Faits divers – Justice

Mayenne : le cultivateur de cannabis se dit "passionné", il est condamné à trois ans de réclusion

Par Armêl Balogog, France Bleu Mayenne vendredi 13 octobre 2017 à 21:03

Trois ans de réclusion pour un cultivateur de cannabis en Mayenne
Trois ans de réclusion pour un cultivateur de cannabis en Mayenne © Radio France - Armêl Balogog

Le procès du cultivateur de cannabis de Désertines, qui s’est tenu vendredi 13 octobre au tribunal correctionnel de Laval, a été plusieurs fois qualifié de "procès hors norme", tant la défense du principal prévenu était étonnante.

"Le cannabis, c’est ma passion", répète le prévenu, un homme de 28 ans résidant dans la commune de Désertines, dans le Nord-Mayenne. Vendredi 13 octobre, il comparaît devant le tribunal correctionnel de Laval car 408 pieds de cannabis ont été retrouvés sous 900 mètres carré de serres dans son jardin. Une saisie record dans les Pays de la Loire.

"Passion cannabis"

L’homme étonne par son aplomb, sa confiance en lui, alors qu’il encourt jusqu’à dix ans de prison ferme. Quand la présidente du tribunal l'interroge sur la culture du cannabis, il répond d'une façon scientifique, presque encyclopédique : comment bien choisir ses graines, les acheter en gros pour que ce soit moins cher, sur internet auprès d’un fournisseur hollandais. Il faisait lui-même ses mélanges d'engrais, a préparé sa terre, etc.

C’est vraiment une plante qui me passionne. – Le principal prévenu

Il va jusqu’à mettre la présidente au défi de lui prouver que c’est mauvais pour la santé, tout en convoquant des noms canadiens, des articles qu’il a lus sur internet et qui prouveraient que c’est bon et uniquement bon, même sans suivi médical. Le jeune homme a d’ailleurs confectionné de l’huile de cannabis pour sa belle-mère qui a des problèmes de peau – alors que c’est plutôt mauvais signale la présidente.

Il fumerait 15 à 50 joints par jour

Arrivé de Seine-Saint-Denis, le jeune homme s’est installé à Désertines en février-mars 2016. Quelques semaines plus tard, il commençait à investir dans des serres, "pour élever des papillons", prétendait-il à l’époque. Un an et demi après, il s’apprêtait à faire sa troisième récolte.

Au départ, c’était par passion et pour sa consommation personnelle – il revendique fumer 15 à 50 joints par jour – mais "il faut bien financer la passion", alors il a dû investir et grandir. Une nécessité qui est apparue très rapidement puisqu’il a immédiatement commencé à vendre sa marchandise à Dijon, puis en région parisienne, via deux complices.

Le prévenu se compare à un paysan capitaliste

Le prévenu étonne encore par sa logique capitaliste. Il compare son activité illégale à de l’agriculture. "J’estimais qu’en cultivant le cannabis, je serais juste un paysan", affirme-t-il. Quelques minutes plus tard, il dira qu’il ne voyait pas de différence entre la culture du cannabis et celle du maïs.

J'y mettais tout mon cœur. - Le principal prévenu

Il a même déclaré, pendant ses auditions par les gendarmes, qu’il avait besoin de s’agrandir car "croître ou mourir, c’est la règle du capitalisme de base", comparant son trafic à une entreprise. C’est comme ça qu’il serait passé de 8 à 40 kilos d’herbe par récolte – la dernière n’ayant pas pu être faite car il a été interpellé. 100 kilos de cannabis ont été retrouvé chez lui, mais tous les pieds n'avaient pas encore assez poussé pour être vendus.

Pourtant, l’homme prétend ne pas avoir cherché le gain, ne pas s’être enrichi, mais le procès montrera qu’il a vendu pour plus de 20.000 euros de cannabis, et que ça aurait pu monter à 470.000 euros selon les gendarmes. S’il n’a plus d’argent, c’est qu’il a tout dépensé, notamment pour entretenir des maîtresses. Une révélation qui fera pleurer son ancienne compagne, assise à côté de lui dans le box des prévenus.

Un "gourou" "vénéneux"

Car en effet, il n’est pas seul. Sept personnes ont été interpellées en tout. Quatre devaient être jugées ce vendredi, mais un complice, celui qui trafiquait à Dijon, a obtenu le renvoi de son procès. Dans le box, sont présent son complice parisien et la mère de son fils de deux ans, qui a partiellement vécu avec lui à Désertines et dont les économies ont servi à financer la culture.

Cette passion comme il l'appelle, elle est "destructrice", rétorque le procureur. Cet homme, c'est un "gourou" du cannabis et il a emmené ses proches dans son délit. "Ce n’est pas le procès de la banalisation du cannabis, c’est celui d’un homme intelligent, égoïste et vénéneux."

Je n'ai pas senti beaucoup de regrets. - Le procureur

Comme pour lui répondre, le jeune homme dira finalement qu'il ne s'est pas rendu compte de ce qu'il faisait. "J'étais tout seul avec mes démons et mes joints. J'ai déconné. Je suis prêt à assumer les conséquences."

Trois ans de prison ferme

Parmi les deux autres prévenus, beaucoup plus silencieux, le complice trafiquant tombera aussi. Le cultivateur écope de trois ans de prison ferme et deux ans de sursis avec mise à l’épreuve. Le complice de 18 mois de réclusion et autant de sursis avec mise à l’épreuve. Le premier part vers la prison de Rennes, l’autre du Mans. Ils n’ont plus le droit de se parler ni de venir en Mayenne. L’ancienne compagne, elle, obtient huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve.