Faits divers – Justice

Malade d'amour : une érotomane condamnée à Dax

Par Nelly Assénat, France Bleu Gascogne et France Bleu mardi 13 octobre 2015 à 10:51

Des dizaines de lettres ont été portées au dossier
Des dizaines de lettres ont été portées au dossier - Nelly Assenat

Une Dacquoise de 53 ans a été condamnée ce lundi à un an de prison ferme pour avoir poursuivi et harcelé pendant près de 30 ans un avocat de la cité thermale. Lettres, espionnage... elle lui a fait vivre un enfer. Les experts psychiatriques ont reconnu un cas très grave d'érotomanie.

Cela s'appelle l'érotomanie : un trouble délirant dans lequel l'individu affecté est persuadé qu'il est aimé par une autre personne, habituellement inconnue ou une personnalité. C'est exactement ce qu'a vécu Patricia. 

En 1988, cette Dacquoise de 53 ans croise la route de l'avocat maître Dominique Moras. A l'issue d'une consultation dans son cabinet, pour une histoire de pension alimentaire non payée, il lui serre la main pour lui dire au revoir. L'enfer va commencer. Pendant près de 30 ans, Patricia va poursuivre l'objet de son amour

Un fantôme qui vous poursuit 

— l'avocat de la partie civile

Le matin au café, elle est là. Le midi, à la sortie du cabinet, elle s'arrange pour être sur son passage et croiser son regard, et le soir, elle klaxonne devant le domicile de l'avocat dont elle a trouvé l'adresse en déchiffrant du courrier laissé dans une voiture. Elle se trouvera aussi sur son lieu de vacances et même à la plage. 

La passion se poursuit avec des coups de téléphone et des dizaines de lettres enflammées réunies dans deux gros classeurs qui trônent sur les bureaux des juges du tribunal correctionnel de Dax.

Une psychose en trois étapes racontée par Nelly Assénat

Après 12 ans à ce rythme là, l'avocat dépose les premières plaintes. Mais entre rappels à la loi et premières condamnations, l'amoureuse harceleuse ne s'arrête pas. La psychose passionnelle reconnue par les experts psychiatriques monte d'un cran. La Dacquoise de 53 ans s'en prend alors aux femmes qui entourent l'objet de son amour, notamment sa compagne, "c'est elle qui le manipule, je le sais", répète t-elle à la barre du tribunal correctionnel de Dax ce lundi 12 octobre. Dans une de ses nombreuses lettres elle demandera d'ailleurs à l'avocat de la quitter. 

La femme est même persuadée que l'amour est partagé._ "Ecoutez Monsieur, _dit-elle au Président du Tribunal, quand on met 12 ans à porter plainte, c'est quand même qu'il y a quelque chose !".

Une psychose avec un "passage à l'acte grave possiblement dangereux" selon les experts

Les expertises psychiatriques reconnaissent une psychose, l'érotomanie. Chez l'avocat, les médecins confirment une souffrance, des troubles anxieux et un" épuisement réel" chez un homme qui a peur de "craquer"

A l'audience ce lundi la prévenue qui vient déjà de passer un mois et demi en prison se fait gronder comme une petite fille par la substitut du procureur Julie Gaston : "Ca va durer encore longtemps ? Non, il ne vient pas vers vous !".

Aujourd'hui, Patricia est dans la troisième phase de sa psychose, l'agressivité, qui pourrait se retourner contre l'objet de son désir ou les personnes qui l'entourent. C'est d'ailleurs ce que redoutent les avocats, les juges et la substitut du procureur : "Qui ne nous dit pas que demain une femme qui marche à côté de Dominique Moras se retrouve avec un couteau planté dans le dos ?". 

C'est pour éviter ce drame que Patricia est condamnée à 15 mois de prison, dont trois mois avec sursis. A la sortie de détention, elle devra quitter le territoire des Landes sur lequel elle n'a pas le droit de venir pendant trois ans. 

A la fin de l'audience Patricia lit mécaniquement un petit papier dans sa main "Je veux tourner la page (...) Je pensais les sentiments réciproques, je me suis trompée". On a du mal à croire qu'elle va si vite mettre fin à près de 30 ans de folie amoureuse.