voleur au fond, et un autre à l'entrée de la soute, parfois caché derrière un mur de valises. Les hommes se servent de mousquetons pour déverrouiller les cadenas, de stylos pour ouvrir les fermetures.. et de bon sens : ils ouvrent de nombreuses serrures à code en faisant simplement 3 fois le zéro.

Smartphones, ordinateurs, ceinture en Python... et stylo Mont Blanc 

Les voleurs récupèrent des smartphones, ordinateurs, parfums, et même une ceinture en python ou un stylo Mont Blanc. Certains les revendent au puces de Montreuil, ou tout simplement à des proches. Il y a donc le phénomène de groupe, mais pour l'un de leurs avocats, c'est la tentation qui les a fait céder : ces sous-traitants mal payés, mal considérés, n'ont pas résisté devant l'opulence qu'ils voyaient à longueur de journée. Mais le procureur l'a rappelé : chacun doit assumer ses responsabilités. Il a requis de 3 mois avec sursis à un an de prison ferme et 4.000 € d'amende pour les prévenus. 

Le procès a été interrompu à la mi-journée, en raison du mouvement de grève des avocats. L'audience doit reprendre vendredi 23 octobre.