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Meurtre du Vieux Tours : la pénible audition de la famille de l'accusé

Par Yohan Nicolas, France Bleu Touraine jeudi 28 janvier 2016 à 12:11

© Maxppp

La 2e audience du procès de Théophile Duhamel a pris un tour très particulier, ce mercredi, devant les assises d'Indre-et-Loire. La cour a consacré une grande partie de la journée à démonter les certitudes de la famille de l'accusé.

La famille Duhamel est en effet persuadée depuis des années que Théophile n'est pas responsable de la mort de Magatte Gueye, à Tours, en 2013. Selon elle, son coup de couteau ne l'a pas touché.

A la barre, c'est une femme brisée, mais combative, vindicative même, souvent. Une femme convaincue de l'innocence de son fils : elle a même écrit à l'Elysée que son fils était le dernier otage de France.

Elle débute par une curieuse mise au point :

"Au cours des trois ans de procédure, nous sommes devenus le visage du fachisme". Une accusation qu'elle réfute en rappelant que leur médecin de famille est béninois, et que le premier avocat de Théophile était nord-africain ! En une heure de monologue, tout le monde en prend pour son grade : Jean Germain, l'ancien maire de Tours. Le soir du drame, il a dit qu'il fallait faire un exemple, et l'exemple, c'est Théophile. Et la maman tente d'étayer sa démonstration "si le premier avocat n'a pas bien défendu Théophile, c'est parce que cet avocat était un ami de Jean Germain".

La police scientifique a mal travaillé, la justice a mal travaillé. Toute l'affaire pourrait avoir été montée par la petite-amie de Théophile, pour s'en séparer. L'avocat de l'accusé, Eric Dupont-Moretti, pousse de bruyants soupirs de consternation, puis il explose : "Ce gosse ne peut sortir de cette histoire qu'en reconnaissant un certain nombre de choses, mais il est cadenassé par la peur de vous faire mal". Le président dit la même chose, différemment : "vous ne supportez pas le procès de votre fils, alors vous faites le procès de tous les autres". C'est l'accusé, Théophile, qui a le dernier mot : "on m'avait dit qu'au procès tout recommence...c'est vrai...aujourd'hui je ne suis plus dans le déni".

Une pseudo analyse médico-légale

Les certitudes de la mère de l'accusé repose sur une analyse médico-légale réalisée à leur demande, et dont les résultats erronés ont été formellement réfutés par deux médecins légistes. Le plus étonnant, c'est que l'avocat de l'accusé, lui-même, a eu des mots très durs contre ce médecin.

"Votre raisonnement, à base d'éléments incomplets, a eu un effet dévastateur sur l'accusé et sa famille".

Eric Dupont-Moretti a du mal à contenir sa colère. Le médecin Bordelais n'a jamais vu le corps de la victime. Il a travaillé à distance, sur photos : d'après lui, on peut vivre plusieurs jours avec une blessure comme ça, dans la région du coeur : Magatte Gueye pourrait donc avoir été blessé bien avant son altercation avec Théophile Duhamel. D'ailleurs, il en est sur, la plaie de deux centimètres, n'a pas été faite par un laguiole. Ces certitudes, et d'autres, sont démontées une à une par les deux médecins légistes qui, eux, ont examiné la victime. Exemple : la plaie fait deux centimètres et demi, pas deux centimètres. Elle correspond donc bien au couteau de l'accusé. Le médecin Bordelais semble troublé, il rappelle qu'il n'a pas eu accès à toutes les pièces du dossier.

Dupont-Moretti, lui, fulmine, en partie à cause de ce rapport, dit-il "l'accusé s'est fait un film, et c'était une coproduction familiale".

On en a eu la preuve dans l'après-midi, en entendant la maman, puis un frère de l'accusé défendre rageusement l'innocence de Théophile, au mépris des évidences, alors que l'accusé, lui-même, admettait que le procès lui avait permis de sortir du déni. Verdict ce jeudi soir.

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