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Procès du féminicide de Durtol en 2018 : le courage des deux jeunes filles, le naufrage du père meurtrier

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Par , France Bleu Pays d'Auvergne

Les deux filles du couple ont été interrogées ce jeudi sur le drame du 26 décembre 2018. La plus jeune, âgée aujourd'hui de 17 ans, a fait preuve d'une dignité déconcertante. Elle avait assisté à une partie des faits. L'aînée, elle aussi, a fait preuve d'un rare courage. Bouleversant !

La cour d'Assises de Riom
La cour d'Assises de Riom © Radio France - Olivier Vidal

C'était bien sûr très attendu, et redouté pour les intéressées. Une épreuve de plus pour les filles du couple, qui, ce 26 décembre 2018, ont perdu leur mère mais aussi leur père, auteur de l'irréparable. Les deux filles, l'aînée, âgée aujourd'hui de 23 ans, et la plus jeune, 14 ans au moment des faits, faits auxquels elle a assisté, en partie.

Jean-Hubert et Gilles-Jean Portejoie, avocats de l'accusé
Jean-Hubert et Gilles-Jean Portejoie, avocats de l'accusé © Radio France - Olivier Vidal

Ce jeudi, pour le premier des deux jours de procès, ce sont d'abord les faits qui ont été examinés le matin, avec l'audition du directeur d'enquête le Major Baumadier, puis avec celle de l'expert légiste le Dr Duband. C'est à partir du début d'après-midi que les jeunes filles du couple ont été entendues.
Quelques minutes auparavant, la Cour diffuse l'appel que la plus jeune des deux filles passe aux secours alors que son père est en train de s'en prendre à sa femme à l'étage ce 26 décembre. On peut entendre la voix sanglotante de la jeune fille désemparée qui s'adresse à la standardiste et qui tente de décrire ce qu'il se passe à l'étage. A peine deux minutes d'échanges téléphoniques très poignants.

Un accusé débordé par l'émotion ou surjouant ?

Puis Xavier Fargeas souhaite s'exprimer sur ce qui se passe autour des faits. Très vite il craque, il s'emporte, se met à pleurer dans son box : " Elle était têtue oui, mais 90% du temps elle était bien, j'étais fier d'elle, elle avait une force de caractère !" L'accusé livre ses émotions mais peine toujours à se souvenir des faits : "je ne sais pas ce que j'ai fait, ma femme est morte mais je ne me rappelle plus ce qu'il s'est passé. Et puis j'exprime mes profonds regrets, mais moi j'aurais une peine jusqu'à la fin de ma vie!" Il s'adresse à la salle.

Les filles du couple à la barre

Puis en début d'après-midi c'est la petite soeur qui est appelée à la barre. "Ce matin-là, je prends mon petit-déj puis j'entends des cris venus de l'étage, comme un cochon que l'on égorge. Je monte dans la chambre et je vois mon père sur ma mère, allongée sur le ventre. Je lui crie "arrête tu vas la tuer", il me dit de sortir ! Il est en train de l'étrangler. Je descends et quelques instants plus tard mon père me rejoint, m'enlace très fortement, me dit qu'il m'aime énormément et que je ne le reverrai plus!" Elle décrit un père dont "l'esprit est présent mais pas son corps devenu incontrôlable". 

La jeune fille avait une relation forte avec son père, plus proche avec lui qu'avec sa mère. Il lui confiait tous les reproches qu'il faisait à sa femme. Le président de la Cour Sébastien Talenti l'interroge sur sa mère : "c'était une bonne mère au final? C'est difficile de répondre à cette question...."
"Attendez-vous quelque chose de votre père aujourd'hui ? Je n'espère rien mais que tout le monde puisse dire la vérité". Depuis de longs mois elle ne va plus voir son père en prison à Riom. "En France, cela ne se passe pas comme ça, mais je pense que quelqu'un qui tue doit en payer le prix de sa vie" lâche la jeune femme. Elle a définitivement tourné la page de cet homme qui a été son père. Elle a déposé avec une maturité déconcertante, compte tenu aussi de son jeune âge.

Xavier Fargeas prend la parole : "Ma femme n'aurait pas dû me dire ça ce jour-là : "tu es un bon à rien". L'accusé est repris par l'émotion, n'arrive plus à être précis, sanglote, n'articule plus, le président de la Cour interrompt la séance. "Je ne me souviens plus de ce que j'ai fait. Ce que je voudrais c'est que l'on me coupe la tête aujourd'hui." L'homme semble perdre pied mais reprend vite ses esprits lorsque Jean-François Canis lui met en comparaison son attitude à l'audience et celles, dignes, de ses filles.

Jean-François Canis, avocat des parties civiles (avec Me Pauline Julien)
Jean-François Canis, avocat des parties civiles (avec Me Pauline Julien) © Radio France - Olivier Vidal

Vers 19h 30, c'est l'aînée qui, malgré l'heure tardive, accepte de déposer. "J'aimerais avoir des réponses avec ce procès". Elle se rappelle de son dernier réveillon deux jours avant le drame : "Il était excellent, je ne savais pas que c'était le dernier!"

Elle évoque la vie sexuelle de ses parents, qui devient quasi-inexistante plusieurs années avant le drame. Le père semble perdu, il demande des conseils à son aînée, elle a 18 ans  : "Cela m'avait choqué à l'époque." Elle évoque le divorce de ses parents qui se profile. Une éventualité qui fait peur aux deux filles et au père.
"Ce 26 décembre ma mère a peut-être dit STOP! Et je suis sûre au final qu'il y a des choses qui ont marqué mon père dans l'enfance, on lui avait demandé avec ma mère de se soigner, en vain !" Et puis elle confie sa douleur : "ce jour-là j'ai tout perdu ma mère, mon père, ma maison, combien de fois j'ai pensé au suicide, nous avons été orphelines avec ma soeur du jour au lendemain, si je suis encore en vie ce soir c'est parce que j'ai hérité de la force de ma mère! En revanche le papa qui m'a élevé est mort, j'en ai fait le deuil et la personne qui est là doit assumer!"
La jeune femme de 22 ans décrit sa douleur, le basculement de sa vie, ses attentes... Bouleversant ! 

La salle d'audience de la Cour d'assises de Riom
La salle d'audience de la Cour d'assises de Riom © Radio France - Olivier Vidal

Le procès se poursuit ce vendredi avec l'examen de la personnalité de l'accusé. Seront entendus deux experts psychiatres et un expert psychologue.  
Puis viendront les plaidoiries.
Le verdict est attendu dans la soirée. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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