Faits divers – Justice

PHOTOS - Montory : 50 ans après le séisme, ils témoignent

Par Léna Soudre, France Bleu Pays Basque et France Bleu dimanche 13 août 2017 à 7:00

Suite au tremblement de terre de 1967, 2280 bâtiments ont été endommagés, principalement à Montory, Arette et Lanne.
Suite au tremblement de terre de 1967, 2280 bâtiments ont été endommagés, principalement à Montory, Arette et Lanne. - © Mairie de Montory

La nuit du 13 août 1967, la terre tremblait au Béarn au Pays Basque. Bilan : un mort et une vingtaine de blessés, et surtout d'importants dégâts matériels. Cinquante ans après, les souvenirs des Montoriar restent intacts. Retour sur un séisme qui a marqué les esprits.

Le 13 août 1967, le bal de Montory bat son plein. Un orchestre anime la soirée ; les rues et les bars sont bondés. Les fêtes du petit village de 300 habitants rencontrent un grand succès. Soudain, la terre tremble, et le village tout entier panique. "C'était inimaginable. On se serait cru sur un bateau, sur une mer agitée. Pendant quelques secondes, je me suis dit que c'était l'apocalypse. J'ai pensé à la fin du monde", se souvient Joseph Espelette, président du comité des fêtes à l'époque. Le séisme de magnitude 5,2 sur l'échelle de Richter, dont l'épicentre se situait à Arette en Béarn, est ressenti du nord de l'Aquitaine jusqu'en Espagne.

Ecoutez le témoignage de Joseph Espelette, présent lors du tremblement de terre

Toutes les guirlandes et autres lumières s'éteignent subitement. Le village est plongé dans le noir. Les musiciens sautent de l'estrade. Une cheminée s'effondre sur le chapiteau dans le centre du village. Un rocher se décroche et dévale la falaise d'Arguibelle. Toute la nuit, les habitants craignent une secousse plus violente encore. Beaucoup passent la nuit dehors, de peur que leur maison s'effondre. Joseph Espelette n'oublie pas cette nuit-là.

"La nuit qui a suivi, il y a eu 15 à 20 répliques, tous les quarts d'heure. Personne n'était capable de nous garantir que le plus gros était passé, et que nous ne risquions plus rien."

"Pour moi, c'était un spectacle de guerre"

Le lendemain matin, les Montoriar découvrent les trous béants et les fissures sur les murs, les décombres et les ardoises des toits sur le sol. Le clocher de l'église est intact, mais l'aiguille de l'horloge restera bloquée à 23h10, heure exacte du tremblement de terre. Marilyse Lerdou avait 16 ans à l'époque. En colonie de vacances à Hendaye, elle découvre dès le lendemain matin à la télévision le cauchemar que vit son village.

"A l'antenne, j'ai vu ma mère, au milieu des décombres. C'était donc vrai. Pour moi, c'était un spectacle de guerre. Il me restait 15 jours à passer en colonie de vacances. Quand je suis revenue, ma maison natale avait été démolie."

Ecoutez le témoignage de Marilyse Lerdou, dont la maison a été démolie

Il a fallu ensuite reconstruire ou rénover la quarantaine de maisons détruites lors du tremblement de terre, en respectant les normes parasismiques. L'Etat a accordé des subventions. Pour les moins fortunés, il a proposé une maison type, la "maison à 4 millions" comme l'appellent encore aujourd'hui les Montoriar, car les travaux étaient estimés à 4 millions d'anciens francs. "Les gens étaient déçus. C'était une maison moyenne. On ne pouvait pas modifier le plan de la maison, ni l'améliorer", témoigne Jean Laffargue, ancien maire de la ville.

L'heure des grands travaux

Néanmoins, ces reconstructions ont permis au village de se moderniser. Les nouvelles maisons ont accueilli des sanitaires, et des salles d'eau. "Ça n'existait pas dans 90 % des maisons. Ça a été presque un mal pour un bien. La civilisation est un peu entrée dans les maisons et dans le style de vie des gens", explique Joseph Espelette.

Montory : un pas vers le progrès

Au préalable, on a lancé de grands travaux. Il a d'abord fallu consolider les ponts et élargir les routes, pour acheminer le matériel de reconstruction et les chalets préfabriqués dans lesquels certains Montoriar se sont installés. Il a fallu également s'occuper du ravitaillement en eau potable. La source qui alimentait le village a été déviée au moment du tremblement de terre. Le réseau actuel date d'après 1967.

Rare photographie d'avant l'année 1967. La maison située derrière la fontaine du village a été démolie avant d'être reconstruite. - Aucun(e)
Rare photographie d'avant l'année 1967. La maison située derrière la fontaine du village a été démolie avant d'être reconstruite. - © Mairie de Montory

Peu à peu, les choses sont rentrées dans l'ordre à Montory. Ses habitants préfèrent aujourd'hui se souvenir du positif, comme Marilyse Lerdou : "Nous avions 17 ans. Certes, les maisons étaient démolies. Mais les militaires étaient là, ils animaient les bals. La vie ne s'est pas arrêtée."

Aujourd'hui, la vie a repris son cours à Montory. Lorsqu'on traverse le bourg, on ne s'imagine pas que le village a été le théâtre d'un tremblement de terre. Seules quelques fissures apparaissent encore sur les murs de quelques maisons. Mais la majorité a été rénovée, ou reconstruite. Le village se tient prêt à faire à un nouveau tremblement de terre.

Joseph Espelette, Marilyse Lerdou et Jean Laffargue étaient des adolescents au moment du tremblement de terre. Aujourd'hui, ils vivent toujours à Montory. - Radio France
Joseph Espelette, Marilyse Lerdou et Jean Laffargue étaient des adolescents au moment du tremblement de terre. Aujourd'hui, ils vivent toujours à Montory. © Radio France - Léna Soudre

A LIRE AUSSI

50 ans après, Arette commémore son séisme, le plus important du siècle dernier en France