Faits divers – Justice

Lille : trois ans et 18 mois de prison requis contre de deux policiers pour le racket de vendeurs de roses

Par Lucas Valdenaire, France Bleu Nord mercredi 4 octobre 2017 à 19:35

Au début de l'audience, l'un des deux prévenus a décidé de quitter le tribunal avec ses avocats : "un procès inéquitable", selon eux.
Au début de l'audience, l'un des deux prévenus a décidé de quitter le tribunal avec ses avocats : "un procès inéquitable", selon eux. © Maxppp - Sebastien JARRY

Les faits se seraient déroulés entre 2012 et 2013 à Lille. Deux policiers étaient jugés ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Lille pour le racket de plusieurs vendeurs de roses, originaires du Bangladesh. Le parquet requiert trois ans et 18 mois de prison ferme.

Les cinq vendeurs de roses présents à l'audience ce mercredi dénoncent une succession d'intimidations, entre janvier 2012 et novembre 2013. Des contrôles répétés et violents, des rackets et parfois des gifles.

L'un d'entre eux raconte qu'il est emmené de force à la citadelle de Lille en pleine nuit. Les policiers lui auraient volé six euros avant de lui donner un coup dans les jambes. L'homme tombe sur le verglas et doit repartir à pied. Un autre est conduit jusqu'à Seclin : blessé à l’œil, il est abandonné dans la nature. Un troisième se dit ensuite victime d'un vol de portable : il accuse même les policiers d'être rentré chez lui et de lui avoir dérobé 250 euros.

"Un sentiment d'impunité"

Pour Quentin Lebas, l'un des deux avocats des parties civiles : les policiers "ont agi en dehors de tout cadre légal."

"Nourrissant un sentiment d'impunité totale et de toute puissance, niant la dignité et l'humanité de ces victimes. Ils les ont réduit à rien. Comme si on pouvait les prendre à un endroit, les dépouiller, les voler et les lâcher après les avoir bastonné. Bref, en les humiliant."

La seconde avocate des parties civiles, Fatima En-Nih, met en avant le courage de ses clients : celui de revenir devant des policiers pour déposer plainte.

"Leur situation administrative précaire les isole. Les policiers savaient à qui ils avaient affaire. Ils ne craignaient rien parce qu'ils savaient qu'ils étaient en situation irrégulière et donc ils n'allaient pas déposer plainte. En fait, ce qui les a fait réagir, c'est que l'un d'ente eux a été particulièrement violenté. Ils ont eu peur.

"C'est tout un cheminement de courage" - l'avocate des parties civiles, Fatima En-Nih

"Aucune preuve"

Sur le banc des prévenus l'un des deux fonctionnaires nie les faits ou alors explique ne plus s'en souvenir. Pour ses avocats, tout cela ne repose sur aucune preuve, comme l'assure Emmanuel Riglaire :

"Il faut se garder des apparences, le plus faible n'est pas toujours celui qu'on croit. Il n'y a aucune preuve. C'est pour ça que le tribunal a décidé de consacrer qu'une seule journée, c'est que les accusations ne sont pas si claires et si simples que ça. Ce n'est pas parce qu'on est policier qu'on est automatiquement coupable."

Le deuxième prévenu, lui, a décidé de quitter la salle dès le début de l'audience. Ses avocats évoquent un procès inéquitable et rappellent que leur client a passé "un an en détention provisoire, pour une gifle reconnue. C'est une première dans les annales judiciaires," affirme Damien Legrand.

"Il a reconnu une partie des faits, il en a reconnu la gravité. Pour cela, il a fait un an de détention provisoire. De ce point de vue-là, il a largement payé."

"Il a reconnu une partie des faits et il a largement payé" Damien Legrand, avocat de l'un des deux prévenus.

Le jugement a été mis en délibéré au 29 novembre.