Faits divers – Justice

Migrants et ardennais, des ados se racontent en marionnettes

Par Alexandre Blanc, France Bleu Champagne-Ardenne vendredi 28 octobre 2016 à 10:45

Mohamed, un mineur tchadien, raconte son exil en marionnettes avec Dorian, l'Ardennais
Mohamed, un mineur tchadien, raconte son exil en marionnettes avec Dorian, l'Ardennais © Radio France - Alexandre Blanc

11 adolescents et jeunes adultes de milieux défavorisés présentent leur spectacle de marionnettes ce vendredi à 19h30 au musée de la Métallurgie de Bogny-sur-Meuse. L'une des saynètes raconte le parcours de l'un des participants : un mineur tchadien en France depuis 2 mois.

C'est la troisième fois que la compagnie de Charleville-Mézières "On regardera par la fenêtre" participe aux Portes du Temps, une opération nationale qui offre un accès à la culture aux jeunes des quartiers et villages défavorisés. "On a organisé le premier stage de marionnettes à l'église fortifiée de Servion à Rouvroy-sur-Audry et c'était la première fois que l'une des participantes, musulmane, entrait dans une église", raconte l'animatrice Sylvie Zanni. Cette fois, au musée de la Métallurgie de Bogny-sur-Meuse, pour la première fois, deux jeunes migrants mineurs participent au stage, un Albanais et un Tchadien arrivés seuls en France en août dernier.

Pendant cinq jours, les adolescents ont fabriqué leurs marionnettes et préparé par petits groupes une petite saynète. Dorian, un Ardennais de 13 ans a travaillé avec Mohammed, un jeune adolescent tchadien arrivé seul à Charleville-Mézières voilà deux mois. Mohammed apprend le français mais ne le maîtrise pas encore. Dorian ne parle pas l'arabe, encore moins le baggara, la variété dialectale parlée au Tchad. Les deux enfants communiquent grâce aux gestes et aux traducteurs des smartphones. Parfois, un coup de fil à un bénévole de l'association Solidarité tchadienne débloque une incompréhension.

"Je rêve d'un pays où je pourrai aller à l'école de la liberté"

La communication est difficile mais beaucoup de sourires et de rires s'échangent. À force de patience, les jeunes stagiaires ont pu comprendre le parcours de Mohamed, son envie de fuir une école coranique au Tchad, la vie de reclus qu'il lui a été imposé après sa tentative de fugue, et puis son exil par la Lybie. "On ne sait pas exactement comment il est arrivé en France, mais Mohamed parle d'une barque", rapporte Dorian. "C'est extraordinaire ce qu'il a fait, sans boire et sans manger". Jusqu'à présent, Dorian le reconnait, les migrants de Calais, il ne s'en souciait pas : "Je m'en foutais en fait".

"Je rêve d'un pays où je pourrai aller à l'école de la liberté"

Ce vendredi, c'est pourtant l'histoire de son camarade migrant qu'il va raconter en marionnettes, avec Mohamed. Dorian interprète un enfant français qui rencontre un jeune Tchadien et l'aide à apprendre le français. Exactement ce qu'il a fait cette semaine. Leur texte commence par : "Je rêve d'un pays où je pourrai aller à l'école de la liberté". Pendant le spectacle, Mohamed et Dorian vont s'échanger les langues. Mohamed va parler français et Dorian arabe. "Cette rencontre, cet échange présente l'intérêt de faire évoluer les regards sur les migrants, par rapport à ce qu'ils imaginaient ou ce qu'on leur disait", souligne la marionnettiste Sylvie Zanni. "Pour certains, avant c'était "Mon Dieu ! les migrants débarquent ! Au secours ! Cachons-nous !". Aujourd'hui, plusieurs m'ont dit : "Ah ! Mais en fait ils sont comme nous ! Ils ont juste fui leur pays parce qu'ils veulent vivre".

► Mohamed, Dorian et les autres stagiaires présentent leur spectacle ce vendredi 28 octobre à 19h30 au musée de la Métallurgie de Bogny-sur-Meuse. L'entrée est gratuite.

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