Faits divers – Justice

Louhossoa : les interpellés mis en examen et remis en liberté

Par Thibault Vincent, Céline Arnal, Iban Etxezaharreta et Oihana Larzabal, France Bleu Pays Basque et France Bleu mardi 20 décembre 2016 à 17:49 Mis à jour le mercredi 21 décembre 2016 à 11:06

Michel Berhocoirigoin à son arrivée en gare de Bayonne
Michel Berhocoirigoin à son arrivée en gare de Bayonne © Radio France - Oihana Larzabal

Les cinq personnalités interpellées le vendredi 17 décembre à Louhossoa, lors d'une opération contre ETA, ont été mises en examen ce mardi pour "port et détention d'armes et d'explosifs en relation avec une entreprise terroriste". Elles ont été laissées libres et placées sous contrôle judiciaire.

La journaliste Béatrice Molle-Haran, l'ancien président de la Chambre d'agriculture du Pays Basque Michel Berhocoirigoin, le viticulteur de l'AOP Irouléguy Michel Bergougnan, Jean-Noël Etcheverry dit "Txetx", fondateur de l'association altermondialiste Bizi et du mouvement Alternatiba, et Stéphane Etchegaray, journaliste cameraman indépendant sont mis en examen pour "port et détention d'armes et d'explosifs en relation avec une entreprise terroriste". Les 5 interpellés ont été remis en liberté après 96 heures de garde à vue, et placés sous contrôle judiciaire.

Stéphane Etchegaray dit "Etxe" est le premier des cinq à avoir retrouvé le Pays Basque ce mardi soir. Arrivé par le dernier vol en provenance d'Orly, il a été acclamé par une centaine de proches et de soutiens à l'aéroport de Biarritz.

Michel Bergouignan et Michel Berhocoirigoin sont arrivés ce mercredi matin à la gare de Bayonne où une trentaine de personnes les attendaient. Les deux hommes sont descendus de deux wagons différents puisque leur contrôle judiciaire leur interdit de se rencontrer.

Michel Bergouignan à son arrivée à la gare de Bayonne ce mercredi à 8h33 - Radio France
Michel Bergouignan à son arrivée à la gare de Bayonne ce mercredi à 8h33 © Radio France - Oihana Larzabal

"Ce dossier se dégonfle"

Pour Maître Jean-Michel Baloup, avocat de Béatrice Molle-Haran, la décision du juge antiterroriste parisien Christophe Tessier, de remettre en liberté sa cliente et les quatre autres interpellés et de les placer sous un contrôle judiciaire que l'avocat qualifie de "léger" est un coup porté au dossier et à l'opération montée par la police française et la guardia civile, ainsi qu'aux déclarations du Ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux qualifiant l'opération de coup dur porté à ETA :

C'est surtout la démonstration que ce dossier se dégonfle après 96 heures de garde à vue. Il est évident maintenant que l'on est plus du tout dans ce que pensait le parquet initialement, qui croyait qu'il avait fait arrêter des terroristes prêts à commettre un attentat (...) Soit le renseignement était inexact, soit il était volontairement piégeant.

Pour Maître Jean-Michel Baloup, avocat de l'une des 5 interpellés à Louhossoa dans le cadre d'une opération antiterroriste, "la baudruche se dégonfle"

Tous les cinq ont été interpellés dans une maison isolée lors d'une opération conjointe menées vendredi soir à Louhossoa (Pyrénées-Atlantiques) par les polices françaises et espagnole. Un important stock d'armes, appartenant à l'organisation séparatiste basque ETA, qui a renoncé à la violence depuis cinq ans, a été découvert dans le bâtiment.

"Ils assument leur action dans le cadre du processus de paix"

Mais très rapidement les soutiens des mis en causes, 5 personnalités de la société civile bien connues au Pays Basque, à commencer par le président d'honneur de la Ligue des Droits de l'Homme Michel Tubiana ont dénoncé un "un grand mensonge" de la part des autorités. Selon lui "Ces armes étaient destinées à être neutralisées et données postérieurement aux autorités françaises. Mais visiblement ni les autorités françaises ni les autorités espagnoles n'ont voulu que les choses apparaissent pour ce qu'elles sont".

Pour Maître Sophie Bussière, ses clients (Michel Berhocoirigoin et Michel Bergougnan) n'ont pas changé leur version d'un iota durant les 96 heures de garde à vue et devant le juge antiterroriste :

Ils sont tout à fait contents et ils assument parfaitement leur action qui s'inscrit dans le cadre du processus de paix au Pays Basque. (...) Il faut absolument engager le désarmement d'ETA pour débloquer le processus de paix.

Maître Sophie Bussière explique que ses clients assument leur action au nom du désarmement d'ETA et du processus de paix au pays basque

Très rapidement les soutiens, certains de poids, aux cinq personnalités se sont organisés. Dès le lendemain de leur interpellation une [grande manifestation à Bayonne a rassemblé plusieurs milliers de personnes](http://Bayonne : de 2.000 à 4.000 manifestants pour dénoncer les arrestations à Louhossoa), notamment des élus de tous bords, dont les deux députés socialistes basques. Des rassemblements de soutien également à Louhossoa et Saint-Jean-Pied-de-Port ont regroupé des centaines de personnes lundi et mardi.

"Le gouvernement ne pourra plus se murer dans son mutisme"

Pour Maître Jean-François Blanco, avocat notamment du militant écologiste et altermondialiste "Txetx" Etcheverry, l'affaire aura eu au moins pour vertu de poser publiquement ce si délicat débat sur un processus de désarmement aujourd'hui au point mort :

Leur action aura été utile, désormais la question du désarmement est posée dans le débat public et le gouvernement ne pourra plus se murer dans son mutisme, demeurer passif.

Jean-François Blanco, avocat de 2 des mis en examens, estime que leur action a permis de poser la question du désarmement d'ETA en public

Les cinq mis en examens eux vont pouvoir regagner leur domicile. Le contrôle judiciaire ne leur interdit pas de revenir au Pays Basque.