Faits divers – Justice

Lutte contre la délinquance : un débat édifiant à Vienne.

Par Jacky Page, France Bleu Isère vendredi 17 février 2017 à 6:00 Mis à jour le vendredi 17 février 2017 à 14:05

Le maire de Vienne, et le procureur de la République, à droite, prêts à débattre de la délinquance.
Le maire de Vienne, et le procureur de la République, à droite, prêts à débattre de la délinquance. © Radio France - Jacky Page

Depuis le mois de janvier, et pour une durée de six mois, le quartier de la vallée de la Gère à Vienne fait l'objet d'un groupement local de traitement de la délinquance. Mercredi soir, l'opération a été présentée au cours d'une réunion publique au centre social du quartier.

Face au maire de Vienne, au procureur de la République et au commissaire de police, une petite centaine d'habitants de la vallée de la Gère s'installent dans la salle du centre social. Le maire, Thierry Kovacs, commence par rappeler le passé industriel de cette vallée, aujourd’hui parsemée d’usines désaffectées. Un quartier à forte concentration de logements, avec un foisonnement d’initiatives, de nombreuses associations, un théâtre, qui va faire l’objet d’une opération de renouvellement urbain. Un programme de près de 35 millions d’euros.

Mais il ne faut pas fermer les yeux ajoute le maire, « on sait qu’il y a dans ce quartier des trafics de stupéfiants, du recel, après des vols, on sait qu’il y a une forme d’économie souterraine, et parfois aussi du travail dissimulé ». D’où cette proposition du procureur de la République, Jérôme Bourrier, de mettre en place un groupement local de traitement de la délinquance. Pendant une durée déterminée, en l’occurrence six mois, les autorités, la police et les services de la justice renforcent leurs actions sur ce secteur. C’est ce qu’explique le procureur de la République, avant d’inviter le public à s’exprimer.

Une dame s’empresse d’évoquer les adolescents qui pendant des heures envoient un ballon sur le mur et dans les fenêtres de l’immeuble. Une autre raconte comment des jeunes, chaque soir, montent sur les toits, comment certains s’installent sur sa terrasse, au point qu’elle en a peur. Un homme s’insurge contre ceux qui roulent trop vite, grillent les feux rouges au risque de faucher un enfant.

Le trafic de stupéfiants, cœur de la cible

A chaque fois, c’est le même refrain : les faits sont signalés, mais personne ne fait rien. Le commissaire Emmanuel Breton leur explique qu’on ne met pas les gens en prison parce qu’ils occupent un hall d’immeuble ou parce qu’ils fument un joint. Et que les policiers doivent traiter en priorité les méfaits les plus importants. Le procureur a bien conscience que ces faits pourrissent la vie des habitants, mais il tient à rétablir une hiérarchie des situations. « Est-ce que le plus grave, ce n’est pas le vol, les violences conjugales, le trafic de stupéfiants ?».

Pour Jérôme Bourrier, le trafic de stupéfiants, l’économie souterraine, c’est le cœur de la cible. Lui qui dans ses réquisitions pourfend régulièrement ces trafics qui véhiculent tout un système de contre-valeurs, appelle les habitants à les dénoncer, anonymement s’il le faut, s’ils craignent des représailles. Umit, commerçant depuis quinze ans dans le quartier, dit avoir vu une nette dégradation. « J’ai vu arriver des familles avec des enfants qui au début avaient une bonne éducation, et puis ils ont changé. Ils se mettent à vendre de la drogue, au début c’est des petits morceaux, et puis plus. C’est l’argent qui les attire ».

Les priorités du procureur de la République, Jérôme Bourrier, pour la vallée de la Gère

Le procureur de la République est prêt à revenir devant la population de la vallée de la Gère pour dresser le bilan du groupement local de traitement de la délinquance, qui s’achèvera en juin. Il prévient : on peut s'attendre à une amélioration, mais pas à l'éradication de la délinquance.