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Loire : déclarée morte depuis trois ans par la justice, elle se bat pour être ressuscitée

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Par , France Bleu Saint-Étienne Loire, France Bleu

Comment prouver que vous êtes bien vivant lorsque la justice vous considère comme mort ? C'est tout le combat que mène depuis plus de trois ans une habitante de Saint-Joseph, dans la Loire. Avec son avocat, Jeanne Pouchain a engagé une demande d'inscription de faux pour officiellement ressusciter.

Jeanne Pouchain, dans la véranda où elle passe la plupart de son temps depuis trois ans.
Jeanne Pouchain, dans la véranda où elle passe la plupart de son temps depuis trois ans. © Radio France - Tifany Antkowiak

L'espoir de sortir d'une situation ubuesque pour une habitante de Saint-Joseph, dans la Loire. Une audience préparatoire a eu lieu lundi 11 janvier pour la demande d'inscription de faux lancée par Jeanne Pouchain. Cette procédure permet de remettre en cause la validité d'une décision de justice, d'un notaire ou d'un huissier. Dans le cas de Jeanne Pouchain ce n'est pas rien : la quinquagénaire conteste un arrêt de la cour d'appel de Lyon de novembre 2017 qui la considère comme morte.

Le fond de l'affaire est un conflit aux prud'hommes qui remonte à plusieurs années, entre Jeanne Pouchain et une ancienne salariée de l'entreprise de nettoyage qu'elle dirigeait jusqu'en 2014. Après plusieurs rebondissements, et alors qu'elle pensait cette histoire derrière elle, la Ligérienne de 58 ans reçoit fin 2017 la visite d'huissiers à son domicile, qui disent être là au sujet de "feu Jeanne Pouchain" et que ses ayants droits, son époux et son fils, doivent régler des sommes dans le contentieux avec l'ancienne salariée.

Procédure rarissime

"Je suis allée voir une avocate, qui m'a dit qu'on allait vite pouvoir régler ça. J'ai été chez mon médecin, faire un papier disant que j'étais bien vivante, et ce document apparemment ne suffit pas étant donné qu'il y avait eu un jugement", raconte Jeanne Pouchain. Le jugement, rendu par la chambre sociale de la cour d'appel de Lyon, établit que Jeanne Pouchain est morte, selon des informations fournies par son ancienne salariée et son avocate. Sauf que personne n'a pris la peine de vérifier

"Je n'y ai pas cru", confie l'avocat de la quinquagénaire. "Je ne pouvais pas penser que des juges prononcent un décès sans aucun certificat", poursuit Me Sylvain Cormier, à l'origine de la demande d'inscription de faux auprès du tribunal de grande instance de Lyon. "C'est une procédure tout à fait rarissime, je crois qu'à la cour d'appel de Lyon c'est inédit", ajoute l'avocat.

Pour préparer cette nouvelle procédure, Jeanne Pouchain a passé ces derniers mois 150 heures à éplucher les archives de son ancienne entreprise. La quinquagénaire consacre aussi chaque nuit à écrire tous les souvenirs qui peuvent lui revenir, ainsi que toutes ses pensées. "J'écris quatre à cinq pages par nuit, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour me soulager... et tolérer l'intolérable", explique celle qui ne nie pas avoir voulu tout abandonner à plusieurs reprises, du fait des pensées suicidaires et de la colère qu'elle a pu ressentir. 

"J'ai l'impression de vivre le confinement depuis trois ans"

Comment imaginer en effet une vie sans existence officielle ? "Je n'ai _pas de papier d'identité, pas de sécu_, je ne peux pas prouver aux banques que je suis bien vivante, je ne suis rien". Cette situation l'a conduite à ne presque plus sortir de chez elle et à passer une grande partie de son temps dans une seule pièce de sa maison, sa véranda. "Vous avez vécu le confinement pendant trois mois, moi j'ai l'impression de le vivre depuis trois ans", résume-t-elle. 

Malgré cette situation ubuesque, avec le temps peut-être, et grâce surtout au soutien de son mari et de quelques proches, Jeanne Pouchain semble presque apaisée aujourd'hui. Elle affirme encore croire en la justice, croire "que quelqu'un aura le courage dire "stop"".

"Si je ne combats pas, personne ne combattra pour moi", lance la quinquagénaire, vêtue, comme un symbole, d'un T-shirt Wonder Woman. "C'est un cadeau de la grand-mère de mon mari", sourit-elle, avant de poursuivre : "elle a 102 ans et elle m'a dit en me le donnant qu'elle avait vécu beaucoup de choses, vécu la guerre, mais jamais quelque chose d'aussi dur que ce que je vis". 

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