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Maltraitances et racisme dans les cellules du tribunal de Paris : le brigadier-chef Amar Benmohamed témoigne

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Le parquet de Paris ouvre une enquête ce mardi après le témoignage du brigadier-chef Amar Benmohamed, invité sur franceinfo ce mardi matin. Ce policier raconte avoir été témoin d'insultes et de racisme de la part de certains collègues envers des gardés à vue dans les cellules du tribunal de Paris.

Le brigadier-chef Amar Benmohamed témoigne sur ce qu'il s'est passé dans les cellules du tribunal de grande instance de Paris (Illustration).
Le brigadier-chef Amar Benmohamed témoigne sur ce qu'il s'est passé dans les cellules du tribunal de grande instance de Paris (Illustration). © Maxppp - Vincent Isore

Son témoignage sur le site Street Press le 27 juillet dernier n'est pas passé inaperçu. Le parquet de Paris ouvre d'ailleurs une enquête ce mardi après le témoignage du brigadier-chef Amar Benmohamed, invité de franceinfo ce mardi matin. Ce policier a été témoin d'insultes et de racisme de la part de certains de ses collègues dans les cellules du tribunal de grande instance de Paris envers des gardés à vue. L'enquête est ouverte pour "violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique" et "injures non publiques en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion", après son témoignage. Les investigations sont confiées à la branche judiciaire de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Le brigadier-chef est revenu sur ces faits sur franceinfo : "Ça a commencé par des insultes à répétition adressées à des déferrés qui, en plus, ne provoquaient pas mes collègues, au printemps 2017. Il y avait un petit groupe qui a pris ses aises. Ils aiment l'opposition, se confronter, il y a des rapports de force", continue Amar Benmohamed.

"Sale bougnoule", "négro", "sale pédé", "sale trans"

Selon lui, ce petit groupe insultait les détenus avec des mots comme "sale bougnoule", "négro", "sale pédé", "sale trans" alors qu'ils ne cherchaient pas à provoquer ses collègues, détaille-t-il. "Et ces réactions, c'était du sadisme parce qu'on les laissait dans des cellules surchauffées". Il n'y avait jamais de violence, à la connaissance d'Amar Benmohamed.

Au départ, le but est de discuter avec ces collègues, de calmer la situation dit-il. "On leur a dit 'ce n'est pas bien ce que tu fais parce qu'on va au clash à chaque fois'. La hiérarchie locale de la nuit s'est entretenue à de multiples reprises avec les collègues en question mais ça n'a jamais marché".

Des mesures récursoires venues d'en haut

"On a essayé de laver le linge sale entre nous, on en a parlé aux collègues gradés, aux collègues en question, aux syndicalistes. Des collègues des syndicats se sont mouillés pour leur dire 'grand, ouvre les yeux un peu' et ça n'a pas marché". Il raconte également que certains SDF étaient aussi maltraités, "c'était écœurant"

Le brigadier-chef dénonce la réaction de la hiérarchie. "Au-dessus de nous, on nous a dit 'oui, oui, vous avez bien fait'. Et après ça a été l'avalanche de mesures récursoires. On nous a empêchés de faire ce qu'on devait faire, empêchés de faire notre travail. On nous a reprochés plein de choses qu'on ne reprochait pas à d'autres, on était stigmatisé".

Pour lui, l'affaire a été étouffée. "Il y a eu une enquête à un moment donné. Je ne veux pas jeter l'opprobre sur l'IGPN parce qu'ils font partie des meilleurs enquêteurs de la boite. Je pense qu'on leur a confié une enquête en administratif, avec peu de pouvoirs. On a bien ressenti que c'était une enquête formelle pour dire 'on a fait une enquête'", détaille-t-il sur franceinfo. Mais il découvre que ce lundi soir, il n'y avait "aucun résultat, aucune avancée, aucune communication".

"J'ai des collègues de tous grades, des syndicalistes, qui m'ont fait comprendre que sur le fond, ils étaient avec moi. Mais ils ne prennent pas de risques parce que c'est aussi leur carrière qui est en jeu. Me concernant, je fais l'objet depuis plus de deux ans de mesures qui ont été progressives. On m'a empêché de faire mon boulot. On m'a mis des choses sur le dos que je n'avais pas à assumer", dossier à l'appui se justifie-t-il. Aujourd'hui, il est conscient que témoigner à visage découvert sur ce type de pratique est risqué. "Je ne vous le cache pas, ma carrière est foutue. On me le dit clairement 't'es grillé, t'es carbonisé, t'es mort, ils t'auront tôt ou tard'".

"Certains sont étouffés par leur ego" 

Il continue. "On est payé pour accomplir un devoir et on le fait la tête haute et sans avoir à regretter ou à devoir baisser les yeux à un moment donné. Et là, à force de trop reculer, on s'est compromis. Certains sont étouffés par leur ego et pour des affaires de racisme comme pour d'autres affaires, on étouffe. Dans la réalité, si tu parles, t'es mort", ajoute le brigadier-chef.

Amar Benmohamed a déposé plainte contre X auprès du procureur de la République de Paris ce mardi pour harcèlement depuis 2018. Il se décrit dans un état de détresse psychologique grave.

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