Faits divers – Justice

Ludovic Freygefond condamné à un an de prison avec sursis pour harcèlement

France Bleu Gironde mercredi 25 mars 2015 à 21:52

Ludovic Freygefond à la barre du tribunal

Ludovic Freygefond, ancien maire du Taillan-Médoc et ex n°1 du PS en Gironde, a été condamné mercredi soir à un an de prison et deux ans de privations des droits civiques. Le tribunal correctionnel de Bordeaux l'a reconnu coupable de harcèlement à l'encontre de son directeur de cabinet, qu'il avait assailli de mails amoureux ou sexuels.

Un an de prison avec sursis, deux ans de privation de droits civiques et 70.000 euros de dommages et intérêts à verser à la victime : c'est la peine infligée mercredi soir par le tribunal correctionnel de Bordeaux à Ludovic Freygefond. L'ancien maire du Taillan-Médoc, ancien patron du Parti socialiste en Gironde, a été reconnu coupable de harcèlement sur la personne de son ancien directeur de cabinet. Les juges sont allés au délà des requisitions du parquet, qui avait requis six mois de prison avec sursis.

L'affaire avait éclaté avec la plainte déposée en septembre 2012 par Alexandre Metzinger, recruté en 2009 à l'âge de 25 ans, à sa sortie de Science-Po. La relation professionnelle avait dérivé après quelques mois en une passion amoureuse, à sens unique, du maire pour son collaborateur. Des avances que l'intéressé a repoussé dès le départ. Le dossier a relevé, dans un flot de milliers de courriels, plus de 430 messages amoureux ou à caractère sexuel parfois très crus, évoqués sans trop de détails durant l'audience.

"J'étais éperdument amoureux de ce garçon, et il ne m'a pas fait sentir clairement que ça le gênait. Il m'a même écrit : je sais faire la part des choses". — Ludovic Freygefond, à la barre

Ces courriels envoyés à toute heure lui faisait notamment miroiter la succession à la mairie du Taillan si Ludovic Freygefond devenait député, mais ils sont passés à un ton plus menaçant en 2012, comme pour tenter de dissuader le jeune homme de rechercher un poste politique en Gironde. Alexandre Metzinger avait fini par démissionner en mars 2012, et après l'éclatement de son couple, un épisode dépressif, deux tentatives de suicide, des scarifications, avait décidé de porter plainte.

A l'issue de l'audience, Ludovic Freygefond a fait part de son intention de faire appel.

"C'est un jugement extrêment sévère. J'ai eu un procès à charge. On a essayé de démontrer avec mon avocat que ce dossier était beaucoup plus complexe que ce qui avait été dit jusqu'à présent. Je suis attristé, mais je suis combatif, car je n'ai pas l'intention de me laisser salir de cette manière". — Ludovic Freygefond

La défense a essayé de démontrer que la relation entre les deux hommes étaient pour le moins ambigue, mais ses arguments n'ont pas porté sur le jugement du tribunal.

"Un jeune homme de 25 ans n'est pas forcément équipé pour résister à cette pression. L'ambition de mon client explique sans doute des choses, mais il y a un rapport de subordination qui est incontestable. Ce qui a frappé le tribunal, c'est que d'un côté, vous avez une victime totalement transparente, et de l'autre, un petit cacique, un hobereau, qui jusqu'au bout, a nié sa responsabilité." — Maître François De Contencin, l'avocat d'Alexandre Metzinger

La victime a depuis quitté la région, et totalement abandonné la carrière politique qui l'attendait : il est acteur de théâtre.

Ludovic Freygefond est sous le coup d'une autre condamnation, prononcée fin 2014 : il avait alors écopé de 18 mois avec sursis et cinq ans d'inéligibilité pour une autre affaire, de prise illégale d'intérêt et de corruption passive, en lien avec une opération immobilière. Dans ce dossier aussi, il a fait appel.

"Il s'est comporté en petit hobereau"